RELIEF BU FOND DES OCÉANS
En un mot, les continents, tels que la géographie usuelle a coutume de les envisager, ne sont rien moins que des unités homogènes. Ils ne répondent en aucune façon à la conception d'une ossature coordonnée à leur contour, et marquée par une chaîne de partage de premier ordre, d'où se détacheraient, comme autant de membres reliés au tronc, les arêtes séparatives des bassins secondaires. On y voit, côte à côte^ des massifs de haut relief et des territoires déprimés, les uns sans aucun écoulement, d autres, comme le bassin de la Hongrie, d'où les fleuves s'échappent en forçant, à travers des chaînes de montagnes, de véritables défilés. Ce sont des assemblages de parties essentiellement disparates, où se révèle une complication extrême, et dont l'état présent est impossible à embrasser sous une formule unique.
Relief du fond des océans. — Le même enseignement ressort de l'étude des profondeurs maritimes. C'est en vain qu'on chercherait, dans ce qu'on appelle un océan, quelque dessin d'ensemble, attesté par la convergence de toutes les pontes vers une fosse centrale. Ainsi, de la côte du Pérou à celle du Kamtchatka, dans la direction du sud-ouest au nord-est, le fond du Pacifique est une plaine uniforme, dont la profondeur demeure comprise entre 4000 et 6000 mètres. C'est seulement tout contre les îles Kouriles, c'est-à-dire dans une position absolument excentrique, qu'apparaît une fosse allongée parallèlement à la chaîne des îles, entre les Aléoutiennes et le Japon, et où la sonde est descendue jusqu'à 8513 mètres. Cette zone de grandes profondeurs joue donc, relativement au Pacifique, un rôle tout à fait semblable à celui du massif tibétain par rapport à l'Asie.
. A partir du Japon, la chaîne des îles Bonin, des Mariannes, des Carolines et des îles Salomon est bordée, à droite et à gauche, par des fosses fermées, de 4000 à 6000 mètres, et des cavités non moins profondes forment, au milieu des Indes orientales, les deux mers de Célèbes et de Banda. Là aussi, ce sont de vrais compartiments déprimés, bordés de tous côtés, soit par des hauts-fonds, soit par des chaînes d'îles, qui ne sont que les sommets de rides en majeure partie submergées. De ces compartiments plus ou moins circulaires, les uns (c'est le cas de Célèbes) ont leur fond absolument plat. D'autres, comme la mer de Banda, voient se dresser en leur milieu des espèces de pyramides qui, partant de 5000 mètres de profondeur, arrivent à la surface par des pentes de près de 15 p. 100.
Enfin le maximum de profondeur du Grand Océan se produit-
dans sa partie méridionale, tout contre le plateau sous-marin qui borde à l'est les îles Tonga, et où le Penguin a constaté récemment Inexistence de trois fosses, descendant respectivement à 9427, 9413 et 9184 mètres.
L'Atlantique, au nord comme au sud, est partagé en deux, suivant sa longueur, par un long plateau sous-marin, portant toujours moins de 4000 mètres d'eau. Entre ce plateau et les continents s'étendent des fosses dont le fond se tient entre 4 et 6 kilomètres au-dessous de la surface. Mais ce n'est encore pas dans ces fosses que la sonde descend le plus bas; c'est tout contre les Antilles (8341 m.), et de même, les cartes récentes font ressortir près des côtes des dépressions exceptionnelles, l'une, la fosse de Curaçao (5221 m.), enfermée dans la mer des Antilles, l'autre, la fosse de Bartlett (6268 m.), encore plus remarquable par sa forme linéaire, entre la Jamaïque et la baie de Honduras.
En somme, nulle part les océans ne dessinent de grandes cuvettes régulières, et chacun se partage, comme la terre ferme, en compartiments inégaux, le plus souvent au fond plat, à travers lesquels courent des protubérances sous-marines, semblables, comme allure générale, à celles qui accidentent les continents.
De là on peut conclure que le domaine maritime et le domaine continental ne sont pas distincts par leur essence. Dans l'un comme dans l'autre, les grands traits de l'écorce solide sont les mêmes. Les compartiments juxtaposés, tout comme les bourrelets qui les définissent, diffèrent surtout les uns des autres par leur distance au centre de la terre. Cette distance fixe la place que ces unités semblables doivent occuper, les unes, les continents, au-dessus du niveau de la mer, les autres, les grandes surfaces océaniques, au-dessous de ce niveau, tandis qu'entre les deux se tiennent les chaînes d'îles entourant des mers presque fermées, dont le Pacifique occidental offre le type. L'ensemble a pu être justement comparé à une marqueterie, dont les différentes pièces auraient joué les unes par rapport aux autres.
Tout, en présentant, au point de vue de la structure générale, la similitude qui vient d'être signalée, les parties continentales et les parties maritimes pourraient encore se distinguer d'une manière assez tranchée, si l'allure du relief sous-marin était sensiblement plus adoucie que celle des protubérances de la terre ferme. Faute de documents suffisamment précis, on a pu croire pendant longtemps qu'il en était ainsi. Mais le progrès des sondages a rectifié cette erreur, et il suffit d'un coup d'œil jeté sur les cartes récentes