CHAPITRE PREMIER
Considérations générales sur la classification des végé'taux, et sur les caractères qui constituent les individus y les espèces j les genres y les familles^ etc.
Ci'EST avec peine que nous quittons les sentiers fleuris des vastes jardins de la nature, pour entrer dans les voies épineuses du champ des opinions et des systèmes. Au riche tahleau de la végétation, à ces plantes contemplées avec tant de plaisir dans leur lieu natal , suivies depuis leur naissance jusqu'à leur mort , qui nous ont encore intéressés dans leurs débris, même après leur destruction, vont succéder des considérations particulières , suite des vastes conceptions de Fesprit humain, mais parmi lesquelles l'erreur se trouve trop souvent à côte de la vérité : nous faudra-t-il, pour découvrir la route qui y conduit, combattre a chaque pas les opinions différentes, opposer système à système, entrer en lice avec Pamour-propre de leurs auteurs? Celte marche ne sera point la notre; nous ne détruirons point, par des dissertations critiques, ce charme que la nature a répandu sur ses ouvrages, qui disparait dès que l'on pénètre dans les plaines arides de la critique.
Traversant rapidement ces longs siècles de préjugés et d'erreurs , nous nous transporterons a ces temps plus heureux, où l'homme ne cherchant , dans les productions du règne végétal, que ce qui est, et noji les prétendues découvertes du charlatanisme, a reconnu que la véritable science, s'appuyant sur l'observation des faits, consistait toute entière a les lier entre eux , h en saisir les rapports, et à découvrir les lois de la nature dans l'ensemble des êtres organiques.
Pour y parvenir, il a fallu fixer notre imagination, absorbée par l'œuvre immense de la création, examiner chaque lo^. Livraison.
(6) uljjet isolément, étendre notre examen siir tous ceux qui nous sont présentés, étudier les caractères qui les éloignent ouïes rapprochent, les placer ensuite dans l'ordre qui nous paraît indiqué par la nature elle-même. De cet esprit d'observation, de cette faculté de comparer, source féconde de nos idées, est née cette distribution méthodique de tous les êtres naturels, si propre à nous guider dans nos études, k diriger nos recherches , à soulager notre mémoire par des points de repos. Ils ont été établis par la formation de ces vastes groupes séparés d'abord par des caractères qui frappent tous les yeux, puis divisés en d'autres moins étendus , plus difficiles a saisir, très-souvent naturels, quelquefois arbitraires, enfin rapprochés, unis ensemble par des passages presque insensibles : .alors s'agrandit pour nous le vaste tableau de l'univers; la longue chaîne des êtres se déroule a nos regards : il n'est plus poumons d'individus isolés. IN'ous voj'ons , dans la coordonnance générale des végétaux , les rapports qui les enchaînent, les lois générales qui les régissent : ce grand travail sur l'immensité des êtres ne peut se faire que par le secours de l'art; c'est lui qui nous fait passer de l'individu à l'espèce, de l'espèce au genre, du genre a ces réunions plus étendues qui composent les familles naturelles : heureuse invention, qui nous conduit a des résultats de la plus haute importance par des routes que la nature n'a pas toujours établies, mais que Tesprit humain a su se frayer. Quoique variées arbitrairement, elles doivent toutes nous faire parvenir au même but. La perfection de la science consiste à pouvoir distinguer celles par lesquelles on y arrive le plus siuement : tel est l'objet du travail qui va maintenant nous occuper dans la dis^ tribution des plantes en classes, genres, espèces, etc.
Un individu végétal s'offre à notre examen : pour le bieft connaître, il faut en observer soigneusement toutes les parties, depuis la racine jusqu'au fruit, conformément aux détails qui ont été exposés dans la première partie de cet ouvrage. Cette recherche nous montre l'individu dans tous ses attributs. Supposons que la plante dont il est ici question soit la giroflée des jardins à fleurs simples {cheiranthus incaiius. Lin.) : partout où ^lous trouverons des individus semblables a celui que nous venons d'examiner, ils seront toujours la même plante, je veux dire la giroflée des jardins, maigre quelques légères différences qui ne de-
( 7 ) trnisent pas ses principaux attributs. Cette réunion d'individus se montrant constamment sous les mêmes formes, soit qu'ils se reproduisent par graines, par marcottes ou par boutures, etc., a reçu un nom collectif : on est convenu de lui donner celui d'espèce. Ainsi, réunissant, par la pensée, en un senl tout les nombreux individus de notre giroflée, ils ne formeront qu'une seule espèce.
Une autre plante se présente : nous reconnaissons, dès le premier aspect, qu'elle ne peut appartenir a l'espèce précédente 5 cependant, par l'examen détaillé de ses parties, nous trouvons de si grands rapports entre ces deux plantes , une telle ressemblance entre la forme des fleurs et celle des fruits, qu'il nous est impossible de les tenir éloignées l'une de l'autre. Il en est de même de plusieurs autres , qui toutes diffèrent entre elles par des caractères qui ne portent que faiblement sur les parties essentielles de la fructification : réunissant alors en un seul groupe toutes ces espèces, nous les désignons sous le nom de ^enre Ainsi, le genre renferme, d'après des caractères communs, la plupart pris dans les parties de la fructification, toutes les espèces dans lesquelles ces caractères se rencontrent. Ces petits groupes, très avantageux pour rétude, admettent beaucoup d'arbitraire, les espèces elles-mêmes n'en sont point exemptes ; cependant il est beaucoup de ces groupes tellement prononcés , qn'il est difficile de ne pas les considérer comme essentiellement naturels. Il me semble qu'on a un peu trop généralisé les opinions opposées, les uns prétendant que les genres et même les espèces n'étaient que lactices , d'autres, que les uns et les autres étaient formés par la nature. Je présenterai plus bas, en traitant des genres et des espèces, des observations sur ces assertions.
L'établissement des espèces et des genres, appuyé sur les rapports et les différences des divers êtres entre eux, devient , pour l'esprit humain , une source infinie de jouissances dans le tableau des formes variées sous lesquelles la nature nous présente ses productions : nous apprenons, par là, à les considérer dans un ordre particulier, qui les tire de cette apparente confusion sous laquelle elles s'offrent à la surface du globe; mais les genres, sans une distribution convenable, seraient trop nombreux pour que nous pussions reconnaître, lorsque nous voudrions faire usage des ouvrages clas-
( 8 ) siques, la place que doit y occuper l'objet que uous examinerions. Il a donc fallu imaginer des coupes plus étendues, a l'aide de caractères plus généraux, c'est-a-dire applicables à un plus grand nombre d'objets, pour réunir, dans une même division, un certain nombre de genres : on leur a donné le nom àe familles ^ puis celui d'ordres , en réunissant plusieurs familles; enfin, pour plus grande facilité, on a cru devoir encore réunir les familles et les ordres en classes , qui présentent de plus grandes divisions générales peu nombreuses, dans lesquelles les ordres sont groupés, comme les genres le sont dans les familles, et celles-ci dans les ordres.
Pour leur formation, on s'est attaclié a la considération d'une ou de plusieurs parties essentielles des plantes, d'où sont résultés les méthodes et les systèmes : c'est de la qu'il faut partir pour découvrir , dans un ouvrage classique quelconque, la plante que l'on veut connaître, suivant en sens contraire la marche qui a été établie pour parvenir de l'espèce au genre, du genre a la famille, de la famille à l'ordre. C'est ainsi qu'en voulant déterminer une plante d'après le système sexuel de Linné, nous devons commencer par nous assurer si les fleurs renferment les deux sexes, les étamines et les pistils, ou si ceux-ci sont dans des fleurs séparées j nous observons ensuite le nombre des élamines, leur proportion, leur réunion en un ou plusieurs paquets, etc. '. La classe déterminée d'après ces premières recherches, il nous restera à examiner le nombre des pistils qui forment les ordres ou les premières divisions des classes. L'ordre admet souvent des sous-divisions, qui renferment un certain nombre de genres, parmi lesquels il ne nous sera pas dilficile de trouver celui auquel appartient la plante que nous vouions connaître : nous parviendrons à en déterminer l'espèce, en parcourant toutes celles que renferme le genre, et qui doivent y être distinguées et signalées par les caractères qui leur sont propres. Si aucun de ces caractères n'est applicable a notre plante, nous pourrons la considérer comme Ifsrmant une espèce nouvelle, et même un genre nouveau, si elle ne peut entrer dans aucun des genres connus.
Telle est la marche ingénieuse qn'a suivie l'esprit humain pour nous mettre a portée de reconnaître , par la comparaison
• Voyez , à la fin de ce volume , rexplicatipn et le tableau du système sexuel.
(9) el le rapprocheraent , les diverses productions de la natiirÇ; tant dans le règne végétal que dans les deux autres. Quoique toutes ces distributions méthodiques soient assez généralement d'invention humaine, puisqu'elles sont variaLles et dépendantes de la manière dont chaque auteur considère les objets naturels , on ne peut cependant disconvenir qu'elles ne soient, dans bien des cas, indiquées par la nature elle-même, et senties par les esprits les moins exercés à l'observation.
Quel est celui qui , au premier aspect, ne sépare point naturellement les oiseaux des quadrupèdes, les quadrupèdes des reptiles, ceux-ci des poissons, etc., et qui ensuite ne parvienne a découvrir des coupes très-naturelies dans ces grandes classes? De même, dans le règne végétal, il ne faut avoir que des yeux pour y reconnaîtie des groupes tout for« mes, tels que les champignons, les mousses, les fougères, les graminées, les ombellilères, les labiées, les crucifères ;, etc. Mais lorsque, séduits par ces premiers aperçus, nous cherchons a grouper également toutes les autres productions de ce beau règne, a diviser chaque groupe en genres, chaque genre en espèces; puis a coordonner toutes ces divisions, à en former une suite non interrompue ; c'est alors que les difficultés naissent en foule; que nous rencontrons, dans notre marche, des interruptions qui coupent la chaîne des êtres > que les chaînons qui semblent devoir les unir, nous échappent. Nous soupçonnons, avec quelque fondement , que celte interruption peut être remplie par des espèces dont l'existence ne nous est pas encore connue : des découvertes heureuses nous confirment dans ces idées; elles remplissent des vide^, rapprochent des familles qui n'avaient d'abord que des rapports très-éloignés , et établissent l'existence de i»lusieurs autres 5 mais il arrive aussi que ces mêmes découvertes nous offrent des objets qui semblent contrarier nos divisions, et dont nous ne pouvons découvrir la véritable place dans la série naturelle des êtres.
C'est alors que, pour nous reconnaître et assigner à ces objets ime place provisoire, il nous a fallu ranger toutes ces familles entre elles d'après des divisions souvent arbitraires, qui exigent d'ailleurs une connaissance approfondie des attributs particuliers de chaque être, des rapports qui les unissent, des caractères qui les distinguent ; mais comme parmi ces caractères il en est de plus ou moins essentiels , la
difficulté consiste à en déterminer la valeur. Cette découvert© est le fruit de longues études et d'une grande habitude de l'observation ; encore est-il bien difficile que les auteurs soient parfaitement d'accord sur tous les points , chacun d'eux considérant les objets sous des aspects différens. De là est née cette variation dans les opinions, d'abord flottantes et sans principes : telle a été, chez les anciens, la distribution des plantes, d'après leur lieu natal, en plantes terrestres, aquatiques, sauvages, cultivées, ou d'après leurs propriétés ^ médicales, économiques, etc., établissant leurs caractères distinctifs sur leur port, leur grandeur respective, leur consistance herbacée ou ligneuse ; sur la forme de leurs feuilles, sur leur inflorescence, négligeant la considération départies beaucoup plus essentielles, telles que les organes sexuels, ceux de la fructification , le mode de germination , etc. Ce n'est qu'après une longue suite de siècles qu'enfin il a été reconnu que^ pour parvenir a distribuer les plantes convenablement, il fallait rechercher quelles étaient en elles les parties les plus propres a fournir des caractères faciles a reconnaître, et en même temps les moins variables. Il en existe de plusieurs sortes, selon les divisions que l'on se propose d'établir.
Un individu, considéré isolément, a des attributs qui le constituent ce qu'il est, mais il n'a encore pour nous aucune sorte de caractères : ceux-ci ne nous seront connus qu'au moment où nous le comparerons avec un autre. Les caractères des plantes, comme ceux de tous les êtres naturels, sont donc le résuhat de la comparaison, et comme elle peut avoir lieu entre des êtres plus ou moins éloignés les uns des autres, il s'ensuit qu'il existe autant de sortes de caractères, que de points de comparaison. Si, par exemple, je veux distinguer les plantes des animaux , il est évident que, dans ce cas, les caractères distinctifs ne seront pris ni dans la forme des feuilles, ni dans la disposition des fleurs, ni dans la nature des fruits, mais dans les principes constituans des végétaux , et dans le mode entier de leur existence : c'est un caractère d'orgauisatioji.
Ce n est donc qu'en rapprochant les plantes entre elles qu^on peut découvrir leurs véritables caractères botaniques : ces caractères sont également de différentes sortes, selon les rapports sous lesquels les plantes sont considérées, et selon les
divisions dans lesquelles nous voulons les faire entrer. Ainsi , en rapprocliant deux ou plusieurs espèces très-voisines, si, après un examen exact de toutes leurs parties , nous faisons abstraction de toutes celles qui se ressemblent , et que nous ne conservions que celles qui offrent des différences constantes, ces différences formeront les caractères de chacune de ces espèces , et constitueront ce que l'on nomme caractères spécifiques j pourvu toutefois que ces plantes appartiennent au même genre, et qu'elles se reproduisent constamment les mêmes par la génération : autrement , elles ne seraient que des variétés. Le caractère spécifique est fourni par toutes les parties de la plante, même par celles des fleurs , qui n'entrent point dans la composition du caractère générique.
Ce dernier est double : l'un, que Ton nomme caractère ua" turelj l'autre, caractère essentiel. Le premier consiste dans la description de toutes les parties de la fleur, en évitant néanmoins de trop s'attacher aux formes , qui peuvent varier, selon les espèces, et appartenir plutôt aux caractères spécifiques : telles, par exemple, que les divisions obtuses ou aiguës du calice, les pétales ovales ou lancéolés, etc. ; le caractère essentiel consiste, comme pour l'espèce, dans la comparaison que l'on établit entre plu sk-urs genres très-rapprochés, pourvu que la différence qui en résulte porte sur des parties importantes, non susceptibles de variations. Ces caractères sont dans la nature, ils sont indépendans de la volonté ; mais il n'en est pas de même des genres, qu'ils servent a former : chacun se croit autorisé à choisir, dans la même fleur, d'après des règles de pure convention, un ou plusieurs caractères réunis, pour les faire concourir à la formation d'un ou de plusieiu^s genres, selon le degré d'importance que l'on attache à tel ou tel caractère, empruntés tantôt d'un organe , tantôt d'iui autre. C'est ainsi que Linné a établi le genre cassia sur la conformation de la corolle et des étamines, et non d'après le fruit très-différent dans les espèces 5 tandis qu'il a caractérisé les géranium d'après le fruit, employant, pour des sous-divisions, les formes variées de la corolle et des étamines. D'autres , depuis ce célèbre naturaliste, ont vu autrement : ils ont divisé les géranium en trois genres.
Il est un grand nombre de genres qui se rattachent entre
eux par des caractères plus généraux : on en a formé autant (le i^roupes sous le nom d'ordres ou de familles. Les notes employées pour leur réunion se nomment caractères d^ordre ou de famille. Quoiqu'ils soient tirés principalement des organes de la reproduction, on y fait entrer aussi les autres parlies des plantes, telles que leur port, la disposition générale des feuilles, etc.; mais lorsqu'il s'agit ensuite de coordonner toutes ces familles entre elles, de les distribuer elles-mêmes en groupes, nous sommes arrêtés à chaque pas, faute de connaissances suffisantes. Nous avons bien décotivert quelques grandes divisions primaires, telles que l'absence ou la présence des organes sexuels, le nombre des cotylédons, qui a la plus grande influence tant sur la structure du tissu interne des végétaux , que sur la disposition de leurs parties externes; mais ces coupes, très-naturelles^ sont trop étendues ; elles en exigent d'autres, que nous n'avons encore pu établir que par le secours de moyens artificiels. Ils consistent à choisir, dans les fleurs, quelques-unes de leurs parties les plus essentielles, et les plus propres a fournir un certain nombre de divisions, auxquelles on a donné le nom de classes ^ et celui de coractcres classiques aux notes qui les déterminent : d'où résulte la formation des méthodes o\\ des systèmes. C'est d'après cette idée ingénieuse, que Tournefort a employé, pour sa méthode, les différentes formes de la corolle, et Linné, pour son système sexuel, le nombre des étamines et des pistils, etc. ; M. de Jussieu, luimême, a cru devoir, pour l'arrangement de ses familles, employer les mêmes moyens, en se servant, pour ses divisions classiques, de l'absence ou de la présence de la corolle monopétale ou polypétale, de sa position , ainsi que de celle des étamines relativement au pistil, etc. Avant d'entrer dans les détails qu'exigent toutes ces divisions méthodiques dont je viens de présenter l'ensemble, je crois devoir offrir au lecteur le brillant tableau du règne végétal tracé par Linné.
L'expression de règne iwgét.al est une aimable allégorie qui nous donne, en deux mots, l'idée de ces productions de la nature comprises sous le nom de plantes, considérées ici comme formant une division particulière, séparée des animaux et des minéraux , qu'on a également distribués eu deux autres règnes.
Linné, enchérissant sur cette première idée, a établi l'em-
( "3) pire de Flore; il l'a divisé en tribus, a fixé l'état et le râiig des individus qui les composent.
La première tribu est formée par les plantes monocotylédones : elle renferme les palmiers, les graminées, les liliacées.
La seconde , par les dicotylédones : elle se compose des herbes et des arbres.
La troisième , par les acotylédones : elle comprend les fougères, les mousses, les algues et les champignons.
Les palmiers sont les princes de ce bel empire ; ils habitent les plus riches contrées du globe, celles où le soleil brille avec le plus d'éclat, les magnifiques et riantes provinces de l'Inde j ils s'élèvent avec majesté sur une grande et belle colonne lisse, cylindrique, couronnée d'une touffe de feuilles toujours vertes, d'entre lesquelles pendent de longues grappes de fruits délicieux j ils sont tributaires des grands animaux, et surtout de l'homme, leur chef.
Les graminées sont des plébéiens très-nombreux , répandus partout, robustes, peu délicats, d'un extérieur simple, existant particulièrement dans les campagnes, qu'on écrase, qu'on foule aux pieds impunément, et qui n'en deviennent que plus nombreux : ils sont négligés et méprisés, quoique la force et le soutien de l'empire. Le soin de leur conservation coûte peu, et cependant ils payent de forts tributs à tous les animaux granivores : ils nourrissent l'homme.
Les lis sont les patriciens j ils en imposent par la vivacité et le luxe de leurs couleurs, brillent par l'élégance de leurs formes , et sont un des plus beaux ornemens de l'empire de Flore.
Les herbes forment l'ordre de la noblesse. Ornement des prairies, elles s'y montrent sous toutes sortes de formes, attirent les regards par leurs couleurs variées, récréent l'odorat par leurs parfums, et flattent le palais par leur saveur.
Les arbres constituent l'ordre des grands ; ils composent les forêts, ces vastes et beaux jardins de la nature j leur
souche antique se divise en un grand nombre de rameaux ; leur cime élevée se perd dans les nues, arrête l'impétuosité des vents, protège de son ombre les plantes délicates, répand sur elles une rosée bienfaisante, et fournit une retraite aux chantres ailés des forêts. De la surabondance de leurs sucs, ils nourrissent les plantes parasites; d'autres ne les quittent point : ils sont leurs esclaves ou composent leur cour.
Parmi eux, les arbrisseaux épineux sont autant de soldats armés pour écarter les attaques des quadrupèdes.
'Les Jbugères , habitans nouveaux, a peine connus, vivant sans éclat, dans l'obscurité, a Fombre des bois, préparent pour la postérité un terreau fertile.
Les mousses, esclaves destinés au service des autres plantes , occupent les lieux que celles-ci n'ont point encore abordés ou qu'elles ont abandonnés; plus tard, elles en recouvrent les semences et les racines, les garantissent des rigueurs de l'hiver, défendent les jeunes pousses des ardeurs de l'été. Elles sont très-vivaces : plus vigoureuses dans les temps froids et humides, elles forment et augmentent la terre végétale, la disposent à recevoir les autres plantes.
Les algues y inférieures aux mousses, n'existant que par l'humidité, malpropres, sans éclat, presque nues, jettent les premiers fondemens de la terre végétale.
Les champignons, nomades barbares, sales, nus, putrides , voraces, s'atlachant à la substance des autres plantes qu'ils détruisent, vivant de leurs débris infects, ne se montrant qu'après la saison des fleurs.
On reconnaît , dans cette belle allégorie , qu'il faut lire dans les ouvrages de Linné, la brillante imagination de cet auteur à jamais célèbre, dont le style est d'ailleurs si sévère lorsqu'il s'agit de descriptions rigoureuses.