GRANDES AIRES OCÉANIQUES
ques-unes de ces inégalités auraient-elles pu disparaître par la suite sous une couverture de sédiments. >Mais cet effet ne se fût produit qu'au voisinage immédiat des côtes; car l'observation établit que la sédimentation ne s'opère que sur 250 à 300 kilomètres en avant des rivages. Or ce chiffre est infime relativement à la largeur moyenne des mers, où le fond offre partout le même dessin.
On peut donc regarder comme infiniment probable que des phénomènes tout à fait distincts des actions superficielles ont dû créer les inégalités de Técorce. Et celles-ci se seraient maintenues sans altération sensible sous les eaux de TOcéan, tandis qu*à Tair libre elles auraient vu peu à peu leur profil se modifier et leurs contours se compliquer par morcellement.
Cpnstitation des grandes aires océaniques. — Les causes profondes que nous venons d'entrevoir vont encore se révéler à nous dans l'étude des particularités qui distinguent les grandes aires océaniques. De ce qu'on doit reconnaître à toute l'écorce solide une même structure générale, il ne s'ensuit pas nécessairement qu'il n'existe, entre les parties déprimées et celles qui font saillie, d'autre différence que celle de l'altitude. Peut-être l'examen de leurs limites respectives mettra-t-il en évidence une sorte de prédestination, fixant d'avance le sort de certains compartiments.
Pour le savoir, examinons successivement les deux principales divisions entre lesquelles se partage la masse des mers, c'est-à-dire le Pacifique et l'Atlantique.
Le Pacifique est de beaucoup Focéan le plus important. Il embrasse à lui seul 30 p. 100 de toute la superficie du globe- Or depuis le cap Horn jusqu'à l'Alaska, son contour oriental ne cesse pas d'être défini par un bourrelet de hautes montagnes, dont la déclivité se poursuit sans discontinuité sous la mer, jusqu'aux fonds de 2000 mètres entre la pointe du sud de l'Amérique et la latitude de 35® S., jusqu'aux fonds de 4000 et souvent plus entre ce point et le voisinage des Aléoutiennes. A la vérité, dans l'Amérique du Nord, la Cordillère, jusque-là si simple, s'épanouit en plusieurs branches et s'élargit en massifs. Mais une partie notable de cet épanouissement est occupée par des déserts sans écoulement, que de hautes chaînes côtières séparent du rivage; et ainsi, dans l'ensemble, le dessin du bord oriental de ce grand océan se poursuit d'un bout à l'autre avec la même simplicité, accusant partout un brusque ressaut de l'écorce, ressaut dont l'amplitude
verticale dépasse parfois douze mille mètres *. Contrairement à ridée qui s'offre si naturellement à l'esprit, d'un rapport nécessaire entre la grandeur d'un océan et le territoire continental qui en est tributaire, le Pacifique n'a pour ainsi dire rien qui lui appartienne sur le continent américain. Presque toutes les eaux s'en vont à l'Atlantique, qui pourtant est deux fois moins étendu. Passons maintenant en Asie. Les Aléoutiennes, véritable cordillère en grande partie sous-marine, vont se souder au Kamtchatka, pays de hautes montagnes, et celui-ci se continue par les Kouriles, contre lesquelles la sonde descend rapidement à 8500 mètres. Puis vient le Japon, prolongé à son tour, d'un côté par les !les Liou Kiou et les Philippines, de l'autre par les îles Mariannes, que bordent immédiatement des fonds de 6 à 8 kilomètres. Par là on atteint la Nouvelle-Guinée, avec des montagnes de 4000 mètres, puis la Nouvelle-Calédonie, et enfin les Alpes de la Nouvelle-Zélande, dont quelques cimes dépassent 3000 mètres, non loin d'une mer où la sonde s'enfonce à plus de B kilomètres, et sur l'autre bord de laquelle se dresse la chaîne australienne. Pour être moins apparent et moins simple que sur les rivages américains, le brusque ressaut de la rive occidentale du Pacifique n'en est pas moins marqué. Il n'y a pas non plus, pour l'Asie, de bassin hydrographique appartenant en propre à cet océan. Tous les fleuves aboutissant à la côte asiatique se versent dans des mers intérieures à la ligne des grandes îles, mers qu'un exhaussement presque insignifiant de l'écorce suffirait à isoler du* Pacifique, en faisant une barrière ininterrompue de toutes les chaînes d'îles qui définissent le ressaut.
Ainsi le Pacifique, au moins pour toute la partie située au nord du 30" parallèle de latitude S., apparaît comme une véritable fosse aux bords escarpés et au fond plat, plus ou moins partagée en compartiments secondaires par des arêtes longitudinales, comme celle des îles Sandwich, mais essentiellement définie comme dépression homogène par le bourrelet continu qui l'entoure. Ajoutons que le parcours de ce brusque ressaut est marqué par une ceinture presque ininterrompue de volcans, comme il s'en établit toujours, ainsi que l'enseigne la géologie, au bord des grandes lignes de fracture; et alors nous pourrons dire que, dans la marqueterie terrestre, le Pacifique représente un énorme comparti-
4. La différence de niveau entre le fond de la fosse marine qui existe au-devant de Lima, et la crête de la Cordillère au-dessus de cette capitale, est de 11 500 mètres : et il est des points de la cdte chilienne où cette difîérence atteint 12 500 mètres.