Morphologie, I, p
des causes de désagrégation les plus puissantes pour les roches. En s'introduisant dans les joints et en s'y congelant, Teau agit comme un coin et débite les terrains les plus durs en blocs qui forment, au pied et même dès la cime de certains escarpements, des amas gigantesques (fig. 98). Ces chaos de rochers , en équilibre parfois si instable que le poids d'un homme les met en mouvement, sont caractéristiques de toutes les hautes régions. L'aspect particulièrement déchiqueté des aiguilles alpines tient à l'écroulement pro-
Fig. 98,
■ Granité débité par la gcléo au sommet da pic d'Ârdiden (Pyrénées) (Photographie de M. J. Vallot).
gressif des rochers, déjà divisés en bancs par l'énergique laminage que le soulèvement de la chaîne leur a fait subir.
Cette action s'exerce sur toutes les hautes cimes, où la chaleur que communique aux roches une énei^ique insolation contraste avec le froid intense des nuits. En général, les amoncellements ainsi produits ont une limite inférieure, qui est celle où les neiges et les eaux courantes commencent à pouvoir s'emparer des fragments débités. Mais quand ces agents font défaut, comme sur les hauts plateaux du Tibet, les blocs demeurent en place, s'accumulant en quantité croissante, si bien que les montagnes finissent, comme nous l'avons déjà dit *, par être comme ensevelies sous leurs propres débris.