CASCADES
internes. Cette structure est fréquente en Islande, ainsi qu'aux îles Sandwich. Un certain nombre de lacs à fond de lave, qui n'offrent pas de traces d'explosions, doivent avoir été produits de cette manière. Ce peut être le cas du lac Pavin, en Auverfî^ne, à moins qu'il n'y faille voir un ancien cratère de lave fusible, comme celle qui s'épanche au piton de la Fournaise dans l'île de la Réunion.
Le plus bel exemple de ces cirques d'effondrements volcaniques est celui de la chaudière de Kilauea, aux îles Sandwich, avec son
Fig. 8^1. — Cascade du Yollowstonc.
fond occupé par un lac de lave bouillante et ses parois escarpées, hautes de plus 150 mètres.
Modiflcations géographiques diverses produites par les éruptions volcaniques. Lacs de barrage. Cascades. — En dehors de l'addition, faite au modelé préexistant, des structures parasites que nous venons de signaler, et dont la juxtaposition engendre un paysage volcanique très caractérisé, les épanchemcnts éruptifs sont susceptibles d'apporter, dans l'hydrographie d'une région, des changements d'importance très diverse.
L'un des plus habituels est le barrage d'une vallée par une coulée de lave. Il en peut résulter la formation d'un lac ou d'une cascade. Ainsi se sont formés, en Auvergne, le lac Chambon et celui d'Aydat. Plusieurs des belles cascades de la contrée du Yellowstone (fîg. 84), en Amérique, so^t dues à des nappes de laves, au sein
i88 INFLUENCES TECTONIQUES ACTIVES
desquelles les rivières n'ont pas encore eu le temps d'approfondir leurs lits. Le lac du Yellowstone, situé à 2359 mètres d'altitude, et profond de 90 mètres, résulte du barrage d'une vallée par une coulée de rhyolite. On attribue la même origine au lac de Nicaragua, qui couvre H 500 kilomètres carrés, sans que sa profondeur dépasse 60 ou 70 mètres. Il en est de même de plusieurs cavités lacustres du Mexique, et on a vu des lacs se former de cette manière au Japçn en 1888.
Changements du réseau hydrographique. — Tous ces changements ne portent que sur des détails secondaires, et le réseau hydrographique n'en est que peu altéré. Mais il y a des cas où la modification des tracés peut devenir profonde, et bouleverser do fond en comble l'économie du drainage d'une région. C'est ce qui arrive lorsque l'activité volcanique s'est exercée sur une assez grande échelle pour superposer à un territoire, non plus seulement quelques cônes ou quelques coulées de laves, mais un massif parasite considérable et de grande altitude.
Ce massif devient alors un centre de divergence pour de nouveaux cours d'eau, que la forte inclinaison des versants rend facilement torrentiels. D'une part, ces rivières peuvent être assez puissantes pour remanier complètement les vallées de la périphérie; d'autre part, le réseau général que le nouveau relief fait naître reçoit, des pentes divergentes, une impulsion directrice qui peut lui assurer, pendant quelque temps, une certaine indépendance relativement à l'allure du socle sur lequel a eu lieu l'accumulation éruptive. Non seulement, sur toute la partie recouverte, c'est un système nouveau qui se substitue aux anciennes lignes de drainage, désormais enfouies; mais aux points où cesse l'accumulation volcanique, le modelé initial peut s'atrophier, parce que les anciens thalwegs ne reçoivent plus les mêmes quantités d'eau. En même temps, les nouvelles rigoles, en débouchant sur la périphérie, se creusent des lits indépendants du sous-sol.
Cette indépendance apparaît clairement lorsque l'érosion a eu lo temps d'enlever, sur les bords, une partie notable de l'appareil volcanique. Dans ce cas on a affaire à des tracés surimposés, sans relation actuelle avec le terrain où on les observe, et ne devenant intelligibles qu'à la condition de reconstituer la partie disparue do la couverture éruptive. C'est ainsi que, dans l'Allemagne centrale, le Vogelsberg et le Rhon sont venus, à l'époque miocène, former deux massifs basaltiques importants entre le Taunus et le Thûringervvald. Ces massifs ont complètement changé l'ancien drai-
LÀGGOLITHES 189
neurede la région vers le golfe de Cassel. Ils ont servi d'origine à de nouveaux cours d'eau, dont les uns vont au Main et les autres au Weser. Ces rivières ne tardent pas à sortir du terrain basaltique pour couler sur des formations sensiblement plus anciennes, où dominent les dislocations alignées du sud-est au nord-ouest. Or ce n'est que dans le détail des tracés que cette direction parvient à se faire sentir. Môme la grande dislocation nord-sud, suivant laquelle s'était faite aux temps tertiaires la dépression hessoise, a quelque peine au début à se traduire dans la direction de la Fulda et de ses affluents *.
En France, les massifs du Cantal et du Mont-Dore, tardivement édifiés sur la pénéplaine du Plateau Central, exercent une action directrice encore mieux marquée, et il en est de même pour les énormes massifs volcaniques qui se sont accumulés en Amérique sur le Yellowstone et sur les monts des Cascades.
Laccolithes. — Pour terminer, nous devons dire ici quelques mots d'une influence purement volcanique, et qui se traduit à la surface par des eflets tout à fait semblables à ceux que peut produire un mouvement orogénique.
On connaît en Amérique des bombements, de forme elliptique, au-dessus desquels les terrains stratifiés forment autant de calottes superposées, en dômes réguliers, dont le centre culminant, quand le sommet a été enlevé par l'érosion, laisse voir un noyau éruptif. Ce noyau est constitué par une roche qui a dû former, dans la profondeur, une intumescence de nature pâteuse, soulevant en forme de cloche les terrains qui l'empêchaient d'apparaître à la surface, et dans lesquels elle s'est contentée d'envoyer des filons. Ces protubérances, qu'on pourrait appeler aveugles, puisqu'elles n'ont pas vu le jour, ont reçu le nom de laccolithes.
Or il est évident que des phénomènes du même genre peuvent encore avoir lieu dans les grands centres éruptifs. Ces injections souterraines de laves sont de nature à produire l'exhaussement (ou, quand elles se retirent, l'afTaissement) en bloc d'un district très limité; et il ne serait pas inadmissible que des mouvements tlu sol tout à fait localisés, comme ceux qu'on a signalés à Pouzzoles, dussent être attribués à une cause de ce genre. Il importait du moins de la signaler, à cause de la réaction que ces mouvements de terrain ne peuvent manquer d'exercer sur l'activité des eaux courantes.
1. Penck, das Deutsche Reich (KirchofT, Lùnderkunde, Europa, p. 295).