LACS, TERRASSES, LIGNES DE RIVAGE
multitude des lacs aux contours capricieux. De longues traînées de Raviers ou œsar * y marquent la place des anciens fleuves jçlaciaires.
Tous les lacs de la Suède méridionale ne sont pas exclusivement d'origine glaciaire, et nous verrons dans un instant que les plus importants, Venern et Mâlaren, sont les débris d*un ancien détroit marin. Mais ce détroit lui-même était préparé par la tectonique de la contrée. Il en est de même pour le lac Wettern*. Parmi les autres lacs, beaucoup sont essentiellement des cavités morainiques, barrées par des accumulations glaciaires. Mais il en est où la cuvette est le résultat de l'érosion, la glace ayant balayé, sur son passage, des formations peu résistantes qui s'étaient maintenues dans les dépressions de Tarchéen. Plus d'un lambeau de calcaire silurien de la Suède méridionale a été ainsi enlevé, dont les débris se retrouvent aujourd'hui disséminés dans le terrain erratique de l'Allemagne du Nord.
Terrasses, lignes de rivage. — Le développement du paysage morainique n'est pas la seule trace visible qu'ait laissée en Scan* dinavie le passage des grands glaciers. Ce passage a été accompagné de mouvements généraux du sol, provoquant des alternatives de submersion et d'émersion, pendant lesquelles les eaux, marines ou lacustres, ont dû stationner assez longtemps à de certains niveaux. Le stationnement, en obligeant les eaux affluentes à se décharger sur ces horizons des troubles qu'elles charriaient, a fait naître des terrasses de cailloux, de graviers, parfois de sables de plage, dont l'abondance est un des traits caractéristiques de la Norvège. D'autres terrasses résultent seulement de ce que la glace, en voie de retraite, barrant le cours supérieur de quelque vallée, la transformait en un lac, sur le bord duquel les torrents voisins jetaient leur charge de cailloux à un niveau assez longtemps stationnaire, puis décroissant par étapes.
Les alternatives de submersion et d'émersion sont attestées par d'anciennes lignes de rivage, avec coquilles marines arctiques rejetées par le flot. Quelques-uns de ces dépôts s'observent, dessinant de vraies banquettes, jusqu'à 180 mètres d'altitude. Un tel phénomène jette une vive lumière sur l'allure présente des fjords ; car il atteste que ces incisions, préparées par dislocation et achevées par l'érosion, à la fin des temps tertiaires, puis occupées par les glaciers, ont été envahies par la mer, jusqu'à la hauteur
1. Voir plus haut, p. 231. — 2. Nathorst, Sveriges Geologi, pp. 75-77.
indiquée par les restes de plages, au moment où les glaces allaient rentrer dans leurs limites actuelles. Ensuite le sol s'est relevé, mais pas assez pour ramener à leur niveau primitif les embouchures des vallées, dont la partie inférieure, disloquée du reste par les suites de Teffondrement atlantique, est encore enfouie sous les eaux marines.
Conditions actuelles de la Baltique. — Si Ton doutait du rôle que les dislocations et les mouvements du sol ont joué dans le façonnement de la région Scandinave, il suffirait, pour s'en convaincre, de jeter un coup d'œil sur une carte bathy métrique de la Baltique (fig. 129).
Rien n'est moins homogène que cette mer. Elle est formée par une réunion de dépressions indépendantes, les unes en forme de cuvettes, les autres allongées comme des rigoles, avec deux ombilics, l'un, au nord de l'île de Gothland, où la sonde descend à 427 mètres, l'autre à Test de la même île, avec 249 mètres de profondeur. De plus, juste à l'endroit où les bas-fonds qui entourent l'île d'Aland semblent jeter comme un pont entre la Suède et la Finlande, il existe, entre Aland et la côte suédoise, une petite fosse de 200 à 250 mètres de profondeur.
En considérant que le lac Ladoga a son fond à 370 mètres, et que, en dehors de la fosse voisine de Stockholm, il n'existe de profondeurs supérieures à 300 mètres qu'à la sortie des détroits, dans le Skager-Rak, on sera forcé de conclure que l'érosion subaérienno n'est pour rien dans cette structure, commune à la Scandinavie et à la Finlande, et qui d'ailleurs ne descend pas au-dessous du 57* parallèle.
En effet, le Sund, le Grand Belt, le Petit Belt et le Cattégat n'offrent que des profondeurs insignifiantes, rarement supérieures à 30 mètres; et, de plus, l'allure des courbes bathymétriques y est tout autre. Ces courbes figurent des rigoles sinueuses, en tout comparables à des parcours fluviaux, comme si la région des îles danoises avait été, à une certaine époque, le lieu d'écoulement des émissaires d'une nappe d'eau située en amont.
Dernières vicissitudes de la Baltique. — C'est ce que confirme l'étude des dépôts littoraux à l'aide desquels on a pu établir l'intéressante histoire des dernières vicissitudes de la mer Baltique *. Immédiatement après la dernière des invasions glaciaires, un bras de mer, où vivait le mollusque boréal Yoldia arctica, s'éten-
1. Voir le résumé des travaux des géologues Scandinaves, notamment MM. de Geer et Munthe, dans Credner, Hettner's geographische Zeilschrift, 1895.