‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 199 sur 364 · PAYS DE LA TERRE NOIRE, STEPPES · texte numérisé non relu

PAYS DE LA TERRE NOIRE, STEPPES

Sur les limites du terrain glaciaire, notamment autour d'Alatyr, près de Simbirsk, on observe des sables analogues aux sables à bruyères de TAUemagne du Nord, dont il sera question plus loin. M. Pavlow les attribue aux alluvions apportées par la Soura, quand la glace lui barrait le chemin vers le nord*.

Régions de la terre noire et des steppes. Leur réseau hydrographique. — Il ne s'agit pas là d'une simple différence de climat. La vraie steppe, avec les marécages qui raccompagnent, occupe l'ancienne dépression qui, à la fin de l'époque tertiaire, était noyée sous une grande nappe d'eau d'abord saumâtre, puis tendant à se dessaler de plus en plus; de là l'infertilité du sol. Mais au nord, dans la partie émergée depuis le départ des mers de la craie et du tertiaire moyen, le rapide développement des herbes, sur un terrain meuble et bien pourvu des principes nécessaires, a amené, par la décomposition des couches successives de végétation, la formation de cette terre noire justement renommée pour sa fécondité. -

La disposition du réseau hydrographique de la Russie méridionale est très intéressante. Ce n'est qu'en arrivant au pays du tchernozoni que les cours d'eau prennent une direction bien définie. Jusque là, ils descendaient du nord avec une indécision assez évidente. Mais alors on les voit tous se diriger en ligne presque droite vers le sud-est. Cet alignement, qui est celui du Prout, du Dniester et du Boug, est adopté par le Dniepr entre Kiev et lékalérinoslaw, par le Donetz depuis Kharkov, par le Don entre Pavlovsk et les collines Erguéni.

En revanche, une fois entrés dans la bande des steppes, le Dniepr ainsi que le Don, grossi du Donetz, se coudent brusquement au sud-ouest. De plus, les nouveaux tronçons ainsi déviés se logent exactement dans un large sillon, bien dessiné par les bords de la mer d'Azov comme par le rivage nord-ouest de la Crimée et le bord occidental du golfe d'Odessa; enfin le prolongement de ce sillon coïncide précisément avec l'axe de la dépression que suit le Danube entre la Bulgarie et la Valachie.

Explication des particularités des cours d'eau. — Ces circonstances s'éclairent d'une vive lumière, quand on les rapproche de Thistoire géologique du pays. Le drainage de la Russie méridionale a dû se constituer à l'époque où les eaux russes s'écoulaient dans la mer dite Sarmatienne* qui, après le soulèvement alpin, couvrait

1. Geol. magazine, 1896, p. 50. — 2. Le nom de sai*matien a été donné par les géologues à Tun des derniers étages de la série miocène.

toute la bande des steppes, s'avançant jusque dans TAsie centrale (fig. 130).

Plus tard, quand la mer eut reculé, et que les steppes méridionales se furent asséchées*, le bourrelet montagneux, si nettement arqué, qui comprend les Carpathes, les Balkans, les hauteurs de la Crim'ée et le Caucase, eut à subir une nouvelle dislocation, car les dépôts de la mer Sarmatienne et môme ceux de Tépoque suivante ou pontienne s'y montrent par places fortement redressés. En avant des Balkans, et formant leur contre-partie, il existait, comme Ta fait remarquer en 1888 M. Androusow, une dépression

Fig. 130. ■

L'hydrographio Ue la Russie méridionale. I, I, rivages do la mer Sarmatienne; II, limite méridionale du terrain glaciaire.

continue, allant de la Bulgarie à la Caspienne. Dans la branche occidentale de ce sillon, le Danube, enfermé entre le Balkan et les Alpes de Transylvanie, s'écoulait vers la mer Caspienne, ou plus exactement vers la mer aralo-caspienne, dont le Pont- Euxin, encore séparé de la Méditerranée, formait à partir de Kertch un golfe occidental, relié à la nappe principale de lest par la dépression encore si manifeste du Manytch *. Bientôt survinrent des effondrements : savoir celui qui, faisant

1. A l'époque du pliocène supérieur, les fleuves de la Russie méridionale étaient dessinés et déposaient des alluvions, avec restes de grands mammifères terrestres; mais un bassin saumâtre persistait à Textrème sud, atteignant la Bessarabie méridionale et Odessa (Androusow, Soc. géogr, de Russie, XXIV). — 2. M. Suess, qui admet {Antlitz der Erde, I, p. 438) l'ancienne dépendance du Danube vis-à-vis de la Caspienne, rappelle que Filippi a depuis longtemps signalé l'analogie des poissons de cette mer avec ceux du grand fleuve européen. Nous ajouterons que les mêmes poissons ont pu exister dans le Pont-Euxin, d'où la tardive irruption de la Méditerranée plus salée les aurait chassés, comme elle a tué l'ancienne faune caspique du Pont (voir Androusow, Mém. de VAcad. imp, de Saint-Pétersbourg, 1893).

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écrouler la chaîne Caucasienne entre Bakou et le Kara-Bogaz, créa la Caspienne méridionale, avec ses grandes profondeurs; et un autre qui rompit la jonction des Balkans avec la Crimée, inclinant le terrain de telle sorte que le Danube aurait vu son cours brisé et la pente de sa partie russe renversée. A ce moment, le Dniepr et le Donetz, jusqu'alors affluents de cette partie, se jetèrent vivement au sud-ouest, à la faveur d'accidents tectoniques, dans Tancien sillon danubien, pour rejoindre la mer Noire, bientôt mise en communication avec la Méditerranée.

Lune des particularités les plus remarquables de l'hydrographie russe est la boucle étroite, de 100 kilomètres de long, que décrit la Volga à l'ouest de Samara, autour des montagnes des Jégouli. Cet accident coïncide avec une faille, qui ramène brusquement, aux Jégouli, le calcaire paléozoïque en travers des couches jurassiques.

Oural. — II nous resterait à dire un mot des montagnes auxquelles confine le territoire russe. Mais, laissant de côté le Caucase, qui est en réalité une chaîne asiatique, nous ne nous occuperons ici que de l'Oural.

L'Oural est une chaîne de montagnes d'un type peu ordinaire. Au premier abord, cette série de chaînons assez régulièrement parallèles, n'oflrant nulle part d'altitudes supérieures à 1700 mètres, rappelle assez bien le Jura. Mais les terrains secondaires ne prennent aucune part à la constitution des chaînons, où les plis paléozoïques se développent en diminuant d'amplitude du côté de la Russie, avec une régularité qui atteste que la montagne et la plate-forme russe font un tout continu*. D'autre part, la chute brusque qui se produit du côté de la Sibérie ne résulte pas d'une rapide plongée des terrains du versant occidental, s'enfonçant sur le revers oriental d'un anticlinal. Au contraire, le versant sibérien contraste absolument avec l'autre. Le fond du terrain y est extraordinairement disloqué, ce qui n'empêche pas sa surface d'être arasée, et on y constate une grande abondance de roches éruptives, de tufs datant de l'époque dévonienne et de filons métallifères.

Ainsi le versant oriental de l'Oural correspond à un changement complet de territoire. Sa crête marque le début d'une pénéplaine primaire, qui devait s'étendre au loin vers la Sibérie, à l'époque où la Russie était sous les eaux marines, et qu'une longue érosion a eu le temps de raboter. De la sorte, ce versant joue, relativement à la chaîne, un rôle qui n*est pas sans analogie avec celui du

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