RÉPARTITION DES ANIMAUX DES ILES BRITANNIQUES
nulle part plus de 170 mètres de profondeur (110 même entre l'Irlande et FÉcosse), et toutes deux reposent sur un large socle sous-marin, embrassant les Hébrides, les Shetland, la Manche et la mer du Nord, sans que jamais, sauf une ou deux fosses exceptionnelles et très limitées, la sonde y accuse 280 mètres d'eau.
11 semble donc légitime de penser que, non seulement le morcellement du territoire britannique, mais son isolement d'avec le continent, doivent avoir été occasionnés par un ensemble de dislocations, de mouvements généraux du sol, et d'érosions marines, dont l'action se serait fait sentir après les temps tertiaires.
Cette conclusion reçoit une grande force de la répartition actuelle des animaux terrestres dans ces parages.
Conditions déduites de la répartition des animaux. — On doit à M. Wallace* cette observation que, l'Allemagne possédant 90 espèces de mammifères, la Grande-Bretagne n'en compte que 40 et rirlande seulement 22. De même, le nombre des reptiles et des amphibies, qui est de 22 en Belgique, s'abaisse à 13 dans la Grande-Bretagne et à 4 en Irlande. Ainsi la migration s'est certainement faite de l'est à l'ouest, rencontrant de plus en plus d'obstacles à mesure qu'on s'avance dans cette direction. Mais elle était encore facile au début deô temps pleistocènes, puisque le mammouth a laissé ses débris en Irlande.
D'ailleurs, la preuve qu'à la fin de l'ère tertiaire cette île devait être rattachée à l'Angleterre, c'est que les poissons actuels des lacs irlandais se retrouvent dans la faune lacustre du Cumberland, du Westmoreland et du Lancashire*. Cette similitude implique une communauté d'origine, qui doit être cherchée dans un lac d'eau douce ayant occupé la place de la mer d'Irlande. Or, ainsi que l'a remarqué M. Jukes Browne', un exhaussement de moins de 93 mètres ferait naître un isthme entre l'Irlande et le pays de Galles, et au nord de cet isthme subsisterait un lac allongé, dont un bras septentrional s'étendrait entre les terres écossaises de Cantyre et de Jura, tandis qu'un autre isthme relierait directement le Donegal avec la partie haute des Highlands.
Telle devait être la condition du pays au début de l'ère quaternaire. Lors de la dernière des invasions glaciaires, il est probable que l'Irlande, presque entièrement couverte par les glaces, était inabordable. Cela expliquerait suffisamment pourquoi ni le lion, ni Tours des cavernes, ni l'hyène tachetée, ni les animaux
1. Island liffi, p. 319.— 2. ScharlT, Proceedings of Ihe royal iiHsh Academy, .1. 111, h* 3. — .3. The building of the british isles, 2« édil., p. 396.
des toundras, alors répandus en Angleterre, n'ont laissé leurs débris dans l'île sœur. Pour la même raison, les restes de ces animaux sont absents de l'Ecosse.
La dernière extension glaciaire s'étant partout terminée par une submersion, localisée du reste dans les pays que la glace avait couverts, l'ancien lac de la mer d'Irlande a pu devenir un golfe marin, tout en restant barré au nord par un isthme calédonien, que laisserait apparaître aujourd'hui un soulèvement de 74 mètres d'amplitude. Cet isthme aurait suffi pour permettre le peuplement de l'Irlande par les mammifères d'Ecosse (car tous, sauf Fours gris, sont communs aux deux pays). En revanche les mollusques terrestres avaient été plus lents à se propager. Aussi, tandis que certaines espèces du genre Hélix avaient pu passer du continent par l'Angleterre en Irlande, d'autres n'ont pas réussi à arriver jusque-là*, le canal de Saint-Georges étant déjà ouvert lors de leur apparition dans le sud-est de l'Angleterre, et l'accès de l'isthme du nord étant trop difficile pour elles. D'autre part la rupture de cet isthme est évidemment postérieure à l'occupation par l'homme du sol britannique ; et si l'on admet que l'érosion marine seule en ait fait disparaître une vingtaine de mètres, cela réduit à bien peu de chose le changement de niveau qui aurait suffi pour en déterminer la submersion.