‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 188 sur 364 · RÉSEAU HYDROGRAPHIQUE ANGLAIS · texte numérisé non relu

RÉSEAU HYDROGRAPHIQUE ANGLAIS

et indécise, ne donnant lieu qu'à des lagunes saumâlres; mais elle est devenue franche après le trias, et depuis lors le régime marin a persisté, sans jamais perdre d'ailleurs le caractère sublittoral, jusqu'à la fin des temps jurassiques. Alors la contrée a traversé une nouvelle phase d'émersion. La mer n'y subsistait plus qu'au nord, sur un coin du comté d'York. Un fleuve important, né dans les montagnes de l'ouest, et suivant à peu près la direction de là Tamise, venait jeter dans la mer septentrionale, entre le Sussex et le Kent, des sédiments d'estuaire ainsi que des débris de grands reptiles terrestres.

Avec l'inauguration de la série crétacée supérieure, une nouvelle transgression marine s'est manifestée, et la mer de la craie a réussi à s'avancer, au nord, jusque vers Scarborough, au sud-ouest jusque tout près du dôme granitique de Dartmoor. Après la craie a commencé un mouvement de régression qui a localisé les dépôts tertiaires, plutôt saumâtres que marins, dans deux sillons, le premier vers l'embouchure de la Tamise, le second dans le bassin du Hampshire. Puis, tandis que la mer oligocène envahissait plusieurs régions de l'Europe, elle respectait l'Angleterre, où depuis lors il n'y a guère eu qu'une tentative de submersion très partielle, se traduisant par l'adjonction d'un mince ruban pliocène au littoral du Norfolk et du Suflblk, ainsi que par quelques retours marins sur le bord de la Manche.

Développement du réseau hydrographique. — Les rivières qui avaient dû s'établir pendant le cycle post-primaire ont donc vu leur cours inférieur envahi par la mer lors de l'époque jurassique, après laquelle elles se sont allongées de nouveau dans la même direction, pour subir encore un raccourcissement avec les temps crétacés, puis un nouvel allongement quand la mer s'est retirée. Dans chaque période d'extension des lits, des affluents subséquents^ se sont développés, perpendiculairement au tronc principal, en suivant les affleurements des assises peu résistantes, c'est-à-dire, en général, du nord au sud; et l'activité de ces, affluents, variable selon les vicissitudes du tronc qui les recevait, a entraîné tous les phénomènes de capture habituels en pareil cas.

Ainsi l'Humber, qui d'abord venait de l'ouest, en suivant le cours actuel de l'Ouse, a vu s'établir, sur l'affleurement des argiles liasiques qu'il traversait, deux tributaires subséquents, l'un, le Derwent, qui a réussi à pousser sa tête au nord presque jusqu'au

\, Voir plus haut, p. 116.

DE LAPPARENT. — Lcçons do géogr. phys. 2* édit. 23

rivage actuel, près de Whitby; Vautre, le Trent, d'autant plus important qu'il a su capturer la tête d'un tronc plus méridional, lequel, dans l'origine, débouchait au Wash par la Witham. De là l'importance prise, mais aujourd'hui localisée sur un petit parcours, par l'émissaire définitif.

De cette façon, bien que le drainage de la contrée ait toujours été déterminé par un appel venant de l'est, les cours d'eau coulant de l'ouest à Test, souvent gênés par le recul de leurs embouchures, sont aujourd'hui dépassés en importance par ceux qui coulent suivant l'affleurement des bandes successives. La seule exception notable est formée par la Tamise, et cela parce que la rivière a son cours défini par le fond d'un pli concave très net, dans lequel était venu se loger le bassin tertiaire de Londres. Encore le vrai cours de la Tamise doit-il être cherché, en amont de Reading, dans son tributaire la Kennet. De Reading à Oxford, le fleuve a emprunté un affluent conséquent, et au delà de la dernière de ces villes, il compose son cours supérieur avec la tète d'un ancien cours d'eau ouest-est, aujourd'hui brisé en plusieurs tronçons isolés'.

C'est par l'escarpement des calcaires oolithiques, qui se poursuit vers le nord-nord-est, en faisant face à l'ouest, que le bassin de la Severn est séparé de celui de la Tamise. Or cet escarpement, sous Tefiort de l'érosion, n'a cessé de reculer vers l'est, ce qui a constamment accru le domaine du fleuve aboutissant au canal de Bristol. De la sorte, la Tamise a perdu autant de terrain du côté de sa source qu'elle en perdait dans la direction opposée par l'érosion marine, qui élargissait sans cesse son estuaire', et TAvon, poussant ses affluents vers l'escarpement en voie de recul, a dû capturer ainsi l'ancienne tête de la Kennet.

Une mention particulière est due au Wash, cette Néerlande anglaise, où les tourbières (fens) occupent 3000 kilomètres carrés. C'est un ancien estuaire marin, où plusieurs cours d'eau, Ouse, Nen, Welland, Witham, aux embouchures sans cesse changeantes, viennent converger.

Influence des accumulationB glaciaires. — Les accumulations morainiqucs ont beaucoup contribué aux changements survenus dans le cours des rivières du nord de l'Angleterre. C'est une barrière glaciaire qui a dû empêcher le Derwent supérieur de se jeter dans Filey-Bay, en Tobligeant à franchir les collines de Howard

Page 1