FJORDS. VALLEES ORIENTALES
le voisinage, et qui déterminent les plus hautes cimes du pays, telles que TYmesfjeld (2600 mètres).
La bande primaire, où affleurent le précambrien et Je silurien, offre une largeur moyenne de 150 à 200 kilomètres, diminuant vers le nord, et comprend justement toute la partie du versant oriental où la topographie se maintient assez accidentée. A Test apparaît l'archéen des bords du golfe de Bothnie, d'allure beaucoup plus uniforme, avec ses nombreux fleuves parallèles, tous conformes à rinclinaisbn moyenne du massif.
Les couches de la bande primaire sont généralement peu inclinées. Mais on y aperçoit par places, sur les hauts plateaux, des lambeaux très disloqués. Tout porte donc à croire que le bord oriental de la bande primaire marque la place d'une ancienne chaîne, prolongement de la chaîne calédonienne, que l'érosion aurait rabotée jusqu'à son socle, n'en laissant subsister que d'insijrnifiants lambeaux*. De la sorte, les parties culminantes du sol Scandinave se seraient trouvées, dans l'origine, à l'est de la ligne (le faîte actuelle.
fljords. Vallées du versant oriental. — Les détails que nous avons donnés antérieurement, à propos des fjords', nous dispensent d'insister à nouveau sur cette remarquable particularité de la côte norvégienne, qui procure un développement total de plus de 27 000 kilomètres à un rivage où, en ligne droite, on n'en mesure que 4 500. Rappelons seulement que ce sont des vallées sinueuses et profondes, au fond inégal, en relation évidente avec les dislocations de la côte, et trop fraîchement abandonnées par les glaciers pour que la raideur des parois ait eu le temps de s'adoucir partout ailleurs que dans le sud, où règne un climat plus favorable. Le î?rand nombre des cascades et des lacs étages sur leurs bords atteste la jeunesse relative du réseau hydrographique. C'est du reste un fait général pour toute la péninsule que cet état inachevé des vallées d'érosion. On est là, par excellence, dans le pays des rapides et des cascades. Les chutes offrent jusqu'à 100 mètres et plus de hauteur, et au lieu d'être confinées dans le cours supérieur (les rivières, elles se produisent parfois dès le débouché à la mer.
Pour être de quatre à cinq fois moins raide que le versant atlantique, la pente orientale du Kjôlen n'en est pas moins sillonnée
1. Celle conception, que nous devons à une indication de M. Suess, s'appuyant sur Touvrage de M. Tôrnebohm (Acad. des se. de Stockholm, 1876), ne peut ôtre présentée qu'avec une grande réserve, nécessitée par l'imperfection actuelle de nos connaissances sur la géologie de la Scandinavie. — 2. Voir plus haut, pp. 134, 273.
par un grand nombre de vallées, toutes parallèles entre elles, et contenant, dans leur partie haute, de nombreux lacs allongés. Tous sont assez fortement encaissés pour qu'on ne puisse hésiter à y reconnaître une structure semblable à celle des fjords, mais atténuée par les progrès de Térosion, les glaces ayant quitté ce versant plus tôt que l'autre.
En revanche, la plaine où débouchent toutes ces vallées orientales a été encombrée de dépôts morainiques, d'âge encore trop récent pour que la surface en soit entièrement régularisée. De là le grand nombre des petits lacs sans écoulement et l'indécision des lignes de partage secondaires, qui fait naître quelquefois des bifurcations de cours d'eau. Ce phénomène est surtout fréquent dans le nord, où l'on voit s'enchevêtrer littéralement ensemble les rivières Tornea, Kalix, Lainio etMuonio.
Traces de raction glaciaire. — L'action glaciaire est fortement empreinte sur la Scandinavie entière. Aujourd'hui encore, toutes les parties plates, voisines de la ligne de faîte, portent des champs de névés, dont quelques-uns, comme le Justedal, couvrent jusqu'à 900 kilomètres carrés. Mais, à la différence des névés alpins, enfermés dans de véritables cirques qui les dirigent vers un petit nombre d'émissaires, les neiges Scandinaves sont de simples amoncellements sur des portions élevées et plates de l'ancienne pénéplaine, d'où elles s'échappent en divergeant. Aussi, la plupart du temps, les glaciers qui en résultent, faute de concentration, sontils de dimensions relativement restreintes. Par exemple, il n'y a pas de glaciers, émanés du Justedal, qui atteignent la septième partie du glacier d'Aletsch en Suisse.
Il en était autrement à l'époque pleistocène. A deux reprises au moins, la Scandinavie s'est trouvée enfouie sous les glaces. Lors de la dernière extension, la moins considérable, il paraît, selon M. de Geer, que la plus grande accumulation de glaces avait lieu le long d'une ligne située un peu à l'est du faîte actuel, et cette fois une seule partie du territoire, la Suède méridionale, échappait en entier à l'invasion. Pesant de tout son poids sur le pays, sans égard aux vallées déjà dessinées par-dessous, la glace rabotait toutes les aspérités, de sorte que le paysage glaciaire des roches moutonnées et striées, avec blocs erratiques disséminés, prévaut dans toute la contrée. Seulement, dans la partie montagneuse, ce paysage offre surtout les caractères de la zone centrale, tandis que ceux de la zone périphérique ou morainique dominent en Suède, près du golfe de Bothnie et de la Baltique, se trahissant par la