MASSIFS RIGIDES. ANCIENS RIVAGES
le Plateau Central ait été constamment émergé ou qu'il ait, par intervalleSy subi une submersion partielle ou totale, ce n*en est pas moins, à coup sûr, un des éléments les plus stables du sol européen, un de ces noyaux autour desquels la terre ferme a dû se constituer par une addition progressive de nouvelles bandes.
Maasifs d'ancienne consolidation. — En résumé, Tun des principaux éléments de la paléogéographie est la détermination des massifs d'ancienne consolidation, c'est-à-dire des territoires qui, devenus stables avant les autres, et constitués par des terrains très peu flexibles, ont su maintenir leur individualité à travers de longues périodes. Il faut seulement s-attendre à ce que -les plus anciens de ces massifs, quand ils confinent à Tocéan, ne se montrent plus à nous qu'en lambeaux; car, précisément à cause de leur manque de souplesse, les divers mouvements de Fécorce ont dû tendre à s'y traduire par des cassures et, l'érosion aidant, ces fractures auront déterminé le morcellement plus ou moins avancé des territoires en question.
De ces massifs rigides, nous aurons le droit de considérer comme les plus anciens ceux où l'archéen affleure seul; ensuite viendront les noyaux formés de terrains paléozoïques pinces en plis serrés au milieu de bandes archéennes, et entrecoupés d'injec tions granitiques, comme c'est le cas de la Bretagne; enfin une dernière catégorie comprendra les terrains paléozoïques plissés, mais sans injections granitiques visibles ni intercalations archéennes, comme c'est le cas pour l'Ardenne.
Recherclie des anciens rivagres. — La recherche des anciens rivages doit être fondée principalement sur la nature propre des sédiments, en particulier sur la connaissance de ces dépôts grossiers, sables à grain notable, graviers, conglomérats ou poudingues à gros galets, qui n'ont pu, nous le savons par l'expérience contemporaine, se former qu'au voisinage immédiat de la côte. Ce caractère, contrôlé par le genre des animaux fossiles (pourvu que ces derniers aient vécu in situ), enfin corroboré, quand il y a lieu, par la rencontre de formations d'estuaires, qui attestent le débouché d'un fleuve, permet, lorsqu'il est applicable, d'imprimer une certaine précision aux tracés.
Introduisons seulement cette réserve, que les déformations de l'écorce terrestre ont souvent modifié, avec le temps, la place géographique des dépôts. Il est des pays où les plissements orogéniques ont réduit certains ensembles d'assises stratifiées au tiers de l'espace que les couches devaient occuper lorsqu'elles s'étalaient
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horizontalement. La latitude et la longitude qui définissent aujourd'hui leurs affleurements ne correspondent donc pas rigoureusement aux coordonnées primitives. C'est, pour beaucoup de tracés, une cause d'incertitude qu'il sera probablement toujours impossible de lever. Heureusement elle porte d'habitude sur des détails du même ordre que les erreurs inhérentes à ce genre de reconstitution des éléments du passé.
Reconstitution du relief. — La tâche de la paléogéographie n'est pas achevée, quand on a réussi à reconstituer à peu près les contours des anciens rivages. Il faut encore donner une idée de ce que pouvait être le relief aux principales époques de l'histoire terrestre; entreprise particulièrement délicate, car il ne s'agit plus seulement de restaurer des ensembles dont il subsiste d'assez nombreux témoins, mais bien de faire revivre, par induction, des formes depuis longtemps disparues.
D'une manière générale, les parages où de grandes épaisseurs de sédiments ont pu s'accumuler longtemps sans discordances sensibles marquent des portions de la croûte qui ont dû être en voie de constant afiaissement aux époques correspondantes; tandis que, sur les aires qui sont demeurées franchement continentales à travers bien dés périodes successives, on a le droit de penser que le relief originel devait être assez prononcé, puisqu'il a su faire face durant un aussi long intervalle aux efforts d'une érosion qui tend à tout ramener au niveau de la mer.
Anciennes montagnes. — Mais à côté de ces indications, il faut avoir des données plus précises, qui permettent d'affirmer la présence, sur tel ou tel point, d'une chaîne de montagnes aujourd'hui réduite à son socle. C'est ce que réalisent les grandes discordances de stratification. Lorsqu'on voit, comme dans la figure 121 (page 300), un sédiment s'appliquer sur les tranches d'un système de couches affecté de dislocations nombreuses, il n'y a pas à hésiter sur la conclusion à en tirer : le système disloqué a évidemment fait partie d'une chaîne de montagnes, dont il représente les racines. Toute la partie supérieure de cette chaîne a été enlevée durant le cycle d'érosion qui a suivi le mouvement orogénique; après quoi une submersion du territoire aplani a permis la reprise de la sédimentation.
Cette affirmation est légitime partout où des couches stratifiées se montrent affectées de dislocations notables, et principalement quand elles sont plissées, renversées sur elles-mêmes, ou divisées en paquets par des cassures avec dénivellation des parois. Si les