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LACS TEMPORAIRES

Lacs temporaires. — Bien souvent plusieurs dolines s'alignent à la suite les unes des autres, dessinant une vallée sèche au fond inégal, qui trahit dans la profondeur Texistence d'un cours d'eau caché. Du reste, en temps de crues, il n'est pas rare de voir Feau souterraine se manifester au jour, en remplissant plus ou moins, de bas en haut, les entonnoirs qu'elle transforme en lacs temporaires. On peut s'assurer, comme l'a fait M. Martel, que la communication des creux avec le fleuve souterrain s'opère par un réseau de fissures ou suçoirs. D'ailleurs, il n'est pas nécessaire que Teau vienne du fond. Quand les pluies sont très abondantes, les suçoirs, qui en temps ordinaire les conduiraient au cours d'eau inférieur, deviennent impuissants à en absorber le produit; et des lacs temporaires peuvent alors se former, dont le niveau s'élève jusqu'à ce qu'ils trouvent, sur les bords de l'entonnoir qui les contient, quelques fentes ou gouflres propres à leur servir de déversoirs.

Le lac de Zirknitz se forme de cette façon. Il couvre, suivant les cas, de 2000 à 5600 hectares ; on l'a vu s'emplir en 3 jours et mettre ensuite 3 semaines à se vider. La doline lacustre de Karloutza, en Carniole, peut alimenter, suivant la hauteur des eaux, deux étages aquifères superposés. Quand les suçoirs fonctionnent, le fond du lac devient une plaine fertile, aux riches cultures entretenues parles pluies abondantes de l'équinoxe*.

Les mêmes circonstances se reproduisent dans le haut massif calcaire de l'Épire, où les rivières sujettes à éclipses, les lacs à drainage souterrain, rappellent les paysages du Karstet de l'Herzégovine. Il en est de même en Grèce, dans les îles Ioniennes et l'île de Crète, toujours en raison de la prédominance des calcaires. Quand les gouflres ou catavothres s'encombrent d'alluvions, l'écoulement des eaux peut devenir difficile, et il se crée des marécages qui répandent des miasmes malsains. L'art des ingénieurs en peut triompher en déblayant les orifices ou en faisant sauter certains obstacles souterrains.

Le lac de Janina, en Épire, ne possède, au moment de l'étiage, qu^un seul émissaire fourni par un gouflre. En hautes eaux, quatre autres avaloirs digèrent le surplus. Au voisinage sont des étangs avec lesquels le lac communique par d'étroites fissures, et dont les émanations deviennent dangereuses en été. Le lac lui-même, quia toutes les apparences d'une cavité d'effondrement tectonique, se

i. Martel, les Abîmes, p. 457.

resserre dans la saison chaude, et Ton cultive du maïs sur la partie de son fond mise à sec.

Conditions particulières de la contrée du Karst. — Le travail des eaux souterraines, dans les pays riverains deTAdriatique, est assez actif pour provoquer des changements appréciables durant un laps de temps relativement court. Ainsi des émigrants croates, revenant dans leur patrie après une absence de quelques dizaines d'années, ont eu de la peine à reconnaître les lieux témoins de leur jeunesse, tant la formation de nouveaux entonnoirs en avait modifié Taspect, entraînant la destruction des maisons, Teffondrement des jardins, Tabandon des anciens sentiers remplacés par de nouveaux'.

Dans une contrée aussi bouleversée, les tremblements de terre sont fréquents, et il en est, parmi ceux qui n'ont qu'un caractère local, dont la cause n'a pas besoin d'être cherchée ailleurs que dans les effondrements survenus. Mais plusieurs de ces séismes, comme celui qui en 1895 a ravagé Laibach, embrassent des étendues telles qu'il convient de les rattacher aux mouvements tectoniques par lesquels le relief des contrées adriatiques a été déterminé. Ces mouvements sont de date récente, et il est probable qu'ils , n'ont pas dit leur dernier mot. L'équilibre du sud-est de l'Europe est particulièrement instable, et quand les mouvements, au lieu d'affecter un terrain doué de quelque élasticité, se font sentir dans un épais massif de calcaires très compacts, toutes les conditions sont réunies pour que leur effet soit particulièrement puissant.

De cette manière, l'état si remarquable du Karst tient à la fois à des influences structurales, qui ont imprimé une certaine indécision à la surface originelle après le plissement des Alpes dinariques; à l'impuissance où les eaux superficielles, attirées de suite dans la profondeur, ont été de régulariser ces inégalités par un modelé général; aux effondrements que l'érosion souterraine et la corrosion chimique ont provoqués et provoquent encore ; enfin aux mouvements qui, même de nos jours, agitent le sol de la contrée; et parce que, nulle part, ces diverses circonstances ne se trouvent réunies au même degré; que de plus le terrain accessible à leur influence s'y présente avec une ampleur exceptionnelle, le Karst a justement mérité de devenir le type d'un ensemble de particularités géographiques, dont tous les affleurements calcaires reproduisent au moins quelques traits.

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