DOUZIÈME LEÇON
Déânition des influences souterraines. — Un certain nombre de territoires doivent à leur constitution propre de subir, outre le modelé extérieur, dépendant du ruissellement et des eaux courantes à Tair libre, un autre mode de façonnement de la surface, ayant pour principe l'action des eaux souterraines.
Cette action se fait sentir de diverses manières : 1® par une infiltration longtemps prolongée, qui délaye une couche peu cohérente, exposée au flanc d'une vallée, et l'oblige à céder sous le poids qu'elle supporte ; 2* par le pouvoir mécanique des eaux qui circulent, à l'abri du jour, dans les crevasses du terrain; 3** par l'action chimique de l'eau chaînée d'acide carbonique, qui élargit les fentes d'un calcaire en dissolvant la roche, et peut ainsi, par l'agrandissement des vides souterrains, provoquer des éboulements se faisant sentir jusqu'à la surface.
Les deux derniers de ces effets s'exercent d'ordinaire ensemble et ne doivent pas être étudiés séparément.
Éboulements provoqués par les infiltrations. — Le délayage des assises meubles provoque, sur le flanc des montagnes, des éboulements qui affectent parfois des proportions énormes. Presque toujours il s'agit d'un massif relativement solide, qui a pour support une couche argileuse. Si par surcroît celle-ci est inclinée vers le versant où elle affleure, le danger est particulièrement grave. On voit d'abord la paroi solide qu'elle supporte se crevasser, et les fentes s'élargir, jusqu'à ce que, tout d'un coup, un quartier de montagne s'écroule en masse, engloutissant tout sur son passage.
En Suisse, le plus considérable de ces éboulements est celui de Flims, dans la vallée du Rhin antérieur, qui a formé, à l'époque glaciaire ou préglaciaire, un amoncellement s'élevant jusqu'à 400 mètres de hauteur, et dont M. Heim évalue l'importance à 15 kilomètres cubes. L'éboulement du Rossberg, sous lequel la vallée de Goldau a été engloutie en 1806, ne représentait que 15 millions de mètres cubes; celui d'Elm, survenu en 1881, en a donné 10 millions, et il en est tombé 50 des Diablerets, tant en ni4 qu'en 1749.
Le frottement auquel les matériaux sont soumis, lors de ces débâcles instantanées, suffit pour engendrer des cailloux striés, qui pourraient parfois faire confondre ces accumulations avec des moraines, dont les rapproche aussi leur surface nécessairement confuse.
Le détournement des cours d'eau, le barrage des vallées avec formation de lacs en arrière, l'apport d'alluvions dans ces vallées basses, sont les conséquences habituelles de ces éboulements. La paroi d'arrachement, qui subsiste dans le voisinage immédiat des masses éboulées, permet généralement de reconnaître la cause qui les a engendrées.
L'Italie a particulièrement à souffrir des glissements en masse du terrain {frane), provoqués par la nature argileuse et meuble des sédiments tertiaires, qui forment la plus grande partie du sol de ce pays. C'est dans la chaîne des Apennins, jusque dans les Abruzzes, que les désastres sont le plus marqués ; mais ils se font sentir aussi en Sicile. En 1881, la catastrophe de Castelfrentano a été produite par l'éboulement de plus de 9 millions de mètres cubes de marnes sableuses et salifères, appartenant au terrain pliocène *.
Effets de la circulation souterraine. — L'influence, mécanique et chimique, de la circulation souterraine des eaux, s'exerce surtout dans les pays de calcaire compact, dont le type se trouve dans le Karst ou Carso de l'Illyrie. Aussi le nom de paysage du Karst ou carsique est-il devenu habituel pour désigner le genre de modelé correspondant, qui s'y manifeste dans toute son ampleur, parce que là l'épaisseur des couches de calcaire perméable n'est pas inférieure à 300 mètres.
Toutefois les influences tectoniques ont aussi joué leur rôle dans le Karst, et c'est pourquoi l'action propre des cours d'eau souterrains demande à être étudiée d'abord dans des terrains très peu