FJORDS ET LACS
Le Grand Glen est exactement parallèle au rivage si rectiligne qui s'étend du Forth à Peterhead, comme aussi au détroit qui sépare l'Ecosse des Hébrides. La même direction est bien marquée dlnverary à la pointe de Cantyre, comme entre Staffa et Tîle de Skye. Il n'y a pas le moindre, doute que ces sillons ne soient des fentes de dislocation, qui partagent les Highlands en compartiments et semblent en préparer la disparition définitive. Sur le bord atlantique, ces fentes ont donné passage à des laves diverses dont la sortie, concomitante de Técroulement qui a fait place à la mer, a édifié les massifs éruptifs, avec paysages volcaniques caractéristiques, des îles de Mull, de Skye, d'Arran, etc.
I^cpdB et lacB. Cours d'eau. — La côte occidentale d'Ecosse est bordée de fjords absolument identiques avec ceux de la Scandinavie. Comme ces derniers, ils ont des profondeurs très variables, offrent souvent des seuils près de leur embouchure et se partagent en fosses distinctes ; de sorte que, si le niveau de la mer s'abaissait de 100 et même de 180 mètres, plusieurs lacs subsisteraient sur le fond émergé de la partie inférieure des fjords.
Tous ont eu leurs parois dressées par le frottement des glaciers qui les occupaient encore il y a quelques milliers d'années, et par lesquels ont été arrondies et 7WOM/onn<^(?s toutes les saillies rocheuses en dehors de quelques cimes culminantes, demeurées abruptes parce que la glace en respectait le sommet. Ces mêmes glaciers ont couvert la plus grande partie des Highlands d'accumulations morainiques, dont beaucoup servent de digues à de petits étangs ou tarns, à l'eau brune, bien distincts des grands lochs d'origine tectonique. Autour de ces marais tourbeux s'étendent d'infertiles bruyères, et les bois sont d'une excessive rareté.
A travers les surfaces morainiques de teinte grise, on voit parfois courir, reconnaissables à la couleur verte de l'herbe qui les couvre, les traînées de graviers connues sous le nom de kames^ et dont l'origine a été antérieurement expliquée*. En outre, les traces de l'abaissement progressif du niveau des lacs, pendant la retraite des glaces, se révèlent par des terrasses étagées de cailloux, comme les parallel roads du Glen Roy, dont la position est en relation manifeste avec l'altitude des cols immédiatement voisins.
Le relief de la contrée, résultat d'influences multiples, dont quelques-unes très anciennes (la fente du Grand Glen, le long de laquelle le sol tremble encore quelquefois, était déjà dessinée à
l. Voir plus haut, p. 231.
Tépoque dévonienne), offre toutes sortes de combinaisons, où se traduisent à la fois les accidents tectoniques, les différences de dureté, les accumulations volcaniques ou morainiques, enfin l'érosion glaciaire. Telle montagne élevée, comme le Ben Lawers (1214 mètres), est en réalité le fond, respecté à cause de la résistance de la roche, d'un ancien pli concave, tandis qu'à côté un pli anticlinal démantelé a fait place à une vallée K Enfin les laves relativement récentes, par exemple les obélisques de basalte de File de Skye, impriment à certains points de la côte occidentale une physionomie tout à fait indépendante de la nature du substratum archéen.
Un fait très important est la constance du sens des cours d'eau, qui, sauf dans les Southern uplands, s'écoulent vers la mer du Nord. On devine que le drainage de la région s'est toujours fait de ce côté, et cette disposition n'a pu être qu'accentuée par le mouvement qui relevait la côte occidentale, comme contre-partie de l'écroulement atlantique.
Golfe de CaltlmesB. Différences des côtes écossaises. — Les Highlands proprement dits, sauf leur pointe nord-est, sont constitués, ainsi que les Grampians, qui en forment partie intégrante, par un mélange de schistes cristallins archéens et de terrains primaires très métamorphiques. Mais le promontoire de Caithness, où le sol s'abaisse sensiblement, est formé de vieux grès rouge * dévonien, qui est venu autrefois s'appuyer, comme un dépôt de rivage, contre le pied de la chaîne calédonienne ; et cette même formation, accompagnée de nouveau grès rouge triasique, garnit les bords delà grande échancrure où se logent les firlhs de Dornoch et de Moray.
Ainsi l'angle rentrant si curieux que forme la côte écossaise, entre les caps Dunscansbay et Kinnaird, n'est pas un accident récent ou fortuit. Il était préparé dès les plus anciennes périodes géologiques. C'était un golfe par où les lagunes de la mer dévonienne et celles du trias pénétraient dans l'intérieur du massif archéen. Ce golfe n'est d'ailleurs que l'origine du grand Glen d'Inverness; et la preuve qu'il y a toujours eu là une ligne faible du sol écossais est fournie par la présence, sur la côte de Sutherland, de lambeaux déposés par la mer jurassique. Des témoins semblables subsistent autour de l'île de Skye, trahissant un ancien détroit. Ainsi le morcellement des Highlands aurait emprunté de très vieilles lignes de moindre résistance du massif.
1. Geikie, Scenery, p. 135, iîg. 26. — 2. Old red sandslone des Anglais.
CÔTES ÉCOSSAISES. LOWLANDS 345
La différence qui vient d'être signalée, entre les rivages occidentaux de la pointe écossaise et ceux qui regardent vers Torient, pourrait suffire à expliquer pourquoi les derniers sont infiniment moins découpés et moins riches en fjords que les premiers ; car il est évident que la dislocation et Térosion n*ont pas pu agir dans la même mesure sur les schistes cristallins des bords du Minch et sur les conglomérats du grès rouge de Caithness et d*Elgin. A cette cause s'en ajoute une autre, peut-être encore plus décisive.
Nous avons dit que les Highlands pouvaient être considérés comme un ancien plateau qui, lors de Teffondrement atlantique, avait dû basculer en se relevant à Touest. C'est donc le bord occidental, formant falaise, qui a subi le principal effort de cassure et s'est accidenté ensuite des vallées les plus profondes. En outre les glaciers qui, s'ils n'ont pas créé les fjords, ont tant contribué par l'occupation de ces sillons à la conservation de leurs caractères topographiques, ont persisté plus longtemps à l'ouest qu'à l'est; d'abord à cause de l'altitude plus forte, ensuite parce que l'alimentation en neige devait être plus abondante là où se dressait le plus haut obstacle en face des vents d'ouest. Enfin, après le relèvement des rivages occidentaux, il est survenu un mouvement en sens contraire, qui a permis à la mer d'envahir l'extrémité des vallées avant que celles-ci eussent été façonnées par l'érosion subaérienne. Toutes les conditions étaient donc réunies pour accentuer la profonde différence de contours qui existe entre les rivages atlantiques Ae l'Ecosse et ceux que baigne la mer du Nord; différence qui, pources mêmes causes, ne se borne pas à la pointe des Highlands et se poursuit tout le long de l'Ecosse.
Lo-wlands. Hautes terres du sud. — D'Aberdeen à Greenock, la géologie révèle l'existence d'une dislocation qui traverse toute l'Ecosse, et peut même se suivre au delà, dans l'île d'Arran. C'est là que se fait le passage des hautes aux basses terres ou lowlands. Le long de cette cassure, un ruban de terrain carboniférien commence, qui s'étend jusqu'à Glasgow, entre les Grampians d'un côté, les montagnes méridionales de l'autre. Non seulement ce bassin atteste une dépression d'âge primaire, où les dépôts dévoniens et carbonifériens étaient venus tour à tour se loger; mais la faible résistance des sédiments qui remplissent la dépression, contrastant avec la dureté habituelle des massifs du nord et du sud, y a facilité l'œuvre de la dénudation. Celle-ci eût été plus complète ^'ncore si diverses masses éruptives, injectées à travers les assises sédimentaires vers la fin des temps primaires, n'avaient mieux
résisté à Térosion que les couches encaissantes ; de sorte que les débris de ces injections volcaniques demeurent aujourd'hui en saillie, formant les collines de Pentland et, en particulier, la célèbre éminence de VArthu7^'s seat, qui domine Edimbourg.
Les Hautes terres du sudy entre le mont Merrick et les collines de Lammermuir, sont une répétition affaiblie des Grampians. De nombreux plis y disloquent les terrains primaires. Ces plis, de date très ancienne, appartenant sans doute aux racines de la vieille chaîne calédonienne rabotée, sont sans influence sensible sur le relief actuel, déterminé surtout par la dureté des roches et Taction combinée des eaux et des glaciers. Plusieurs rivières coulent du nordouest au sud-est, en traversant tout le pays, parallèlement à une direction marquée par quelques épanchements basiques d'âge tertiaire. En plus d un point, d'ailleurs, le terrain des montagnes disparaît entièrement sous les bruyères et les herbes qui garnissent le manteau glaciaire répandu sur le pays.
Hébrides, Orcades, Shetland — C'est dans les Hébrides que le terrain archéen de l'Ecosse, autrefois bien plus étendu vers le nord-ouest, s'est le mieux conservé. Là s'observe le gneiss dit fondamental, sur lequel le grès précambrien de Torridon est venu s'appliquer de l'autre côté du détroit de Minch. Ces îles ont des rivages découpés mais avec quelques alignements dominants. Leur intérieur est plat, et porte des lacs ou des marécages. Leur aspect, très analogue à celui des îles Lofoten, est essentiellement Scandinave. C'est le bord, relevé vers l'ouest, d'une bande en partie effondrée au-devant de la côte des Highlands. La profondeur très irrégulière du Minch, où se trouve une fosse de 278 mètres, justifie cette hypothèse. Là encore, il y a influence combinée des dislocations et de l'érosion marine, cette dernière agissant sur une terre déjà démembrée.
Les Orcades sont les restes très déchiquetés d'un massif de vieux grès rouge qui se reliait autrefois à celui de Caithness, s'appuyant au nord-ouest contre un noyau archéen aujourd'hui disparu. Comme toutes les terres écossaises, les Orcades sont plus hautes à l'ouest qu'à l'est et se montrent accidentées de menus lacs glaciaires. Déchirées par une foule de petits fjords et de sounds, ne laissant voir absolument aucun dessin dans leurs contours, elles mettent surtout en évidence l'action des vagues, qui découpe le grès rouge en falaises, et parfois en aiguilles caractéristiques*, où s'accusent