‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 139 sur 364 · INSOLATION. EPPBT DES PLUIES · texte numérisé non relu

INSOLATION. EPPBT DES PLUIES

40 degrés centigrades. L'écart est encore plus grand au Sahara, où de 60 à 70 degrés qu'il marquait à la lumière du soleil, le thermomètre peut s'abaisser pendant la nuit à 2 ou 3 degrés au-dessous de zéro.

On comprend l'effet que d'aussi brusques différences de température peuvent produire sur des terrains que rien ne protège. La désagrégation se manifeste d'une façon particulièrement intense avec les roches granitiques et, en général, avec toutes celles qui, étant pourvues d'un grain appréciable, sont en même temps constituées par une association de minéraux aux couleurs contrastantes ; car les grains juxtaposés subissent une insolation tout à fait inégale ^ On le voit bien au Sinaï, où le granité a si complètement perdu sa cohésion, qu'il est difficile d'en détacher au marteau des morceaux ne s'effritant pas sous le choc.

C'est aussi l'insolation qui, agissant sur les sables des plages découvertes à marée basse, les dessèche et les rend aptes à obéir à Faction du moindre vent. Mais il s'agit là d'un phénomène où la sécheresse de l'air n'intervient pas, et dont nous réserverons la mention pour le chapitre du modelé des rivages maritimes.

Influence de la répartition des pluies. Insuffisance du régime hydrographique. — L'insolation étant surtout active durant la saison chaude, son effet sera d'autant plus puissant que les pluies seront moins abondantes à ce moment de l'année. C'est pourquoi la répartition de la pluie, suivant les saisons, n'est guère moins à considérer que son intensité moyenne.

Par exemple, dans le Nevada, aux États-Unis, la moyenne annuelle de pluie étant inférieure à 28 centimètres pour l'ensemble du pays, à 13 centimètres même pour la partie centrale ', il se trouve que la plus grande fraction tombe au printemps, si bien qu'en été la chute se tient entre 2,8 et 8 centimètres. Des mois entiers se passent sans une goutte de pluie; des semaines s'écoulent sans qu'on aperçoive un nuage au ciel. Dans de telles conditions, le régime désertique sévit avec toute son intensité.

Dans le Sahara septentrional, jusqu'au parallèle de Mourzouk, il n'y a pas de pluies d'été. Du reste, la répartition suivant les années est très inégale, et les Touareg ont vu des périodes de neuf ans pendant lesquelles il ne tombait pas une goutte d'eau '. .Dans le

1. Joh. Walther, Die Dénuda iion in der Wûste; 10»«' Geographentag, Berlin, 1893. — 2. I. C. Russell, National géographie Monograpks, I, p. 103. — 3. Schirmer, le Sahara^ 1893.

Sahara algérien, la moyenne annuelle de pluie parait être de 120 millimètres '.

L'effet de la sécheresse de Tair est de réduire considérablement l'importance des cours d'eau. Même ceux qui descendent des montagnes du Sahara meurent après 100 ou 200 kilomètres de parcours. Leur vallée se poursuit sous la forme d'oued ou ouadi, c'està-dire d'un thalweg de sables et de graviers, où l'eau ne coule à ciel ouvert que par moments, mais garde un certain écoulement souterrain à travers la masse, alimentant ainsi le plus grand nombre des oasis.

Lors des averses, les oueds sont occupés parfois par une assez forte masse d'eau, qui en se retirant laisse une dai/a, c'estrà-dire une grande mare de limon et de sable. La rapide dessiccation de ces matériaux fournit à l'action éolienne de nouveaux aliments. Il en résulte de fréquentes obstructions dans les thalwegs, ce qui s'ajoute à l'insuffisance des eaux courantes pour accentuer l'indécision de la topographie. Non seulement les influences désertiques sont impuissantes à produire un modelé défini, mais, par l'accumulation capricieuse des dépôts éoliens, elles atrophient peu à peu le modelé préexistant.

Transpoirt de matériaux. Érosion éolienne. — Lorsque les circonstances du climat sont telles que l'insolation puisse agir, sans être combattue par l'humidité, sur de grandes surfaces dépourvues de végétation, les matériaux désagrégés deviennent la proie du vent. On s'est assuré que des grains de sable, ayant de 1 millimètre à 1/4 de millimètre de diamètre, étaient facilement entraînés, sur un terrain horizontal, par un vent parcourant 7 m. 50 à la seconde *. Les ouragans déplacent des pierres d'un kilogramme, et dans l'Aube, le.6 juin 1891, on a vu tomber des pierres de 25 à 35 millimètres, qui avaient accompli un parcours de 150 kilomètres '.

Le quartz étant seul capable de résister à un transport souvent répété, ce sont surtout des grains quartzeux que le vent déplace. Ils agissent donc sur les surfaces qu'ils balayent à la façon des poudres dures qu'on emploie pour le polissage. Les roches homogènes finissent par prendre le poli du marbre, comme les calcaires qui affleurent dans les plateaux ou Hamadu du Sahara et de l'Arabie. Celles dont la dureté varie selon les points attaqués sont

1. C'est le chiffre de M. Teisserenc de Bort. De 1889 & 1891, M. G. Rolland a mesuré 135 millimètres en moyenne. — 2. Sokolow, in Penck, Morphologie, I, p. 248. — 3. Stanislas Meunier, Comptes rendus^ 1891, p. 100.

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