‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 133 sur 364 · DÉPRESSIONS DE LA SURFACE · texte numérisé non relu

DÉPRESSIONS DE LA SURFACE

disloqués, comme sont, par exemple, les Gausses du Midi de la France '. Là, grâce à la perméabilité d'un terrain riche de crevasses et impropre au ruissellement, Teau, cherchant de suite son niveau de base, file au fond des fissures, et y forme des rivières intérieures, qui ne viennent au jour qu'après un long parcours. Cest Faction de cette circulation souterraine sur la surface qu'il convient d'étudier.

D'abord, lors même que la surface serait un plateau, il y a toujours des points où s'engouffrent de préférence les eaux des fortes averses, en élargissant le débouché d'une fissure naturelle. Ensuite Faction mécanique ou érosion des eaux intérieures, jointe à la dissolution chimique ou coiTosion des parois, ne peut manquer de déranger à la longue l'équilibre du terrain, en y provoquant des effondrements. Ces derniers finissent toujours par atteindre l'extérieur, et ainsi l'on peut dire que l'effet normal de la circulation souterraine est d'imprimer à la surface une topographie spéciale, caractérisée par Yindécision du modelé. Au lieu d'offrir des pentes continues, cette surface est fréquemment accidentée par des cavités en forme d'entonnoirs, qui servent d'origine à un réseau de galeriesy dont les plus larges deviennent des grottes.

Formation des dépresBions de la surface. — Les dépressions de la surface affectent des formes très diverses. Les unes sont de larges cavités en forme d'entonnoirs débouchant à ciel ouvert [dolines du Karst, cloups du Lot, creux ou emposieux du Jura) ; d'autres sont des gouffres étroits et profonds, véritables abîmes ou puits {avenSj igues, tindouls du Midi, aiguigeois de Belgique); ou bien des pertes impénétrables, se faisant par minces fissures [bétoires de Normandie, suçoirs) ; des pertes de rivières dont on peut entreprendre l'exploration souterraine {goules, catavothres des Grecs); de simples marécages ou des lacs {Jessero en Carniole); enfin des vallées fermées {vallées-chaudrons ou KesselthCiler des Allemands) *.

Beaucoup de ces dépressions résultent de V effondrement de cavités sous-jacentes. Tantôt c'est la voûte d'une galerie souterraine qui s'est écroulée (fig. 105); tantôt, comme l'a bien fait voir M. Martel ', c'est un effondrement latéral qui s'est produit, par suite du décollement successif d'assises stratifiées (fig. 106). Ce phénomène est surtout fréquent dans les pays à stratification inclinée. Il suffit, en effet, que quelques joints, tels que F, F', favo-

1. Voir les ouvrages de M. Martel, les Cévennes et les Abimes, — 2. Martel, les Abimes, p. 4i3. — 3. Op. cit., p. 449.

risent la descente en zigzag de Teau des pluies; et alors celle-ci, s'insinuant entre les lits de stratification, décolle le calcaire tranche par tranche, parfois même le dissout, ce qui produit des grottes en descente comme GG'. Que Tentrée G vienne à s'écrouler, et un creux en entonnoir se formera à la surface en C.

Mais cette explication ne doit pas être généralisée. Elle convient à peine à la dixième partie des abîmes explorés par M. Martel. Tous les autres, et en particulier les avens, ces grandes cheminées qui atteignent jusqu'à 200 mètres et plus de hauteur, avec une largeur insignifiante et une forme coudée, sont des puits que les

Doline <U Stara Apnama

Fig. 105. — Relation dos creux do la surfaco Fig. 106. — Formation des grottes par décollcavéc les galeries souterraines. (D'après ment. (D'après M. Martol.)

M. Martel.)

eaux sauvages ont creusés en profitant des fissures naturelles du terrain .

Si cette origine ne peut pas être directement prouvée dans nos pays, où Faction des eaux a beaucoup faibli, il n'en est pas de même en Irlande. Là, comme Ta constaté M. Martel, la grande humidité du climat permet d'assister à des pertes d'eaux de surface, qui se font dans des cavités en tout semblables aux avens du Midi, et où Teau entraîne des sables et des cailloux qui activent le creusement *.

Quant aux vallées-chaudrons y on a remarqué leur absence dans les pays à stratification horizontale ou peu dérangée. Dans le Karst, où elles portent le nom de polje, on les voit toujours en concordance avec des accidents tectoniques *. La plupart sont des vallées inachevées, dont les circonstances géologiques avaient déterminé l'emplacement, mais où le développement du thalweg s'est arrêté là où la fissuration du sol assurait aux eaux un écoulement suffisant '.

Grottes. Réseaux souterraiiiB. — Le mode de formation de

1. Martel, VIrlande; voir aussi Annales des mineSy juillet 1896. — 2. Hassert, Pet. Mitteilungen; Erganzungshcft, n° 115. —- 3. Martel, loc, cil.

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