ACTION DES GLACIERS
Action des glaciers. — D'ordinaire, les roches désagrégées par la gelée, et entraînées soit par leur poids, soit par les avalanches de neige, finissent par tomber sur la surface des glaciers, qui les transportent d'un mouvement lent, mais irrésistible, en même temps qu'ils s'en servent comme d*outils pour façonner les parois de la goige qui les contient.
Tous les glaciers connus occupent des vallées encaissées*, que lactivité des eaux courantes avait creusées antérieurement à l'établissement de la glace. Celle-ci, par la pression qu'elle exerce, chasse devant elle tous les matériaux meubles, aussi bien du fond que des parois, dont elle rabote impitoyablement les aspérités. De cette manière, le profil transversal d'une gorge glaciaire, au lieu de dessiner un V, affecte la forme d'un U, ou plutôt celle d'une auge à fond courbe ; car la laideur est généralement supérieure à la profondeur.
Si le glacier se retire, on voit apparaître des parois rocheuses abruptes, entièrement dressées et polies, souvent sillonnées de rayures ou de cannelures, engendrées par la pression des pierres dures que charriait la glace. Si ces rayures disparaissent rapidement à l'air, en revanche les surfaces polies persistent longtemps. Ces surfaces apparaissent aussi sur le lit même de l'ancien glacier, où elles représentent les protubérances dures que le frottement des matériaux transportés a peu à peu usées, au moins du côté d'amont, en leur donnant la forme de dos de moutons, d'où le nom ie roches moutonnées (fig. 99).
Dans toutes les vallées alpines, la zone des polis glaciaires monte à plusieurs centaines de mètres au-dessus des glaciers actuels, attestant la hauteur à laquelle ceux-ci ont dû s'élever autrefois. Cette bande inférieure, dépourvue d'aspérités, se remarque d'autant mieux qu'immédiatement au-dessus s'aperçoiventles lignes capricieusement déchiquetées des aiguilles (fig. 100), dont les déchirures se profilent sur le ciel en zigzags souvent fantastiques.
Caractères des vallées grlaciaires. — Un caractère distinctif des vallées glaciaires est la forte inclinaison du lit, qui est celle d'un torrent proprement dit. Mais il faut noter surtout la discontinuité de la pente du thalweg, dont certaines parties ont pu être excavées tandis que d'autres, demeurées en saillie, étaient simplement
1. Nous ne nous occupons pas ici des glaciers suspendus, dont le rôle est négligeable au point de vue du modelé.
arrondies du côté d'amont. En effet, non seulement un glacier peut être inégalement épais en différents points, ce qui fait varier la pression sur le fond; mais, à la différence des cours d*eau, il est capable, sous Tinfluence de la poussée d'en haut, de remonter
Fig. 09. — Roches moutonnées, polies par un ancien glacier au lac d'Estom-Soubircn fPyrénées) (Photographie de M. J. Vallot).
des contre-pentes en affouillant leur pied. De là des dépressions, qui en cas de recul abriteront des lacs. Le ruissellement abondant qui s'accomplit dans les régions montagneuses s'emploie activement à régulariser les inégalités du lit abandonné. Pourtant il est des pays où ce travail est peu avancé, et c'est ainsi qu'on pourrait expliquer, au moins en partie, le profil des vallées qui débouchent dans les fjords de Norvège. La plupart consistent en une série de lacs étages, qui se vident les uns dans les autres par des cascades ou des rapides; et si, pour quelques-uns de ces lacs, l'eau est