‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 141 sur 364 · DUNES · texte numérisé non relu

DUNES

quartz du gneiss, une mer de sable qui remplit toutes les dépressions entre les plis successifs. Le voyag^eur, qui regarde du haut de lune des crêtes, perçoit la même impression que si, monté sur une cime alpine ou pyrénéenne, il dominait une mer de nuages masquant toutes les vallées \

Paysagre de dunes. — Le paysage de dunes, caractéristique des grands déserts, règne sur un dixième, peut-ôtre même un neuvième, de la surface du Sahara, notamment dans TErg, Tlguidi et le désert libyque. Il occupe le territoire de Nefoud en Arabie, le Turkestan, le bassin du Tarim, le désert de Gobi, une grande partie de la Perse, du Baloutchistan, de l'Australie, le désert de Kalahari en Afrique. Il est beaucoup plus rare en Amérique. M. de Tillo estime que sept centièmes de la surface de "la terre ferme appartiennent au paysage éolien -.

Toutefois, il faut se garder de croire que ce paysage soit identique partout. L'extrême chaleur du Sahara, et son relief si peu accidenté,! qui permet au vent de le balayer sans obstacles, donnent à cette contrée, au point de vue de l'importance des dunes continentales, une supériorité marquée. Ailleurs, notamment au Turkestan, la hauteur des dunes dépasse rarement 18 à 20 mètres. C est qu'ici le climat est beaucoup moins sec qu'au Sahara. Mais surtout, le Turkestan, ainsi que plusieurs des déserts de l'Asi centrale, subit des hivers rigoureux : si bien que ses dunes sont, pendant une partie de l'année, recouvertes de neige. Celle-ci, en fondant, leur départit une dose d'humidité qui les rend moins impropres à la végétation, et l'eau qui s'infiltre au pied des sables contribue à diminuer beaucoup la mobilité des dunes '.

Particularités diverses du phénomène éolien. — Une circonstance assez curieuse est offerte par les dunes de l'Amérique méridionale. Dans ce pays, sur les confins de la Bolivie et de la République Argentine, s'étend, par 4000 mètres d'altitude, le désert de la Puna, haute dépression où règne un climat extraordinairement sec. Le vent y édifie des dunes de plusieurs centaines de mètres et, quand il souffle de l'ouest, il pousse le sable sur le versant oriental des Andes, de sorte que, dans les vallées de Tinogasta et de Belen,.on voit descendre de vrais fleuves de sable, produisant par leur passage des effets analogues à ceux des glaciers *.

Ces dunes ou medanos sont poussées assez loin dans la direction.

1. Schenck, 40'^ Geographentag ^ Berlin, 1893. — 2. Voir Penck, Moi^phologie, II, p. 43. — 3. Edouard Blanc, Annales de géographie, IV (180&), p. 331. — 4. Brackebusch, PelermanrCs MiUeilungen, 1893.

de la Sierra de Cordoba, par les vents d'ouest que leur descente le long des Andes rend particulièrement desséchants. Leur origine occidentale est attestée par la composition des sables, où dominent les fragments de roches volcaniques andines.

Les dunes, grâce à leur porosité, constituent de précieux réser- A'oirs d*eau. La pluie y gagne de suite le fond, s'accumule dans les dépressions ou «alimente des nappes qui s'écoulent en sources par la lisière des grandes dunes. Aussi a-t-on pu dire que ces montagnes de sable, « résultat le plus caractéristique de la sécheresse du climat saharien, contribuent le plus à corriger, dans une certaine mesure, les effets de cette sécheresse, en protégeant et conservant précieusement Teau que le ciel envoie au désert avec parcimohie * ».

Un effet très remarquable du passage des grains de sable sur les blocs durs isolés est la production de pierres à facettes^ terminées par des arêtes vives (KantengerOlle des Allemands). Par exemple, les plaines du Brandebourg sont formées d'une argile glaciaire plus ou moins sableuse, avec blocs disséminés. Le vent qui balaye librement ces plaines a fini par isoler de l'argile une quantité de sable suffisante pour édifier même de petites dunes. Ce sable, en passant sur les blocs de grès dur, tend à les aplanir; et comme cette action s'exerce dans certaines directions privilégiées, qui sont celles des vents dominants, les facettes ainsi produites marchent à la rencontre les unes des autres, demeurant séparées par des arêtes vives, ordinairement au nombre de deux ou trois. En France, sur les plaines sableuses de la Brenne, cet effet se produit même avec des cailloux de quartz originairement plats. Des cailloux à facettes s'observent également près des dunes qui descendent de la Bolivie dans les vallées argentines ^

Question du Lœss. — Une question encore assez controversée est celle de la destinée des menues poussières engendrées par la désagrégation dans ]es déserts. Les sables quartzeux contribuent seuls à l'édification des dunes; mais les matériaux plus fins, provenant de l'attaque des terrains non exclusivement siliceux, demeurent en suspension dans l'air, qu'ils peuvent troubler longtemps, et sont parfois entraînés à de grandes dislances. On signale des pluies de poussière, d'origine saharienne, qui se font sentir jusqu'à 2400 kilomètres du déâert. En 1873, les îles Canaries ont

1. G. Rolland, Hydrologie du Sahara algéinen (1894), p. 240. —2. Brackebusch, loc, cil.

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