‹ Leçons de flore (volume 2)Chapitre 4 sur 82 · ÉTABLISSEMENT DE LA VÉGÉTATION A LA SURFACE DU GLOBE · texte numérisé non relu

ÉTABLISSEMENT DE LA VÉGÉTATION A LA SURFACE DU GLOBE

il ors venons de voir la végétation couvrir de verdure et de fleurs toutes les parties de notre globe : nous l'avons vue se propager du fond des vallées jusque sur les lieux les plus élevés , résister dans les plaines aux rayons brùlans du soleil^ lutter sur les montagnes avec les frimas, sortir chaque été de dessous les neiges , et ne s'arrêter qu'a la zone des glaces perpétuelles. Mais comment cette végétation peutelle parvenir a couvrir la nudité des rochers, à fixer la mobilité des sables , a s'implanter dans les tufs pierreux , à convertir des lacs immenses en marais, ceux-ci en forêts ou eji terre labourable? car telle était, telle est encore la surface du globe dans tous les lieux privés de végétation, soit dans les îles nouvellement sorties du sein des eaux, soit dans les sols bouleversés par des accidens particuliers , ou dépouillés, par d'autres circonstances, de leur antique verdure; telle aussi nous la retrouvons, si nous enlevons la couche plus ou moins épaisse du terreau qui la revêt. Cette terre est donc de nouvelle formation , ainsi que la végétation qu'elle entretient; elle n'a point été formée simultanément avec le rocher qui la soutient , avec le lit de sable qu'elle recouvre. Cette importante observation échappe au commun des hommes. Accoutumé a voir, au retour de chaque printemps , les mêmes fleurs reparaître , les mêmes prairies reverdir , à peine a-t-on réfléchi sur l'origine de cette belle et abondante végétation , ou plutôt la rapportant à l'époque de la création générale des êtres , elle nous semblait se perdre dans l'obscurité mystérieuse de la formation des mondes , et nous nous trouvions dispensés dès lors de chercher par quels moyens la nature était parvenue h répandre partout ce terreau précieux, source de richesses et de vie, et qui n'est cependant que le résidu des générations entassées snr les générations. Ici, se présente une objection qui paraît détruire en partie ce que je viens d'avancer. Si la terre végétale, dira-t-on, est nécessaire à l'existence des plantes, elle

A du être créée avant elles, et n'en recevoir que ce qu'ellemême leur a fourni.

Telle a été l'erreur, qui, pendant une longue suite de siècles, nous a Init méconnaître une des plus grandes opérations de la nature*, et qui, quoique constamment sous nos yeux, ne nous a échappé que par le peu d'attention que nous avons donnée à un ordre de plantes dédaignées a cause de leur peu d'éclat, de leur petitesse, et de la simplicité de leur composition : mais dès que l'œil perçant du génie eut saisi leurs rapports daiîs Tordre naturel des choses, dès qu'il eut reconnu les fonctions qu'elles avaient à remplir, et lé rang qu'elles occupaient dans le système général de la végétation, elles ont pris alors un caractère de grandeur, qui a fixé l'attention sur leur existence. On s'est aperçu que, sans exiger de terre végétale pour exister, elles en fournissaient par leur décomposition , à la vérité en petite quantité , mais suffisante pour recevoir des plantes d'un ordre un peu plus élevé, et auxquelles, à mesure que la terre végétale augmente, succèdent des végétaux beaucoup plus vigoureux.

Pour comprendre ce que nous avons a dire sur ce sujet, il faut nous arrêter un instant sur ces plantes que j'ai dit être la base de la végétation. Quoique très-communes partout, elles sont a peine remarquées. Partout elles couvrent les murs, les rochers, les terrains humides, le tronc des arbres; elles s'attachent à toutes les substances, pour peu qu'elles soient favorisées par les circonstances. Les rayons du soleil, les vents secs et froids leur sont autant contraires, que l'ombre et l'humidité leur sont favorables. Ces plantes portent les noms de conferves, de byssus, de lichens : il leur succède de? mousses, des hépatiques, des lycopodiacées, des champignons, etc. Elles forment, dans l'ordre naturel de la végétation, une grande et importante famille. Linné les a nommées ajptogautes y mot grec qui signifie que le mode de fécondation qui doit les reproduire n'est presque point connu .

Les hjs.sus sont des plantes qui ne se montrent que sous la forme d'un tissu poudreux , ou d'un duvet filamenteux di* versement'colore : elles s'attachent particulièrement aux substances humides , se dessèchent aux rayons d'un soleil ardent, et ne laissent après elles que des taches informes et noi-

( '9) ràtres. Les conférées appartienneiît aux eaux stagnantes, anx terrains inondés; elles sont composées de filamens capillaires, allongés, simples ou articulés. Les lichens ne sont quelquefois que des points saillans et noirâtres, épars sur un fond verdâtre ou cendré \ ailleurs ce sont des lignes simples ou rameuses qui semblent tracer on des cavaclères alphabétiques ou une sorte de carte géograpliique sur une membrane lisse, très-mince, appliquée sur l'écorce des arbres. D'autres espèces s'attachent aux rochers ; elles y forment des plaques de diverses couleurs, des croûtes lépreuses, grenues , farineuses ; Gu bien, plus développées , elles s'étalent en rosettes d'un aspect foliacé, laciniées ou divisées en lobes. On en voit s'élever d'une croûte écailleuse, en tiges simples, ou se ramilier en petits arbusres élégans, s'évaser, au sommet de leurs rameaux, en petits godets simples ou prolifères, garnis sur leurs bords de tubercules fongueux, de couleur brune, iK)irâtre, ou d'un beau rouge écarlate; quelques autres, sous une forme très-différente, tombent des branches des arbres en longs filamens entremêlés, semblables à des crins de cheval , à des cjieveux touffus, les uns d'un vei't cendré, d'autres d'un beau jaune doré, orangé ou citrin. Je ne m'étendrai pas davantage sur celte classe de plantes , avec laquelle nous ferons ailleurs une connaissaiice plus particulière lorsque nous traiterons des familles naturelles. Ici, nous allons les suivre dans les grandes fonctions que la nature leur a confiées pour l'établissement de la végétation.

Lorsque l'on fait attention a la dureté, h la sécheresse et à la niulité des rochers, on a peine à concevoir que des forêts puissent un jour en couronner le sommet; cependant ce grand travail s'exécute tous les jours sous nos yeux, et même au milieu de nos habitations. Considérons ces murs couverts de taches verdâtres qui s'accroissent par 1 humidité, que lalumière et la chaleur réduisent en taches noires et tenaces : ce sont autant àehjssus (^m essaient d'y porter la végétation, ainsi que sur les statues et les marbres les mieux polis \ ce sont eux qui impriment le cachet de la vétusté sur nos vieux châteaux, sur nos édifices gothiques. Ailleurs, particulièrement sur les pierres raboteuses , s'étalent en larges plaques ces lichens de "diverses couleurs, semblables à ces croûtes darîreuses qui corrodent la peau des animaux; ils creusent, rongent la suj-face des rochers, déposent, dans les vides

( 5.0 ) qu'Os ont formes , la portion de terre produite par leur destruction. Quoiqu'en très-petite quantité, cette terre suffit jiour donner lieu au développement de lichens d'un ordre plus élevé. Leurs débris, ajoutés à ceux des premiers, fourïïisseut une petite couche de terreau suffisante pour l'existence des mousses d'un ordre inférieur, auxquelles succèdent également des espèces plus fortes '.

Déjà une couche gazonneuse recouvre le sommet des murs, la surface des rochers : elle augmente d'année en année par les débris des végétaux qu'elle nourrit; ses particules pulvérulentes sont retenues par les tiges et les racines serrées et touffues des mousses; l'humidité s'y conserve plus longtemps; la couche de terreau s'épaissit; des graminées et autres plantes herbacées à liges basses, viennent s'y établir, telles que des joubarbes, des draba, des saxifrages, des pissenlits, quelques géranium, etc. Le sol s'exhausse à mesure que les générations se succèdent; il se convertit, avec le temps, en une prairie visitée par un grand nombre d'animaux. Des plantes à tige ligneuse annoncent que ce nouveau terrain ne tardera pas à recevoir de plus grands arbres , dont la multiplication doit par la suite établir d'immenses forêts dans un sol qu'on aurait cru frappé pour toujours de stérilité.

Tel est, sur ces roches arides, le développement de la végétation, commencée par de simples byssus, par quelques lichens, propagée par des tapis de mousses, augmentée par les plantes herbacées. Leurs débris accumulés ont formé cet humus , maintenant assez épais pour que les arbres les plus vigoureux puissent y implanter leurs racines. En suivant ainsi les progrès de la végétation , nous sommes parvenus à

* Les personnes qni ne se sont pf<s livrées h l'étnde de la nature, seront pentélre toit étonnées d'.ipprendre que toutes ces taches noires ou vcrdâtres cjui dégradent les belles statues et les njurs exposés à rbumidité, sont de vérilabJes plantes Ces plaq-.ics sont formées par un hyssus , que Linné a nomœë byssus antiquilatis. Les pierres consiarrîment h. l'ombre et h Phumidilé sont recouvertes d'un autre byssus, d\m beau vert foncti : c'est le byssus velu" ti/ia , Lin.

Les lichens qu'on ironve plus commnnément sur les murs et les pierres sont le lichen calcarius, periusus, tartareus , candelarius , parellus , saxutilis , centrifugus , cnspus , omphalodes , panelinus , pustulatus , etc.

Les mousses que l'on rencontre sur les vieux murs sont le mnium setU" ceum, capillaire , etc., le bryum apocarpum , striatum , rurale, truncatU" lum , murale , ccespitUium ; l'hfpnum sericcum, serpens, myosuroïdes,eic.

nous convaincre que la terre végétale n'est que le résultat dé la décomposition annuelle des végétaux , qu'elle n'existerait pas sans eux; que la nature seule et non l'industrie humaine a pu la déposer sur cette roclie, sur ce vieux mur où nous l'avons observée, et dont la formation s'est presque exécutée sous nos yeux.

Ne quittons pas encore ces forêts dont nous venons de suivre rétablissement depuis l'humble graminée, ou la mousse rampante, jusqu'à la production des plus grands végétaux. Quelle abondance de terreau fournissent tous les ans la chute de lenrs feuilles et les autres débris de la végétation! C'est dans cet immense magasin, sans cesse renouvelé, que la nature va puiser les substances nécessaires pour fertiliser les plaines et les vallées : elle se sert , pour le transport de ces matériaux , du véhicule de l'eau , de ces pluies d'orages qui se précipitent par torrens, ou descendent en nappe du sommet des monts jusque dans les vallées les plus profondes : ces eaux entraînejit avec elles les dépouilles de la végétation, en recouvrent des plaines souvent stériles, crétacées, sablonneuses ou pierreuses ; leur fertilité sans ce moyen aurait pu coûter a la nature des siècles de travaux.

Mais les plantes qui jettent sur les rochers les fondemens de la végétation, étant privées de racines, ne pourraient exister sur des sables arides et mouvans; il faut, pour fixer leur mobilité, un autre ordre de végétaux : il a été produit. Au lieu de byssus , de lichens , qui exigent une base fixe et solide, on trouve, pour premières plantes, plusieurs espèces de graminées, de cypéracées, dont les racines traçantes et gazonneuses s'entrelacent les unes dans les autres , s'enfoncent dans les sables, les retiennent, y mêlent leurs dépouilles, et les rendent propres a recevoir des végétaux convenables a la température des localités, pourvu qu'elles soient fréquemment arrosées par les pluies.

Les circonstances qui soumettent le sable a la puissance de la végétation n'existent point partout-, il est même de vastes contrées où la terre paraît condamnée à n'offrir a ses habitans qu'une surface aride et brûlée : telles ces plaiiics immenses de l'Afrique , ces déserts si redoutés , contrées de silence et de mort que l'homme ne traverse qu'avec effroi , et que cependant la nature, par quelques circonstances lo- €ales, peut ramener à un état de vie, comme elle l'a ûiit

en beaucoup d'autres lieux. Le moyeu le plus efficace et même l'unique, c'est la présence de l'eau. Nous savons déjà que plusieurs grands ileuves y promènent lenrs eaux , tels que le Nil en Egypte, le Niger dans une partie du Sahara. Les sources qui les alimentent, grossies par les pluies , occasionent chaque année des débordemens considérables. Ces eaux surabondantes déposent, sur les terrains qu'elles ont inondés, un limon qui, mêlé au sable, acquiert une grande fertilité : ailleurs , elles forment des mares, des lacs, des étangs qui portent les principes de la vie dans ces contrées de mort.

Un nouvel ordre de plantes nous attend sur les bords et à la surface de ces lacs. On conçoit sans peine que celles qui ont établi la végétation sur les sols sablonneux ou pierreux ne peuvent ici remplir le même but, et nous verrons avec admiration cette nature toute-puissante vaincre avec le temps les obstacles qui s'opposent à ses opérations. Dès que les eaux ont recouvert un terrain, les plantes s'y montrent presque aussitôt : elles y sont plus ou moins abondantes , selon les circonstances. Si ces eaux sont courantes comme celles des rivières, agitées comme celles des grands lacs, la végétation n'existe guère que sur leurs bords; mais sontelles tranquilles, dormantes, peu profondes, les plantes y croissent plus nombreuses et avec plus de rapidité; elles s'emparent d'abord de la surface des eaux, et occupent , par la simplicité de leur organisation, le même ordre que celles fTui naissent sur les rochers : ce ne sont que des filamens très-menus, entremêlés, sans racines, sans fructification apparente; elles précèdent la naissance de végétaux plus parfaits, et préparent le sol qui doit les recevoir, opération que nous pouvons suivre également sans sortir de nos habitations. Examinons ces mares , ces bassins négligés ou abandonnés; nous les verrons couverts dune écume verdâtre, qu'on a regardée longtemps comme des impuretés rejetées à îa surface de l'eau : observées avec plus d'attention, il sera facile de reconnaître qu'elles appartiennent au règne végétal. i )n les a désignées sous les noms de conferves et de hyssiis. Des lentilles d'eau ( lemna ) , des callitrics se joignent a elles ou leur succèdent. Ceux-ci, pourvus de racines, forment, par leur entrelacement , une sorte de gazon flottant , dont Ijes débris se précipitent au fond des eaux ; et constituent le sol

( 23 ; destiné a recevoir des plantes d'un rang supérieur : dès lors les potamogetons, les char a ^ les myriophjllum tapissent rinlérieur des bassins et des lacs, s'y étendent en prairies constamment recouvertes par les eaux , et réservées pour la nourriture d'un grand nombre d'animaux aquatiques.

A mesure que le fond s'exhausse, des espèces plus vigoureuses s'élèvent au-dessus des eaux , y développent ces brillantes corolles dont la beauté rivalise avec les fleurs de nos jardins. La plaine liquide se convertit en un parterre emnelli par des touffes de renoncules flottantes, de naïades, à hjdrocharis j de vaUisneria , dominées par les amples calices d'argent, d'or ou dazur des nélumbos, des nénuphars a feuilles larges et vernissées; tandis que les flèches d'eau, les joncs fleuris, les ményanthes , l'iiottonia, etc., forment sur leurs bords un encadrement élégant et varié, auquel se joignent de jolies véroniques, des œnanthes, des phjllandres surmontés par des salicaires, des bidens, des eupaloires, etc.

Ainsi les eaux, aussi bien que la partie nue et pierreuse du globe, se peuplent de végétaux qui convertissent en marais ces plaides liquides sur lesquelles ont flotté jadis les barques des pêcheurs. Ces eaux gagnent en surface ce qu'elles perdent en profondeur, et portent la fertilité dans tous les terrains qu'elles abordent. A mesure qu'elles baissent, on y voit croître de ces espèces qui, en quelque sorte, tiennent le mdieu entre les plantes aquatiques et les terrestres, telles que de grandes graminées , des roseaux , des paturins , des caicx'^ des scirpes , des souchets, des tjplia , etc. ; mais aucune plante ne contribue davantage au changement de ces marais en pâturages, que l'abondance de certaines es* pèces de mousses, surtout les sphaignes, qui s'élèvent par couches annuelles au-dessus les unes des autres , s'accroissent tous les jours en épaisseur aussi bien qu'en étendue. Si ces eaux , absorbées par la force de la végétation , ne sont point alimentées par des sources à proportion de leurs perles, ce sol marécageux se desséchera peu a peu, et se couvrira avec le temps de prairies fertiles , d arbres de toute espèce , et dè^ lors pourra offrir sa surface au soc de la charrue.

Ce que je viens d'exposer sur les progrès successifs de la végétation n'a rien de conjectural : nous en trouvons la preuve presque à chaque pas, tant dans le sein de la terre

qu^a sa surface , surtout dans les terrains qui n'ont point été bouleversés par des révolutions récentes. Dans combien d'endroits ne rencontre-t-on pas, sous la couche de terre végétale ou argileuse, d'anciennes tourbes étendues sur des lits de sable ousiu' des amas de pierres roulées; preuve évidente que ce sol a été autrefois traversé par les eaux des fleuves, ou occupé par celles des lacs ! Les vastes marais de la Somme nous en fournissent un exemple entre mille. Le sol est souvent recouvert, ainsi que Ta observé M. Girard, d'une couche de terre propre a la végétation, d'environ deux pieds dans sa plus grande épaisseur : la hauteur du banc de tourbe sur lequel elle repose est de six à dix pieds entre Amiens et Pecquigny; elle augmente jusqu'à trente pieds vis-a-vis les villages de l'Etoile et de Long;, au delà desquels elle dimirme de plus en plus. La partie basse de la ville d'Amiens, d'après les observations de M. Sellier, est bâtie sur une couche de tourbe qui a quelquefois plus de douze pieds d'épaisseur : elle est assise sur un banc de marne, qui repose lui-même sur un massif de sable et de galets mêlés de coquilles marines. Ce vaste terrain a donc été longtemps occupé par de grands lacs , ainsi que le prouve la découverte que l'on a faite de plusieurs barques et d'armes romaines conservées dans la tourbe a de plus ou moins grandes profondeurs.

Il ne nous est pas accordé de suivre dans les profondeuri» de l'Océan l'établissement de la végétation; mais si les plantes marines exigeaient, comme les terrestres ou celles des eaux douces, d'être enracinées dans un sol terreux ou limoneux, nous aurions peine à concevoir comment elles pourraient résister a l'action destructive de ces vagues mugissantes qui sans cesse renversent, arrachent tout ce qui leur fait obstacle, balayent le fond des mers, amoncellent sur les rivages les débris des rochers. Pour lutter contre des obstacles aussi puissans, il fallait aux plantes marines im mode d'existence particulière; aussi la nature leur a-telle accordé une base autrement solide que celle d'un sable mobile et continuellement tourmenté par le mouvement impétueux des eaux : elle a fixé leur séjour sur les corps les plus durs, sur les pierres , les rochers auxquels elles adhèrent par un empâtement d'une grande ténacité, ou bien en s'y cramponnant à l'aide d'une sorte de griffe rameuse, très-diffé-

rente des racines , quoiqu'elle eu ait Papparence. Ces griffes ne sont point destinées a puiser, dans un sol qu'elles ne peuvent pénétrer, des sucs alimentaires , pour les porter dans les parties supérieures de ces végétaux : ceux-ci, plongés en entier dans le même milieu , absorbent également par toute leur surface les principes de leur nutrition; et jusqu'alors on n'a pu y reconnaître l'ascension d'aucime liqueur, telle que la sève, etc. Les plantes m.arines ont en outre un feuillage plane ou divisé en fdamens, d'une consistance souple, coriace, membraneuse, susceptible de se prêter a tous les mouvemens de l'eau sans en être endommagées.

Quoique leur mode de fructification soit encore peu connu, il paraît que leurs semences , ou ce qui en tient lieu , sont très-glutineuses, qu'elles s'attachent indifféremment à tous les corps solides , et couvrent les rochers d'une végétation aussi abondante et non moins agréable que celle des gazons qui tapissent nos montagnes : a la vérité, elles n'étalent point de corolles brillantes, elles ne parfument point l'air de leurs aromates, mais elles offrent souvent, dans la forme, la variété et le mélange des couleurs de leur feuillage , un aspect séduisant.

Il serait difficile de dire quelles sont les circonstances favorables ou nuisibles à leur végétation ; mais si nous examinons les rochers qu'il nous est permis d'aborder, nous les trouverons presque tous couverts d'une riche végétation. 11 est a croire que ces plantes, quoique placées dans un seul milieu, sont également soumises, comme les terrestres, aux influences des localités, des profondeurs et de la température, puisqu'il en est qui ne se montrent que dans certaines mers ; qu'on en rencontre dans l'Océan qui ne se retrouvent pas dans la Méditerranée , et que les mers des Indes en fournissent qui n'ont point été découvertes dans les mers glacées du Nord, ni dans les eaux tempérées des tropiques, etc. : d'autres naissent a de telles profondeurs, que nous ne les connaissons que par leurs fragmens.

Je ne suivrai pas plus loin, dans ses grands travaux, la nature sans cesse occupée à jeter partout les bases de la végétation : ce que j'en ai dit sulht pour faire comprendre toutesles ressources qu'elle emploieponr vaincre les obstacles et porter partout le mouvement et la vie. Nous l'avons suivie dans les plaines, sur les montagnes, dans les sables mobiles.

( ^6 ) €t jusque dans le seia des eaux; si maintenant nous descendons dans ces cavités où la lumière ne pénètre jamais, nous y trouverons des plantes particulières , destinées pour ce séjour de ténèbres, telles que certaines espèces de rhizomorphes , de byssus, etc. ; enfin il n'est point de substances , soit à l'air libre ou dans les lieux renfermés, exposées à la lumière , ou cachées dans les endroits les plus obscurs , à Ibumidité ou a la sécheresse, qui ne soient recherchées par des plantes propres pour ces diverses localités. Les moisissures attaquent toutes nos provisions alimentaires lorsque celles-ci sont abandonnées et tenues dans des lieux^humides ; de nombreux champignons, d'énormes boh/ts naissent à l'ombre sur les plantes en putréfaction ; les lichens et les mousses pénètrent l'écorce crevassée des arbres 5 une foule d'animaux d'un ordre très-inférieur, tels que des larves d'insectes, des vers, des mollusques nus ou a coquilles, des crustacées, des arachnides , viennent en foule établir leur séjour au milieu de cette végétation naissante : ils y déposent leur postérité, y vivent dans l'abondance comme nos troupeaux dans les pâturages, y jouissent de la fraîcheur et de l'ombre comme les grands animaux dans les forêts. Ainsi se propage l'œuvre sublime de la création dans ces êtres organiques qui contribuent, pendant leur vie par leurs sécrétions, et après leur mort par leurs dépouilles , a l'augmentation de la terre végétale et de beaucoup d'autres substances inorganiques, comme nous le verrons plus en détail dans le chapitre suivant. J'exposerai ailleurs, en parlant des semences, par quels moyens la nature les disperse à la surface du globe , dans les terrains destinés h les recevoir.

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