‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 144 sur 364 · DESTINEE DES DESERTS · texte numérisé non relu

DESTINEE DES DESERTS

sédé ou possède encore un lac, le plus souvent réduit à une playa^ c'est-à-dire à une nappe saline, que les variations du climat humectent ou dessèchent, augmentent ou diminuent ^

Nous remarquerons en outre que Faction éolienne tend nécessairement à prévaloir autour des fonds de mer en voie de dessiccation; car le sel qui les imprègne les rend moins propres que d'autres à la végétation, et alors rien ne les protège contre le soleil et le vent. C'est ainsi que le Gobi abonde en creux remplis d'eau saline ou tapissés d'efflorescences, reposant sur un sol de graviers rougeâtres, à cailloux quartzeux.

Destinée des déserts. — Ainsi que nous l'avons précédemment exposé *, la condition d'un désert tend toujours à s'aggraver, puisque l'évaporation, certainement supérieure à l'alimentation en pluie, s'opère aux dépens des réserves d'eau existantes. Cette action est bien sensible en Asie, oii le lac Balkhach, qui dans les temps historiques était en relation avec l'Alakoul, est aujourd'hui séparé en cinq nappes, et a perdu 1 mètre d'eau en quinze années. Dans la Sibérie occidentale, le lac Abychkan, unique en 1813, est partagé actuellement en 14 petites flaques. De mêm^ le Lob Nor ne cesse de changer de place et de dimensions. Le défaut de modelé des pays désertiques doit donc s'accentuer avec le temps.

Il n'y aura d'exception que si le territoire considéré traverse momentanément une période de grande humidité. C'est ainsi que le bassin du Lac Salé de l'Utah, qui a pu bénéficier du régime des grandes pluies pleistocènes, a vu s'accomplir à sa surface d'importants travaux de comblement. Seulement, à partir du jour où le lac Bonneville, prédécesseur du Lac Salé, a cessé de posséder un déversoir, tous les produits de ce comblement sont demeurés sur place. De là vient l'aspect tout spécial du pays, où les restes des anciennes chaînes de hauteurs émergent du sein de grandes plaines, constituées par l'accumulation sur place des matériaux provenant de leur dégradation, et où l'action éolienne s'exerce aujourd'hui grâce à l'assèchement du climat.

En disant que, dans une région donnée, les conditions désertiques tendent d'elles-mêmes à s'aggraver, nous ne prétendons pas que cette extension puisse être indéfinie. En effet un pays où l'insolation règne sans partage devient forcément le siège d'une aspiration d'air qui fait naître un minimum barométrique, et provoque Tafflux des vents destinés à rétablir l'équilibre. Parmi ces derniers

1. E. Reclus, Les Étals-Unis^ p. 580. — 2. Voir plus haut, p. 67.

il y en a qui apportent de la vapeur, et ainsi peut se produire un conflit qui limite Tinvasion de la sécheresse vers la mer.

Régions de steppes. — Le long des régions où règne le climat désertique s'étendent en général des steppes, c'est-à-dire des territoires plats, occupés par de hautes herbes qui peuvent mourir durant la saison chaude, pour renaître avec le retour de l'humidité. Insuffisante pour nourrir une végétation forestière, la quantité d'eau qui tombe permet cependant au sol de ne pas rester à découvert, ce qui supprime l'action éolienne. La plupart de ces territoires mixtes voient se succéder des étés très chauds et des hivers froids, des journées de grande chaleur et des nuits très fraîches.

Sur la lisière du Sahara, au nord du Bornou, s'étend le long du désert la steppe herbeuse qui, par l'intermédiaire des bouquets de mimosées, passe progressivement aux régions de forêts et de cultures entretenues par les pluies équatoriales. De même, les immenses steppes des Kirghizes marquent le bord septentrional de la dépression aralo-caspienne, au fond occupé par les déserts du Turkestan. La Mongolie, que les Chinois appellent Tsaoti ou <t Terre des Herbes », est aussi une steppe gigantesque, préparant la transition du désert de Gobi aux forêts de la Sibérie méridionale.

On comprend ainsi que la plupart des steppes soient localisées sur le bord des dépressions privées d'écoulement maritime, ou dans rintérieur des bassins déprimés qui n'ont trouvé que tardivement une issue.

La Pampa de la République Argentine, si abondante en lagunes salines, est une steppe où l'humidité suffit pour permettre, par endroits, le développement de bois maigres, au feuillage fin. Ces bois sont de même essence que ceux qui arrivent à prédominer sur la contrée voisine, mieux arrosée, du Gran Chaco *.

C'est encore parmi les steppes qu'il convient de ranger le bassin hongrois, que le Danube et la Theiss arrosent avant d'avoir forcé le défilé des Balkans. Les lacs Balaton et de Neusiedl, restes de la nappe lacustre qui a longtemps occupé cette dépression, n'ont pas toujours d'écoulement naturel ; et le remarquable parallélisme des petits cours d'eau atteste une influence directrice. Selon les uns, cette influence devrait être cherchée dans le brusque appel qui s'est produit vers le sud-est, quand le lac hongrois s'est vidé par l'ouverture des Portes de Fer. Selon d'autres, notamment M. Penck*, cet alignement aurait été commandé par de nombreuses

1. Brackebusch, Pel, MiiteiL 1893. — 2. Morphologie, II, p. 44.

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