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ACCIDENTS DE SURFACE

assises sont simplement très inclinées et exemptes de plis, il peut. se faire que la dislocation ait consisté dans un mouvement épeirogéniqtie^ comme disent les Américains, c'est-à-dire dans le gau-* chissement en masse d*un territoire. Mais s'il existe des plis pressés, il n'y a pas de doute sur l'existence d'une ancienne chaîne, et même il est probable que les accidents de stratification qui la dénoncent ne donnent qu'une faible mesure de ce que pouvait être la dislocation originelle.

Goinplication des accidents de surface. — En effet l'observation prouve que, dans les montagnes du temps présent, le maximum de la complication stratigraphique se produit toujours au voisinage de la surface. Ainsi dans les parties profondes des Alpes, dans celles qui avoisinent l'axe cristallin de la chaîne, les accidents de stratification n'ont rien d'excessif ni surtout de désordonné. On

Fig. 132. — Pli couché horizontal à charnière déxnantelëo.

voit se succéder des plis, parfois des dômes, de grande amplitude, sur les versants desquels les couches plongent assez doucement et sont très peu disloquées par des fractures. Au contraire, les parties extérieures abondent en plis aigus et renversés, ainsi qu'en failles, et c'est là que se produisent les accidents remarquables qui amè nent parfois de si étranges superpositions.

Par exemple, toute la cime de la Dent du Midi est un fragment d'un pli couché dont la charnière a disparu. C'était autrefois un bourrelet de roches sédimentaires, d'âge crétacé, qu'une poussée orogénique a d'abord relevées en un pli aigu; après quoi le pli s'est complètement renversé, subissant une rotation de 90 degrés, qui a rendu les couches horizontales, et il a été jeté en masse sur des terrains plus anciens. Enfin l'érosion a fait son œuvre, profitant des cassures dont le paquet charrié n'avait pu manquer de s'accidenter, et elle n'en a plus laissé subsister que des lambeaux, enlevant de préférence les parties où le recourbement restait visible, parce que justement celles-là devaient être le plus fortement fissurées (fig. 122).

La cime de la montagne est un de ces lambeaux, et comme la

charnière ne s'y voit pas, aujourd'hui, sans le secours de la géologie, qui fait ressortir des superpositions et des répétitions anomales, on ne soupçonnerait aucun dérangement dans les strates horizontales, empilées avec régularité sur une grande hauteur. Que l'érosion fasse encore des progrès, et quand tout le couronnement crétacé de la montagne aura disparu, rien ne trahira plus l'ancienne existence de ce lambeau, bien propre à faire apprécier l'énergie des refoulements alpins.

Exemple de la Dent de Mordes. — Encore la Dent du Midi ne révèle-t-elle sa structure qu'aux seuls géologues. Mais il est des montagnes où, grâce à la raideur des escarpements et au contraste

Fig. 123. — Coup© des Donts do Morclcs (d'après MM. Rcnovier ot GoIUck). — Kchelle j^o^oôl)- — 1, schistes micacés; 2, schistes verts (cornes); 3, carboniféricn ; 4, trias; 5, lias et médiojnrassique ; 6, suprajurassique ; 7, néocomien ; 8, barrémien ; 9, nummulitique ; 10, flysch.

des teintes, la netteté des dislocations est telle que Tœil le moins exercé en saisit immédiatement l'allure. De ce nombre est la Dent de Mordes. Cette cime offre des circonstances extrêmement compliquées, dont la figure 123 donne l'idée. Là encore, lorsque l'érosion, continuant à débiter la montagne, après avoir dispersé le paquet des couches renversées du crétacé et du tertiaire, aura atteint la racine du pli aigu que les assises carbonifériennes forment au milieu des schistes cristallins, l'allure régulière de ces derniers ne donnera plus aucune idée de la complication primitive de la cime.

Cette coupe des Dents de Mordes est particulièrement instructive, en ce qu'elle laisse reconnaître la trace d'au moins trois poussées orogéniques d'âge différent. La plus ancienne avait déjà déterminé le plissement des schistes cristallins, lorsque, sur la tranche de ce dernier, les couches carbonifériennes sont venues se déposer, à la suite d'un cycle d'érosion qui, après avoir raboté les

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