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VALLEES GLACIAIRES

retenue par des barrages morainiques, les plus nombreux sont entaillés dans la roche vive. Mais il ne faut pas oublier non plus que des inQuences tectoniques ont pu contribuer à faire prévaloir cette disposition.

La forte inclinaison des parois, la fréquence des escarpements rocheux dépourvus d'aspérités, sont aussi des caractères propres aux vallées glaciaires. Les versants des fjords de la Norvège les

Fig. 100. — La Mer do glace du Mont-Blanc.

présentent au plus haut degré ; et cela tient à ce que toutes ces échancrures n'ont été abandonnées que depuis quelques milliers d'années par la glace, qui en avait balayé tous les matériaux meubles. Certaines portions des lacs de Suisse, comme la branche de Fluelen dans le lac des Quatre- Cantons, méritent d'être rangées dans la même catégorie.

Quand un glacier disparaît, les vallées latérales, dont le débouché avait été créé, avant l'occupation par les glaces, en raison du niveau de base déterminé par le torrent que le glacier a remplacé, peuvent, une fois ce dernier parti, ne plus offrir, d'embouchures concordantes. Les chutes d'eau et les rapides y seront donc, pendant longtemps, en plus grand nombre que dans

un district de même relief, que la glace n'aurait pas autrefois occupé. Tous ces caractères sont particulièrement nets en Norvège.

Dépôts glaciaires. — Les matériaux charriés par le glacier forment des moraines latérales, constituées surtout de blocs, qui finissent par se verser dans la moraine frontale ou terminale, où ils se mélangent avec la boue et les cailloux rayés de la moraine profonde. Le tout engendre un remblai en forme de demi-cercle, d'autant plus large que l'extrémité du glacier oscille davantage autour de sa position moyenne. Le versant concave de cette digue supporte l'extrémité du glacier, tandis que la partie convexe, équivalent du cône de déjection des torrents, est sillonnée par les eaux provenant de la fonte des glaces. Ces eaux remanient les matériaux de la moraine et les transforment, par l'enlèvement des boues, en un cailloutis fluvio-glaciaire, de sorte qu'on passe progressivement du chaos de la moraine proprement dite à la stratification partielle des alluvions torrentielles.

Lorsqu'un glacier recule, ses moraines latérales subsistent, et des blocs parfois énormes apparaissent sur les flancs de la gorge mise à nu. Le ruissellement parvient à en entraîner la plus grande partie; quelques-uns seulement demeurent, protégés par leur position sur des plates-formes qui assurent leur équilibre. L'ancienne paroi finit par perdre son poli et ses stries; puis la végétation l'envahit; alors l'état de choses primitif ne se révèle plus que par de gros blocs erratiques, surgissant au milieu des bois ou des prairies, et faciles à reconnaître à leur nature, qui trahit presque toujours une origine lointaine.

Dans un glacier dont le recul a été saccadé, chaque arrêt donne lieu à la construction d'une moraine terminale, qui fait dans la vallée un barrage plus ou moins continu; si complètement que cette digue puisse avoir été conquise par la végétation ou la culture, il est toujours aisé de la reconnaître à sa surface inégale, à ses formes mamelonnées et indécises, comme à l'enchevêtrement confus de ses matériaux.

Amphithéâtres morainiques. — Le long stationnement de l'extrémité libre des glaciers alpins, lors de leur dernière grande extension, a eu pour conséquence le dépôt d'une moraine frontale considérable. En arrière de cette digue, qui formait comme nous l'avons dit un arc convexe vers l'aval, le glacier employait une partie de sa force vive à affouiller son lit. La retraite des glaces s'étant opérée rapidement et sans phases d'arrêt sérieux, il n'est

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resté, en amont de la moraine finale, que des accumulations de peu d'importance, facilement enlevées ou modelées plus tard par les eaux courantes.

L^ancienne dépression glaciaire a donc subsisté en arrière de la digue, devenue un amphithéâtre morainique, et son fond s'est le plus souvent converti en un lac (fig. 401). Telle est, selon M. du Pasquier *, l'origine des lacs de Sempach et d'Hallwyl. D'autres lacs, comme celui de Zurich, résultent de la combinaison d*un affaissement tectonique avec un barrage morainique. La même accumulation de produits glaciaires s'est faite devant les lacs tectoniques de Garde, de Côme, etc., contribuant à relever considérablement leur niveau. Enfin le lac de Constance subirait un abaissement notable, si le Rhin pouvait retrouver son ancien chenal

.Anciomc moi-aine iVontale DépreMskn»

Fig. 101. — Profil en long d'nne vallée suisso à la traversée d'un amphithéâtre morainiqne. (D'après M. da Pasqnier.)

préglaciaire du Klettgau, aujourd'hui obstrué par les moraines de la grande extension.

L'un des amphithéâtres morainiques les plus remarquables est celui d'Ivrée. Le lac d'arrière a presque entièrement disparu, ou du moins il n'en subsiste qu'un lambeau (lac de Viverone) ; mais deux puissants remparts de moraines, prenant leur origine à 900 mètres d'altitude, au débouché de l'étroite vallée de la Dora Baltea, s'écartent l'un de l'autre sous un angle de près de 90 degrés, tout en s'abaissant progressivement jusqu'à 500 mètres, et sont ensuite reliés par un arc de même nature, que coupe la Doire '. Cette immense circonvallation entoure une plaine de 230 mètres d'altitude moyenne, où se remarquent, avec le lac déjà mentionné, des roches nettement moutonnées. La croupe de la Serra, longue de 20 kilomètres, est le trait le plus saillant de ce rempart glaciaire.

Lac de Ck>n8tance. — Le lac de Constance est un remarquable exemple des dépressions nées en arrière d'une moraine terminale. Ce lac est un legs de la dernière extension des glaces en Suisse *. Lors de cette extension, la glace, occupant toute la dépression actuelle, s'épanouissait en éventail à l'ouest, semant ses moraines

1. Mater, pour la carte géologique suisse, 1892. — 2. Penck, Brûckner et du Pasquier, le Système glaciaire des Alpes, 1894. — 3. Siéger, in Peteiimann's Mitteilungen, 1894, II.

au-devant de cet épanouissement. Quand elle commença son mouvement de retraite, les eaux arrêtées par les moraines formèrent deux lacs indépendants : l'un, sur l'emplacement de la branche d'Ueberlingen, à 45 ou 50 mètres au-dessus de son niveau d'aujourd'hui, l'autre sur l'Untersee, à 30 mètres seulement au-dessus de ce niveau, cette branche trouvant un écoulement du côté de Stein.

Les progrès de la retraite amenèrent la réunion des deux lacs en un seul, abaissé au niveau de l'Untersee primitif. Ce lac se prolongea en amont, engendrant le lac supérieur actuel. Mais l'érosion de la gorge de Sti^gen fît descendre peu à peu le niveau de la nappe, comme en témoignent les terrasses étagées sur ses bords : deux surtout, situées respectivement à 23 et 18 mètres de hauteur, attestent qu'il y a eu deux pauses principales durant ce mouvement de descente.

Lacs glaciaires divers. — Quand un glacier recule, il arrive quelquefois que la digue morainique latérale, abandonnée par lui, soit assez forte pour former, en travers des vallées affluenles, un barrage étanche, en arrière duquel un lac s'établit. Ces lacs de bandages morainiques doivent donc être ajoutés à ceux des amphithéâtres terminaux dont il a déjà été question. Sur le versant italien des Alpes, les lacs de cette espèce, toujours peu profonds, ont une surface comprise entre 50 et 500 hectares. Plusieurs occupent des vallées que le cours d'eau a depuis lors abandonnées; ainsi le lac Cavazzo, situé sur l'ancien parcours du Tagliamento, le lac San Croce e Morto, dans une vallée délaissée par l'Adige S etc.

Enfin une troisième catégorie comprend les lacs de glaciers^ qui se forment dans les hautes vallées adjacentes, pendant que la glace elle-même fait barrage. Ces lacs sont très dangereux, parce que leurs eaux réussissent souvent à s'ouvrir un passage sous la glace, et il en résulte des débâcles qui peuvent occasionner de grands désastres en jonchant une vallée de boue et de blocs.

Quand un lac se forme à la faveur d un haut barrage glaciaire qu'il ne peut dépasser, son niveau s'élève jusqu'à ce qu'il trouve un déversoir sur le côté, par un col de ses versants. A ce moment, la surface est fixée et stationne longtemps à la même altitude; alors les affluents torrentiels construisent des terrasses, qui aideront plus tard à deviner l'existence du lac disparu. Ces terrasses

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