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CHAPITRE DIX-HUITIEME

La corolle.

louT ce que j'ai dit de ce charme séduisant attaché aux fleurs peut s'appliquer particulièrement à la corolle : c'est surtout pour elle que la nature a broyé les couleurs les plus éclatantes de sa palette , qu'elle a dessiné les formes les plus gracieuses; mais, au milieu de ces hrillans attributs, elle n'est en réalité que l'enveloppe immédiate d'organes plus importans. Ces belles formes qne nous admirons ne lui ont point été données uniquement pour briller a nos regards, elles ont une destination plus relative au but de la végétation. Après avoir protégé dans le bouton les organes sexuels, la corolle s'entr'ouvre, se déploie, et devient la tenture élégante du lit nuptial : les noces terminées , cette décoration disparaît, se flétrit , ou , si elle persiste encore quelque temps, il est à croire qu'elle ne prolonge sa durée que pour concentrer dans l'intérieur de son tube, ou réfléchir, parle poli de ses pétales, ces flots de lumière, qui se réunissent, comme dans un foyer de chaleur, sur les ovaires fécondés^ et en accélèrent le développement.

Quelques auteurs sont portés a croire que le calice et la corolle ne sont qu'une modification du même organe : je ne puis être de cet avis, et je vais présenter quelques observations qui tendront à prouver que ces deux organes sont nonseulement bien distincts , mais qu'il est encore possible , lorsqu'un seul existe, de reconnaître auquel des deux il appartient : pour cela, revenons un instant sur nos pas. Qu'est-ce qu'un calice? C'est , avons-nous dit, une enveloppe produite par le prolongement de l'écorce. Le calice est dans ses rapports tellement rapproché des feuilles , que quelquefois il en affecte les formes , et n'en diffère que par une modification particulière : d'où suit une observation très-importante; savoir que, dans les fleurs doubles, dans ce luxe de végétation qui bouleverse, confond, dénature toutes les parties des fleurs, le calice reste simple, ne se convertit 7*. Livraison.

jamais en pétales; que tout au plus ses divisions s'élargissent, se déforment , ou se^prolongent en folioles assez semblables aux feuilles ; qu'il conserve sa couleur verte et sa rudesse.

Sous des formes beaucoup plus aimables, la corolle se présente avec des caractères qui en font un organe bien distinct, et qui aident à la reconnaître même quand elle existe seule. Je ne citerai pas ses formes plus variées , ses couleurs plus brillantes, ses parfums, sa contexture plus délicate. Quoique ces attributs ne se rencontrent que très-rarement dans les calices , nous en trouverons de plus trancliés dans la Bature des pétales et dans leur rapprochement avec les filets des étamines. Rien n'annonce qu'ils aient aucun rapport avec les calices, dont les divisions ne se changent pas plus en pétales, que les pétales en feuilles; nous voyons au contraire, dans les fleurs doubles, les étamines et même les pistils prendre la forme des pétales, et quelques-uns, dans cette métamorphose , porter encore a leur sommet une anthère stérile : nous en trouvons une autre preuve dans les fleurs des malvacées, dont les filamens, soudés en un tube cylindrique autoiu^ du pistil, font corps avec la corolle, et ne sont qu'un prolongement de sa base ; ailleurs , ces filamens sont greffés sur les pétales, jamais sur le calice, comme je l'ai fait voir plus haut. Dans les giroflées, les renoncules, les oeillets, les pavots, les rosiers à fleurs doubles, etc., les calices se montrent uniquement avec leurs divisions, tandis que les pétales se multiplient à l'infini aux dépens des étamines.

Une fois reconnu que la corolle seule se double, nous sommes forcés de regarder comme telle l'enveloppe florale de la tulipe, des narcisses, des jacinthes, etc., et, en général, celle de toute cette famille des monocotylédones, dont les fleurs , malgré leur éclatante beauté , ont été , par plusieurs auteurs, rangées parmi les calices. Dans ces mêmes fleurs et dans beaucoup d'autres, les nectaires, les appendices particuliers dépendans des pétales ;, se multiplient comme eux : 1 ancolie nous offre, dans son cornet éperonné, plusieurs autres cornets renfermés les uns dans les autres. Cette surabondance de végétation produit fréquemment des monstruosités singulières, mais qui n'affectent jamais que les corolles. Ces particularités me paraissent assez tranchantes pour nous faire reconnaître, dans un très-grand

( i67 ) nombre de fleurs aime seule enveloppe, la nature de cette enveloppe, soit, dans les unes, d'après la mnltiplication des pétales, soit, par analogie, dans celles qui ne se doublent pas. Je suppose que le lis ne se rencontre jamais double, lui refuserai-je une corolle quand je vois à côté la tulipe et la jacinthe se doubler? Dirai-je que l'anémone n'a point de corolle quand j'aperçois, au lieu de cinq pièces, une superbe rose composée d'un nombre infini de pétales disposées par zones nuancées des plus vives couleurs?

On peut encore faire entrer en considération la position respective des étamines, ou alternes avec les pétales, ou placées en opposition avec eux. On sait que, dans beaucoup de familles , ces dispositions sont constantes , et que , quand les étamines alternent avec les pétales, ces derniers alternent également avec les divisions du calice, et qu'alors les. étamines se trouvent en opposition avec les divisions caliciiiales. Ces indications trompent rarement, surtout lorsqu'on étudie les plantes d'après leurs rapports naturels ; mais elles ne sont applicables qu'aux plantes dont toutes les parties sont en nombre déterminé, et lorsque ce nombre est égal dans chacune de ces parties : je ne parle pas de plusieurs autres signes de reconnaissance qui m'entraîneraient dans de trop longs détails, mais qu'il sera facile d'apercevoir par l'habitude de l'observation. Ainsi, en réunissant toutes les observations antécédentes, il faudra, malgré l'opposition des étamines avec les pétales, admettre comme corolle, dans la famille des protéacées, l'enveloppe de chaque fleur, puisque, d'une part, cette enveloppe porte l'élamine^, et que, de l'autre, elle est insérée sur le réceptacle, toutes ces fleurs étant d'ailleurs entourées d'une enveloppe générale , a laquelle on donne tantôt le nom de calice commun, tantôt celui d'involucre , selon la nécessité où Ton se trouve de la coordonner avec le système que l'on veut établir. J'en dirai autant de la famille des laurinées, dont les étamines sont soudées à la base de chaque pétale , ainsi que des plantaginées, dont la corolle monopétale adhère par sa base avec les filamens des étamines : ajoutons-y les nictaginées et les plumbaginées; mais, dans les polygonées , les atriplicées et les amarantacées , leur enveloppe est un véritable calice d'après les principes que j'ai exposés plus haut.

Tournefort a posé en principe que le calice était destiné

( i68 ) pour la conservation de l'ovaire , soit qu'il l'enveloppe sans y adhérer, soit qu'il fasse corps avec lui et en devienne le péricarpe : il a lait de cette distinction les sous-divisious de plusieurs de ses classes. En conséquence de cette idée, il donne, dans les enveloppes simples, le nom de calice à toutes celles qui adhèrent avec l'ovaire : il en est résulté que, dans la iamille des liliacées, la brillante enveloppe des fleurs porte le nom de calice on de corolle, selon qu'elle est adhérente ou non adhérente avec l'ovaire. 11 a été plus loin : entraîné par les conséquences de ce principe, il distingue deux parties dans les enveloppes adhérentes : la partie inférieure, qui fait corps avec l'ovaire et qu'il nomme calice; la partie supérieure, qu'il appelle corolle, quoiqu'elle ne paraisse être que la continuation du même organe.

Cette manière de voir de Tournefort paraîtra peut-être contradictoire , au moins très-inexacte, a quiconque ne s'arrêtera qu'aux apparences. Comment, dira-t-on, le même organe peut-il être en même temps calice et corolle , calice à sa base, corolle à la partie qui domine l'ovaire? Si la base de cette enveloppe est considérée comme un calice adhérent, la partie supérieure et libre de cette enveloppe n'en est-elle pas évidemment le limbe, et peut-elle recevoir une autre dénomination?

Tournefort a vu bien différemment, et ne s'est point arrêté à cette idée superficielle. Dans cette enveloppe unique, il a remarqué deux parties bien distinctes, lesquelles, quoique réunies, remplissent deux fonctions différentes : c'est du moins, quoiqu'il ne le dise pas ouvertement, l'interprétation que j'ose donner de son idée, et qui résulte naturellement de ses principes. La partie inférieure, destinée pour la conservation de l'ovaire, persiste, s'accroît, se développe avec lui, et en devient le péricarpe; la partie supérieure, plus spécialement réservée pour la défense des organes sexuels, se dessèche et périt peu après la fécondation : la première remplit donc évidemment la fonction de calice dans le sens de Tournefort, et la seconde celle de corolle. Llles devaient donc être distinguées par l'expression, comme elles le sont par leur position, leur durée et leur destination; elles forment donc réellement deux organes sous l'apparence d'un seul. On a vu que mon opinion est très-rapprochée de celle de Tournefort, et qu'elle n'en diffère qu'en

( i69 ) ce que je regarde comme portion du réceptacle celle qu'il prend pour un calice.

L'attention qu'il faut donner aux formes de la corolle pour la distinction des plantes est peut-être ce qu'il y a de plus attrayant dans une étude où tout est jouissance. Tournefort, en choisissant la corolle pour le fondement de sa méthode, et mettant par ce moyen la science a la portée de tous les esprits , a peut-être plus lait pour sa propagation que les plus savans botanistes dans la profondeur de leurs recherches. Dès qu'on sait plaire en instruisant, on peut être assuré du succès de ses leçons : celles qui tiennent à une science aussi attachante seront toujours écoutées tant qu'on ne sortira pas des bornes de l'observation, et que l'homme ne viendra pas nous offrir ses systèmes pour l'œuvre de la nature. Dans cette analyse de la corolle, tandis qu'au milieu d'une atmosphère parlumée des doigts délicats en séparent toutes les pièces, la vue ne peut se détacher de ces ibrmes gracieuses, de ces tons de couleurs si agréablement nuancés; et quand, au milieu de ces jouissances qui semblent n'affecter que les sens, on parvient à connaître le jeu et la destination de toutes ces pièces, c'est alors que ce que nous ne regardions que comme une agréable distraction, pénètre notre ame d'une profonde admiration pour la grandeur des œuvres du Tout-Puissant. Arrêtons nous d'abord aux simples formes de la corolle, nous verrons ailleurs qu'elles n'ont point été dessinées au hasard.

La corolle est mon apétale (d'une seule pièce) ou poly^ pétale (de plusieurs pièces , à plusieurs pétales) j régulière , lorsque toutes ses divisions ou tous les pétales sont semblables, irrégulière ^ lorsqu'une ou plusieurs de ses divisions ou de ses pétales ne ressemblent pas aux autres. La corolle est monopétale, quelle que soit la profondeur de ses divisions, quand elies sont réunies en un seul corps, ne le seraient-elles qu'à leur base : la corolle de la mauve, quoique divisée presque jusqu'à sa base, est autant monopétale que celle du liseron, qui est entière dans toute sa longueur.

On distingue deux parties dans la corolle monopetale : 1°. le tube j qui est sa partie inférieure, tantôt extrêmement court, tantôt très-allongé : on donne le nom à'orijice ou de gorge a son ouverture supérieure 5 2*^. le limbe ^ qui comprend toute la partie dilatée a partir de l'orifice jusqu'au bord.

Les formes les plus remarquables des corolles régulières sont, i". celles en forme de cloche, les campmmlces , lorsque, dilate'e dès sa base, la corolle n'a point de tube sensible et qu'elle s'évase en offrant la forme d'une cloche, comme celle de la campanule, du liseron, etc. (pi. 19, %. 4) 5). 2°. Les infuncHhuliformes ou en entonnoir : le tube est étroit, insensiblement dilaté; le limbe presque campanule, comme dans le tabac, etc. ^^1. 21, fig. i5). 3°. Dans les hjpocratêrifomies ou en forme de plateau, le tube est étroit, plus ou moins allongé, point dilaté a sou orifice ; le limbe plane ou un peu concave , comme dans le phlox, le jasmin, etc. l\.°. Dans la corolle en roue, le tube est très-court, le limbe plane, à plusieurs divisions ou k plusieurs lobes : la moreile, la pomme de terre {solarium). Quand les divisions du limbe sont allongées, aiguës, on dit que la corolle est en molette d'éperon, comme dans la bourrache, ou en étoile , comme dans le caille-lait [galium) ; enfin la corolle est tubulée lorsqu'elle est constituée par lui tube allongé, cylindrique, terminé par un limbe très-court, presque nul .

Parmi les corolles monopétales irrégulières on distingue, 1°. les labiées ou en lèvres : le tube se prolonge en un limbe irrégulier, divisé en deux parties dissemblables, écartées et placées l'une audessus de l'autre , que l'on nomme lèvres. La lèvre supérieure imite souvent un casque 5 elle en porte le nom ; l'inférieure porte celui de barbe. L'écartement de ces deux lèvres est Couverture (rictus)-^ l'évasement du tube est la gorge; l'éminence qui se trouve quelquefois dans cet évasement se nomme le palais (pi. 19, fig. 8). 2". L.es persojuiées j en masque ou en gueule : Torifice du tube est large et renflé; les deux lèvres , rapprochées à leur base, sont fermées par une dilatation proéminente, le mufle de veau {antirrhinum)'^ quelquefois le tube est muni d'un prolongement semblable à un ergot de coq ou à un éperon.

Les pièces qui composent la corolle poly pétale se nomment pétales. Dans chaque pétale on distingue V onglet , qui est la partie par laquelle le pétale tient h la fleur : assez ordinairement les pétales sont plus ou moins rétrécis k leur base. Dans ce cas, on dit que le pétale est o/2g«ic«Ze' ; quand ce rétrécissement n'est presque pas sensible, le pétale est sessilc; mais, même dans es cas, il n'a pas moins un onglet

constitué par son point d'attache. La partie supérieure et ordinairement plus élargie du pétale se nomme lame : elle correspond au limbe de la corolle monopétale.

La corolle polypétale prend un nom particulier d'après la forme et la disposition des pétales : i°. on la dit cruci^ forme lorsqu'elle est composée de quatre pétales réguliers , placés en croix, comme dans le chou, la giroflée, etc. (pi. 19, fig. 6). 2°. Elle est rosacée quand les pétales, au nombre de cinq, ont des onglets très-courts, et s^nt disposés comme dans la rote a fleurs simples, le fraisier, la renoncule, etc. (pi. 20, fig. 2). 3°. La corolle q^I carjojjhillée quand ces cinq pétales réguliers sont pourvus d'onglets très-longs , renfermés dans un calice lubulé : l'œillet , le lychnis, le silené, etc. (pi. i5, fig. 5). 4'- On a donné le nom de papiliouacée à toute corolle composée de cinq; )étales très-irréguliers, et qui ont reçu des noms particuiers(pl. 20, fig. 4)- Le pétale supérieur, ordinairement lus grand et relevé, se nomme V étendard ou \q pavillon; es deux latéraux forment les ailes ; les deux inférieurs, ou séparés , ou soudés ensemble par leur bord antérieur , portent le nom de carène ^ dont ils ont la forme : telles sont les fleurs des pois, des haricots et de la plupart des légumineuses.

On peut encore ajouter à ces formes la corolle ligulée ou le demi-fleuron ^ composé d'un tube grêle, très-court, dont le limbe se prolonge d'un seul côté en une sorte de languette , comme dans la chicorée, le pissenlit, etc. (pi. 19, fig. i ). lut fleuron : c'est une corolle monopétale, régulière, infundibuliforme, ayant cinq divisions à son limbe «(pi. 19, fig. 2) : elle ne porte ce nom qu'autant qu'elle appartient aux fleurs composées, syngénèses , ainsi que le demi-fleuron : d'où vient que ces sortes de fleurs, réunies dans un calice commun, se nommewl flo s culcus es lorsqu'elles sont uniquement composées de fleurons (pi. 16, fig. 3); semi-floseuleuses , quand elles n'ont que des demi-fleurons; radiées, lorsque leur disque ou centre est occupé par des fleurons, et leur circonférence par des demi-fleurons (pi. 16, fig. 4).

Telles sont les formes les plus générales de la corolle, parmi lesquelles il y a beaucoup d'intermédiaires qui ne peuvent être rigoureusement désignées que par des descriptions particulières : Tournefort y ajoute les fleurs liliacées^

( i;-^) nionopétalées , à six divisions, ou composées de six pétales. Elles n'ont point de calice; presque toutes appartiennent aux monocotylédones, telles que le lis, Tornithogale, les iris, etc. (pi. 21 , fig. 6) ; les autres corolles, tant monopétales que.polypétales , qui ne peuvent être classées ou rapprochées des formes que nous venons d'indiquer, sont anomales , telles que la violette , la capucine , le pied d'alouette, les orcliis, etc. (pi. 20, fig. 8).

La corolle, considérée d'après son insertion, est placée sous l'ovaire : alors elle est hypos^nie , comme dans la giroflée, le liseron, etc.; autour de Vo\ ciire, périgr/ie , sur la paroi interne du calice (du tube du réceptacle, selon moi), comme dans le myrte, le rosier, la campanule : elle est placée au sommet de l'ovaire , épigjne , dans les ombellifères, les rubiacées et dans toutes les fleurs syngénèses. Ces différentes insertions, en les combinant avec celles des étamines, ont fourni, a M. de Jussieu, des caractères généraux pour la distinction de ses familles naturelles,, et pour établir les rapports entre ces mêmes familles. On peut admettre, comme un principe assez général, que les filamens des étamines sont soudés par leur partie inférieure sur les corolles monopétales, tandis qu'il est très-rare que les pétales, dans les corolles polypétales, portent des étamines.

La corolle est quelquefois pourvue d'appendices particuliers sans que sa forme en soit sensiblement altérée : telles sont ces écailles placées a l'orifice des fleurs de la bourrache; ces lames dentelées , saillantes qui garnissent celle du laurierrose ; ce tube en forme de couronne qui occupe le centre des divisions dans la fleur du narcisse : ailleurs ce sont des fossettes^ des enfoncemens en forme de godets ou de cuillers, des sillons tels qu'on en voit sur les pétales du lis, des bosses, des cornets, des éperons. Lorsque ces sortes de cavités sont remplies d'une liqueur particulière, elles prennent )e nom de nectaires^ et doivent être distinguées des appendices proprement dites.

La disposition de la corolle dans le bouton , ou la manière dont les pétales sont placés, ainsi que les autres parties de la fleur avant son épanouissement, mérite d'être observée : elle ne l'a encore été qu'imparfaitement. Les pétales sont chiiTonnés dans le grenadier, le ciste, le pavot, etc.} il»

{ 173 ) sont roulés en spirale dans Voxalis, Vhermannia, etc.; imbriqués, se recouvrant les uns les autres dans la rose, etc. Dans les fleurs légumineuses, il en est qui embrassent tous les autres ; la corolle du liseron est plissée. En examinant le développement de la fleur du cobœa, j'ai remarqué que la corolle dans le bouton était a peine sensible, qu'elle se présentait sous la forme d'un anneau fort court, tandis que les filamens étaient déjà très-saillans^ les antîières très-grosses, et à leur état de perfection; le calice long d'un pouce, d\me seule pièce ; les cinq grandes folioles qui le composent ne se séparant que lorsque la corolle est développée. Les filamens ont d'abord une forme cylindrique ; ils sont fortement recourbés au sommet, puis se redressent, s'allongent, se déroulent en spirale, ont alors leurs anthères vacillantes, mais flétries ; le style est très-court , les divisions du stigmate

Ï)eu apparentes; mais, a mesure que les filamens se dérouent, le style s'allonge proportionnellement;, et le stigmate se présente avec ses trois grandes divisions : alors les anthères ont déjk lancé leur pollen. Il est peu de fleurs dont la position et la forme de toutes les parties soient plus changeantes que celle du cobœa pendant le cours de son développement : le p)édoncule est d'abord droit et court; il s'allonge et se courbe fortement quand la fleur est épanouie, se redresse après la fécondation, se recourbe de nouveau^ et forme une demi-spirale après la chute de la corolle ; il reste tel et pendant jusqu'à la maturité et la chute des fruits. Cette variété de mouvemens et de positions a un but biea déterminé qui n'échappera pas à un bon observateur.

Quelque frappant que puisse être l'éclat admirable des couleurs dans la corolle , comme elle éprouve quelquefois des changemens très-remarquabies dans les individub de la même espèce, Linné a presque généralement exclu la couleur du nombre des caractères spécifiques. En effet, nos parterres nous prouvent tous les jours combien elle est variable dans la plupart des fleurs que nous culiivoiis j comme , d'un autre côté, le cultivateur ne peut produire ces variétés à volonté, qu'elles tiennent à des circonstances qui nous sont encore inconnues , on en a conclu avec assez de raison que ce qui arrive dans nos jardins pourrait bien arriver dans la nature inculte. Pallas , herborisant sur les bords du Volga, a rencontre Vancrnoiic patcns à fleurs blanches, bleues ou

( ^74) jaunes. H faut avouer cependant que ces changemens sent assez rares, et qu'il existe, même en très-grand nombre, des espèces où la couleur est invariable. Pourquoi ne seraitelle pas employée comme un caractère distinctif quand l'observation nous a confirmé sa permanence, et qu'elle se joint d'ailleurs a d'autres caractères plus marquans? Du moins il sera toujours bon de la citer. Tandis qu'elle est constamment jaune dans les inules, les épervières, le cytise des Alpes, elle est blancbe dans le lis, le cerfeuil, la cicutaire, etc.; enfin, il est un grand nombre de plantes, cultivées ou sauvages, dans lesquelles on n'a jamais remarqué aucune altération dans les couleurs; d'autres nous offrent dans leurs changemens des phénomènes assez curieux ; quelquefois la même plante change la couleur de ses fleurs à mesure que celles-ci se développent, ou qu'elles approchent du terme de leur existence. Le calice coloré de l'hortensia est d'abord d'un vert clair, passe ensuite au rose, au bleu, puis se teint de violet, et se termine par un blanc sale : la couleur rouge du lathjrus sjluestrîs et de plusieurs borraginées passe du rouge au bleu. Le fait le plus remarquable dans cette variation de couleurs est celui cité par Andrews

Eour le gladiolus versicolor. Le matin, sa couleur est rune; mais elle s'altère pendant la journée, tellement que , vers le soir, la fleur est d'un bleu clair : elle reprend, pendant la nuit, la couleur qu'elle avait la veille, et, pendant les huit a dix jours de son existence, ce changement s'exécute régulièrement chaque jour, excepté vers la fin, où la couleur brune l'emporte et reste seule. Cet exemple est peut-être le seul que nous ayons d'une fleur qui reprenne la couleur et l'éclat qu'elle a une lois perdus \

I Mirbel, Blèm.

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