CONTINENTS JURASSIQUES
Bretagne. La fosse méditerranéenne gardait seule le privilège du régime pélagique, c'est-à-dire de la haute mer; et c'est par des
dépôts d'eau peu profonde que se comblaient les cavités de chipel européen.
l'ar-
• Dernières périodes géologiques. — Alors arrivent les temps crétacés. Peu à peu, une lente invasion de la mer se prononce, dont chaque étape marque un nouveau progrès. En Amérique, la côte atlantique des États-Unis et tous les abords du golfe du Mexique finissent par être largement submergés, en même temps que la mer prend possession de tout le territoire des Montagnes Rocheuses jusqu'à TAlaska. De Tarchipel d'Europe, il ne subsiste plus que des îlots; mais, si toute la Russie méridionale est inondée, en revanche le détroit de l'Oural, naguère bien ouvert, subit une fermeture momentanée.
Rien de pareil ne se produit sur ce qui subsiste du continent austral. L'époque crétacée n'y est représentée que par des sédiments d'origine continentale. A peine si, en deux ou trois points du littoral actuel, une étroite bande de crétacé marin a réussi à se coller. L'invasion marine ne se fait sentir qu'au nord de l'Afrique, c'est-à-dire dans une région dépendante de la dépression méditeranéenne, et dont l'histoire est bien mieux liée à celle de l'Europe qu'aux annales du continent africain.
C'est dans ces conditions que s'ouvrent les temps tertiaires. La mer est partout en recul. La Méditerranée perd bien vite son régime pélagique. Elle se partage en sillons, où s'accumule la formation nummulUique, que la poussée pyrénéenne fait bientôt émerger en grande partie. Puis la même mer, qui naguère passait librement de la Hongrie à l'Himalaya, se ferme défînitivement à l'est. Même un moment arrive où les régions qui la bordaient, serrées entre la masse stable indo-africaine et les lambeaux rigides de l'ancienne terre boréale, se dressent en plis et en dômes gigantesques, sous la forme des Alpes, de l'Atlas, du Caucase, des chaînes iraniennes et de l'Himalaya. Pendant un certain temps, la Méditerranée n'est plus guère qu'un souvenir. Mais son soulèvement avait dépassé la mesure, et une partie des territoires ainsi émergés se met à s'effondrer. Chaque compartiment s'affaisse à son tour, glissant le long de cassures par où l'activité éruptive va se manifester au dehors sous la forme de volcans. Ainsi naissent une série de fosses, tyrrhénienne, adriatique, sicilienne, jusqu'à la mer Egée, créée la dernière aux dépens d'un territoire où s'étendaient de vastes nappes d'eau douce.
Tandis que ces choses s'accomplissent en Europe, la rupture définitive du continent, qui jusqu'alors avait fermé l'Atlantique au nord, permet pour la première fois le mélange des eaux boréales avec celles des mers subtropicales. Aussi, pendant que
UNITES STABLES 329
l'effondrement de TAtlan tique, accompagné d'une abondante sortie (le laves, morcelle les terres britanniques et la Scandinavie, un grand trouble s'introduit dans les climats. A plusieurs reprises, les glaces s'emparent d'immenses surfaces en Amérique et en Europe, s'avançant dans le premier de ces pays jusqu'au 40* parallèle. Puis l'équilibre se rétablit, et l'homme, dernier venu sur la terre, après avoir assisté à la plus récente de ces invasions, remonte peu à peu vers le nord, à mesure que les glaces se retirent.
Traits généraux du dessin paléogéographiq^ue. Unités stables. — A travers ces vicissitudes si variées, il est un certain nombre de traits qui méritent particulièrement de fixer l'attention.
Le premier est la permanence de l'océan Pacifique. Les contours actuels de cet océan ne diffèrent pas beaucoup de ce qu'ils étaient à la fin des temps primaires. Ils n'ont, dans l'intervalle, subi que de faibles variations, et rien n'autorise à croire qu'une partie quelconque de l'espace recouvert par cette vaste nappe d'eau ait jamais été émergée. C'est donc une unité très homogène et très stable, dont le caractère est encore accusé par le bourrelet continu qui l'enserre, à Test sous la forme des Cordillères américaines, à l'ouest dans les longues chaînes d'îles, si bien alignées, qui vont de la Sibérie à l'Australie.
Tout autre est la destinée de l'océan Atlantique, dont aucune chaîne côtière ne dessine les bords, et qui ne doit son dessin actuel qu'à deux événements tardifs : d'un côté l'écroulement du barrage boréal, de l'autre la rupture du lien qui unissait le Brésil à l'Afrique équatoriale.
On remarquera de plus que les terres comprises, de part et d'autre de l'Atlantique, entre l'Alaska et l'Oural, forment un ensemble trèâ homogène par sa constitution comme par sa structure. Aujourd'hui très morcelée, mais autrefois continue, cette bande s'est consolidée de très bonne heure, et seules les additions faites à son bord méridional ont affecté la condition de plissements.
Moins ancienne, mais tout aussi homogène et aussi stable depuis les temps primaires, est cette terre indo-brésilienne, que des fractures nord-sud ont maintes fois morcelée, et que menacent encore les effondrements linéaires, de même direction, au fond desquels s'alignent les grands lacs de l'Afrique.
Dépression médiane. Zone de plissements. — C'est entre ces deux unités stables du nord et du sud que s'étend la zone faible de rancienmonde, celle où les profondeurs maritimes se sont le mieux
maintenues et où a persisté le plus longtemps le régime pélagique. Dans ce grand fossé s'est concentrée la sédimentation marine des temps secondaires et tertiaires, à peine représentée en dehors de cette zone. Mais le dépôt des couches a été interrompu par des ruptures d'équilibre, pendant lesquelles les assises déjà formées, obéissant à une violente poussée, émergeaient tour à tour, pour se dresser en plis entre les deux étaux qui les comprimaient, l'un au nord, l'autre au sud. La compression a reçu des formes très diverses selon les obstacles rigides, d'ancienne consolidation, qui pouvaient se trouver en travers du mouvement. En Europe, ces obstacles étaient peu étendus, et leur présence n'a que peu altéré la direction générale des plis, demeurée parallèle à l'axe de la fosse méditerranéenne. Néanmoins, dans le détail, l'influence des massifs rigides s'est traduite par de nombreuses déviations; nous citerons: le changement de direction des plis espagnols, lorsqu'à l'extrémité de l'Andalousie ils se recourbent brusquement au nordest pour se conformer au bord de l'ancien plateau ibérique; la bifurcation des Alpes orientales, lorsqu'à la rencontre du massif hongrois (aujourd'hui presque totalement effondré), elles se partagent en deux branches, dont l'une, par les Carpathes, fait tout le tour du massif, tandis que l'autre, la chaîne dinarique, se dirige au sud-est. Puis, c'est l'obstacle archéen du Rhodope, qui, d'un côté, ramène le Balkan dans sa direction primitive, pour le rejeter (sauf l'interruption de la mer Noire) vers la Crimée méridionale et le Caucase; tandis que, de l'autre côté, il maintient l'alignement dinarique jusqu'au Pinde ; après quoi la direction tourne brusquement à l'est et rejoint les plis de l'Asie Mineure, sauf la lacune produite par le tardif effondrement de la mer Egée.
En Asie, l'inQuence des massifs anciens sur les montagnes de récente formation s'accuse d'une façon encore plus visible. Contre le Pamir viennent butera la fois l'angle du massif ancien du Tibet et celui du noyau archéen qui se développe plus loin en Mongolie. Aussi, à partir de là, les plis de récente formation s'épanouissent-ils en éventail, engendrant : au sud la chaîne himalayenne, qui, serrée par l'Hindoustan, se rejette brusquement au sud-est après le golfe du Bengale, comme par l'effet de la résistance offerte par l'ancien massif de la Chine ; au centre, le Kouenlun et le Nan-Chan; au nord, le Tien-Chan et cette chaîne sibérienne, dont la Lena suit longtemps le pied avant de se couder vers la mer Glaciale.
Divisions naturelles de la terre ferme. — Depuis qu'il a été