‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 150 sur 364 · TRAVAIL DE L EROSION MARINE · texte numérisé non relu

TRAVAIL DE L EROSION MARINE

à engendrer des promontoires et des chaînes d'îles, de part et d'autre des dépressions qui correspondent aux terrains moins résistants.

C'est de cette façon que l'extrémité orientale de la Bretagne se montre si particulièrement découpée, entre les deux bandes extrêmes de schistes cristallins durs qui forment, l'une le promontoire au nord de la pointe Saint-Mathieu, prolongé par l'île (l'Ouessant, l'autre la pointe du Raz avec les îles de Sein. Entre les deux, la bande de quartzite des Montagnes-Noires a servi d'appui à la presqu'île de Crozon, tandis que l'Aune établissait son lit dans les schistes tendres du carboniférien.

Ces profondes échancrures, entièrement déterminées par la structure rubanée de la Bretagne, font contraste avec l'allure beaucoup plus régulière des côtes nord et sud, qui sont à peu près parallèles à la direction des plis. De même la côte espagnole, depuis la Bidassoa jusqu'à Gijon, est parallèle à la direction des couches relevées par le soulèvement des monts Cantabriques, ce qui fait qu'il ne s'y est pas formé de cours d'eau transversaux. Aussi le rivage, presque partout entaillé dans la même nature de roches, est-il exempt d'échancrures. Au contraire, entre Gijon et Tembouchure du Minho, des terrains différents viennent tour à tour buter contre le littoral, tantôt déprimés et vallonnés, tantôt restés en saillie. Dès lors la côte est accidentée de nombreuses découpures, d'autant mieux qu'ici les vents dominants lancent les vagues droit contre la direction du littoral.

Appréciation du travail de rérosion marine. — Lorsque l'érosion marine a disposé d'un temps assez long pour imprimer à une côte très hétérogène un recul notable, il est des cas où il peut être assez difficile de se représenter ce que devait être l'état de choses initial. En effet, ce sont des différences locales de dureté qui ont préservé les îles et îlots demeurés en avant du littoral et depuis lors très morcelés. Le dessin superficiel qui résulte, au moment considéré, de la ligne de rencontre de la terre avec la mer, peut alors ne plus offrir qu'un rapport très éloigné avec la structure originelle de la côte.

Dans ce cas, on peut se servir avec avantage d'un critérium indiqué par M. Vidal de la Blache*. Si l'on examine une carte hydrographique détaillée de la côte du Cotentin, on remarque que, jusqu'à 10 mètres de profondeur, les courbes bathymétriques ont

{ Annales de Gêoffraphie^ IV* année (189îî), p. 375.

une allure tourmentée et indécise, tandis que, pour les fonds de plus de 20 mètres, elles se succèdent de plus en plus régulièrement à mesure qu'on descend. Il est donc naturel de regarder les inégalités de la plate-forme immergée à moins de 20 mètres comme la marque du travail variable de Térosion superficielle, et de prendre la courbe qui limite cette plate-forme (fig..H3) comme celle qui exprime le mieux le contour submergé de Tancien continent. Alors, au lieu du tracé presque rectiligne de la côte du Cotentin, tracé qui ne paraît offrir aucun rapport avec la structure habituelle

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Fig. 113. — La côte du Coteotin, d'après M. Vidal do la Blache.

du massif armoricain, on voit les écueils et les îles se souder ensemble pour former des promontoires, entre lesquels se creusent des golfes, rattachés à des échancriires à peine discernables de la falaise actuelle, et le tout accuse, suivant l'expression de M. Vidal de la Blache, « un air de parenté avec la Bretagne ».

Ce môme critérium peut être appliqué, selon les cas, pour des profondeurs très différentes. Mais quand il faut aller chercher Tallure régulière des courbes successives par beaucoup plus de 20 mètres de fond, on est en droit de penser qu'il a dû y avoir un changement dans le niveau de la mer, car l'érosion normale descend rarement plus bas.

Vallées submergées. Sillons de fracture. — D'après ce qui vient d'être dit, l'activité propre de la mer est d'ordinaire impuissante à creuser, perpendiculairement à une côte, des sillons d'une profondeur notablement supérieure à 20 mètres. Des courants rapides peu-

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