MER BALTIQUE
dait à travers la Suède, du Skager-Rak à la Baltique, noyant, avec ce qui forme aujourd'hui les lacs Venern, Yelmaren et Mâlaren, une
Fipr. 129. — Carto de la Baltique.
A, Aland; G, Gothland ; B, Bornholm; H, ROfren; D, Darsscr Ort; L, Laaland;
F, Falstcr ; M, Moon ; Fi, Fionie ; S, Sccland.
bonne partie du littoral jusqu'au fond du golfe de Bothnie. Grâce
DE LAPPARENT. — LoçoDS do géogr. phys. 2« édit.
à cette. communication, la Baltique septentrionale était alors assez salée pour nourrir des huîtres. Elles ont cessé d'y vivre depuis que, la jonction avec Tocéan ne s'opérant plus que par les détroits danois, cette mer a reçu constamment un excès d'eau douce par les fleuves. Mais, entre temps, un certain nombre de poissons et de crustacés d'eau salée froide, même de phoques, avaient réussi à s'acclimater dans les lacs suédois et norvégiens, où ils témoignent de leur ancienne condition marine. Le caractère spécial de ces animaux a quelquefois fait supposer qu'un détroit septentrional faisait alors communiquer la Baltique, par la Finlande, avec la mer Glaciale; mais cela ne paraît pas indispensable, vu les conditions arctiques qui régnaient alors dans la mer du Nord.
Postérieurement à cet état de choses, un soulèvement a fait émerger la contrée, et pendant quelque temps la Baltique, complètement isolée, est devenue un lac d'eau douce, sur les bords duquel vivaient le mollusque Ancylus fluviatiUs et des limnées, comme le prouvent de nombreux restes recueillis dans des argiles entre 40 et 45 mètres d'altitude. Ce lac se vidait dans la mer du Nord par les détroits danois. Plus tard, un affaissement est survenu, qui a fait revenir l'eau salée et permis l'apparition de plusieurs espèces de LiUorina jusqu'au fond du golfe de Bothnie. Enfin un dernier relèvement des détroits, en rendant plus difficile l'accès des eaux marines, a amené la Baltique à sa condition actuelle, qui ne comporte plus que 1 0/0 de sel à l'est de Bornholm, contre 35 dans la mer du Nord.
A l'époque du lac à Ancylus, le golfe de Bothnie devait s'être plus fortement affaissé que la Baltique proprement dite; car les dépôts de cet âge s'observent à 100 mètres de hauteur près d'Hern()sand, tandis qu'ils ne se voient qu'à 25 mètres dans les parages de Gothland *. C'est après le relèvement du fond des détroits que la Baltique, recevant par les fleuves plus d'eau douce qu'elle n'en laissait évaporer, est arrivée à son régime actuel. On comprend sans peine l'effet qu'a dû produire, sur le réseau hydrographique, cette suite' de vicissitudes où, d'après la comparaison des niveaux, il est absolument nécessaire de faire intervenir des mouvements propres du sol, d'amplitude inégale suivant les régions.
Les mouvements généraux de l'écorce n'ont d'ailleurs pas pris fin dans la contrée. M. Siéger* a tracé, pour la Suède et la Finlande, d'après un ensemble d'observations soigneusement discutées,
i, Nathorst. Sveriges Géologie p. 269. — 2. Zeitschrifl der Gesellschaft fur Erdkunde, Berlin, 1893.
SCANIE. PLATE-POllME RUSSE 371
des lignes d'égal soulèvement séculaire du sol ou isobases. L'allure de ces lignes indique que le mouvement actuel, à peu près nul dans Taxe de la Baltique et celui du golfe de Finlande, augmente d'amplitude à la fois au nord, dans le fond du golfe de Bothnie, et dans la direction de l'arête du massif suédois méridional. A Stockholm on constaterait un soulèvement de 0 m. 47 par siècle.
Scanie. — En regardant une carte de Suède, on ne peut manquer* d'être frappé de l'éperon saillant que forme la pointe sudouest de ce pays, en face de Copenhague. Limité par des contours assez rectilignes, et presque exempt de lacs sur sa surface, cet éperon isole, sous le nom de Scanie, un territoire tout à fait spécial, où affleurent des terrains qui n'existent nulle part ailleurs en Scandinavie : c'est d'abord la craie, bien marquée à la pointe de Malmo; c'est ensuite la base du système jurassique, représentée par les grès et schistes à lîgnites de Hôr et d'Hôganœs.
La craie de Malmô se retrouve en face, dans l'île de Seeland, à Faxe, attestant que l'ouverture du Sund est due à la dislocation tardive d'un massif homogène; et de petits lambeaux de basalte, disséminés sur la lisière orientale de la Scanie, donnent à penser qu'il doit y avoir une certaine analogie entre l'histoire de ce cap crayeux et celle de la côte d'Antrim en Irlande. Naturellement la surface de la Scanie porte, comme le reste du pays, les marques de l'action glaciaire. L'île de Bornholm est une dépendance étroite de son bord oriental, de sorte que le granité y affleure au nord-est.
Caractères généraux de la contrée. — La Russie d'Europe constitue, dans le monde, une exception absolument unique. C'est peutêtre le seul territoire connu qui, sans avoir traversé de très longues phases d'émersion, se soit, depuis le début des temps siluriens, montré, sur toute son étendue, constamment réfractaire aux efforts de plissement comme à ceux de morcellement. Une plate-forme archéenne, qui affleure largement en Finlande, pour se retrouver à 200 mètres sous Saint-Pétersbourg, que le soulèvement de l'Oural ramène au jour, et que les vallées de l'Ukraine laissent voir sur leur fond, y supporte une série sédimentaire variée, mais exclusi-
vement composée de couches horizontales et exemptes de tout métamorphisme. Tantôt la mer s'est avancée en transgression sur cette plate-forme, tantôt elle s'en est retirée; cependant aucune de ces alternatives n'a dérangé sensiblement l'assiette des sédiments. D'ailleurs la totalité des temps tertiaires a passé sur la Russie (sauf dans le sud) sans interrompre le régime continental, ce qui a encore facilité Taplanissement de la contrée, et la grande moraine glaciaire, qui en a recouvert au moins les deux tiers, n'a' rien changé à cet état de choses.
Telles sont les causes du relief insignifiant de la Russie, qui n'en comporte pas moins un dessin hydrographique exempt d'indécision. Les cartes hypsométriques semblent mettre en évidence la prédominance de l'alignement au nord-ouest, accusée aussi bien par la direction des hauteurs (collines de la Finlande, hauteurs culminantes entre Saint-Pétersbourg et le Donetz), que par celle des cours d'eau (rivières de la Finlande, de la Livonie et de la Courlande, cours moyen de la Vistule et du Dniepr, cours supérieur du Don, partie inférieure de la Volga).
Cet alignement, à peu près parallèle à celui des Sudètes et des Carpathes de Transylvanie, paraît caractériser aussi le bord sudoccidental de la plate-forme archéenne, qui reparait dans les vallées affluentes du Boug et du Dniepr, sans empiéter sur le bassin du Dniester. C'était sans doute une ligne de résistance, qui n'a pu manquer de se faire sentir lors des poussées orogéniques.
Conditions de pente. Rôle historique du massif. — Sur un territoire aussi plat, peu de chose a dû suffire pour déterminer le sens de l'écoulement des eaux dans la partie médiane. Peut-être les accumulations glaciaires ont-elles été le facteur dominant dans cette détermination.
Du reste, la notion de partage des eaux n'a pour ainsi dire pas de signification dans un pays où, d'une mer à l'autre, sur près de 26 degrés de latitude, on peut circuler sans rencontrer un seul point qui s'élève à 300 mètres au-dessus de la mer. La pente moyenne de la Volga, de la source à l'embouchure, n'atteint pas ioooo- Un des affluents de ce fleuve, la rivière Mologa, reçoit un tributaire dont la source n'est distante que de 140 kilomètres environ du lac Ladoga, avec lequel on Ta fait communiquer par un canal où l'altitude du seuil est inférieure à 180 mètres. Le même enchevêtrement a lieu, dans les marais de la Podlésie, pour les affluents du Dniepr et ceux de la Vistule.
C'était donc un pays particulièrement prédestiné à l'unité que