RIVIÈRES ET CÔTES IRLANDAISES
rirlande présente, au premier abord, d'assez grandes singularités. Ainsi on peut se demander comment il se fait que le Shannon, la principale rivière dlrlande, au lieu de se jeter à Touest, par un pays entièrement plat, dans la baie de Galway, s'engage au sud dans un massif montagneux, à l'entrée duquel il lui faut stationner en un lac allongé et sinueux, le Lough Derg, avant de trouver une issue vers le long estuaire de Limerick. De même on s'étonne de voir la rivière Barrow prendre sa source dans la dépression centrale, pour se frayer ensuite un chemin difficile vers le sud à travers les montagnes de Leinster. Tout cela tient, sans doute, à ce que le réseau hydrographique était dessiné à une époque où la bande carboniférienne, plus haute ou moins encaissée, offrait une surface suffisamment inclinée pour déterminer le sens de l'écoulement vers le sud *.
Au nombre des particularités hydrographiques de l'Irlande, il convient de mentionner les rivières souterraines qui circulent à travers la bande de calcaire carbonifère appliquée contre le massif ancien du nord de la région. Grâce à l'abondance des eaux pluviales dans ce pays, les- phénomènes d'érosion, de corrosion et d'effondrement, dûs à la circulation souterraine des eaux, revêtent une intensité particulière, comme on peut s'en convaincre aux environs d'Enniskillen, à Marble Arch et à Arch Cave *.
Les côtes irlandaises. — Le contraste est profond entre la côte occidentale d'Irlande et celle qui fait face à la Grande-Bretagne. La seconde est aussi droite que la première est découpée. Encore faut-il distinguer entre les larges échancrures, qui marquent la rencontre par l'Atlantique de la bande centrale, depuis le Shannon jusqu'à la baie de Galway, et les multiples découpures, aux flancs escarpés et aux éléments bien alignés, que présentent, soit les rivages de Donegal, de Mayo et de Connemara, au nord-ouest, soit ceux de Kerry et de Cork au sud -ouest. On devine que la côte occidentale d'Irlande, plus haute en moyenne que celle de l'est, a subi, comme le littoral écossais, l'influence des dislocations atlantiques. Là aussi, il s'agit d'un territoire qui a fait la bascule en s'inclinant à Test, de sorte que son bord extérieur, relevé, puis de nouveau partiellement abaissé, a été, lors de sa plus grande émersion, découpé, conformément à la dureté relative des roches, en vallées dont la dernière submersion a entraîné l'envahissenient par la mer.
1. Beele Jukes, Quarlerly Journal Geol. Soc, 1862, p. 378. — 2. Martel, Irlande^ Paris, 1897.
Du reste, la côte de Donegal est, par son allure comme par sa constitution géologique, la continuation directe du rivage des Highlands d'Ecosse, et le pays est traversé par des glens, ou coupures rectilignes aussi bien caractérisées que celles de la péninsule calédonienne. Des traits analogues, sous la forme d'une série de fjords parallèles, se retrouvent sur la pointe sud-ouest de l'île, notamment à Yalentia. Mais là il s'agit d'une succession de plis très réguliers, où les anticlinaux sont formés de vieux grès rouge, tandis que le calcaire carbonifère remplit les synclinaux submergés. Là aussi, comme dans le Pays de Galles, l'érosion atmosphérique a eu le temps d'atrophier en partie les structures primitives, sous l'influence du climat exceptionnellement humide qui entretient la végétation de la « verte Erin » .
Deux particularités distinguent la côte orientale de l'Ulster : d'abord la saillie (852 mètres) que forme le massif des Monts Mourne, constitué par un granité qui paraît être assez récent; ensuite l'aspect exceptionnel des falaises d'Antrim, où de puissantes nappes de basalte ont recouvert un lambeau de craie, complètement isolé de tout autre affleurement de même âge. C'est ce basalte qui, sur le rivage du nord, engendre, par l'affleurement de ses colonnes prismatiques, la célèbre Chaussée des Géants.
C'est aussi à une série de roches éruptives, mais plus anciennes, que les montagnes de Wicklow doivent leur relief. Le granité y perce du silurien et des schistes métamorphiques.
Circonstances de Tisolement de l'Irlande. — Au point de vue de la constitution géologique comme à celui de la topographie, l'Irlande semble être la continuation vers le sud-est du massif écossais. Le comté de Donegal prolongerait directement lés Highlands; la plaine centrale irlandaise ferait suite à la dépression des lowlands. EnOn la bande méridionale de Munster et de Leinster reproduirait divers caractères des southern uplands. La continuité originelle de ces divers districts primaires ne peut faire aucun doute*.
A quel moment la jonction a-t-elle été rompue? Ce doit être à une époque tardive; car, en dehors du lambeau de craie d'Antrim, aucun vestige des mers crétacées et tertiaires ne se montre, ni sur les côtes d'Irlande, ni sur les rivages occidentaux de la Grande-Bretagne. De plus, la mer qui sépare les deux îles n'a
!. Il faut noter cependant que, d'après de récents travaux, la continuation des lowlands pourrait être cherchée dans la partie du littoral irlandais comprise entre Belfast et le Lough Foyle.