MASSIF CENTRAL
Bassin de Paris ^ laquelle s ouvre : au nord-est, du côté de TAngleterre, où se trouve le prolongement direct du bord occidental de la cuvette ; au sud-ouest, par le détroit du Poitou, vers le golfe de TAquitaine; à Test, par le détroit de la Côte d'Or, vers le bassin méditerranéen; au nord-nord-est enfîn, entre TArloîs etTArdenne, par le détroit du Hainaut, qui emprunte assez exactement le sillon de rOise et de la Sambre.
Ces diverses ouvertures sont parfaitement marquées dans la topographie, et chacune d'elles correspond à Tune des voies naturelles de communication qui relient le centre du bassin aux régions de l'extérieur.
Au sud-ouest du Massif central s'étend la région, si bien limitée au sud par la chaîne des Pyrénées, et dont l'Aquitaine, entendue dans son acception la plus générale, embrasse la majeure partie. Le tout, par sa topographie comme par son histoire géologique, constitue une seule région naturelle, qu'on pourrait appeler la France sous-pyi^énéenne,
A l'est, entre le bord si rectiligne du Plateau Central, d'une part, et les bourrelets de la chaîne des Alpes et de son prolongement jurassien, d'autre part, se poursuit une grande dépression, occupée par le Rhône jusqu'à Lyon, et ensuite par la Saône. Le territoire de cette dépression, avec ses bords disloqués, forme une autre région naturelle, qui mérite le nom de sillon rhodanien, car elle est tout entière tributaire du Rhône. Mais on y peut rattacher aussi le revers sud-est de la Montagne Noire.
Nous passerons successivement en revue ces diverses unités, en coramençant par la partie septentrionale, c'est-à-dire le Bassin de Paris. Pour cela, nous définirons d'abord les massifs qui en déterminent la périphérie.
Massif central. Caractères généraux. — Le plus important est le massif central, qui occupe à lui seul un cinquième de la superficie de la France.
Pour bien apprécier le caractère de ce massif, il convient de l'aborder par le nord, par exemple du côté de Montluçon. On l'aperçoit de loin, fermant l'horizon par une ligne continue et régulière, qui semble être la crête horizontale d'une falaise, à une altitude voisine de 500 mètres. Quand on a gravi le versant, voyant s'ouvrir sous ses pieds les gorges du Cher et de la Tardes, si différentes de la vallée large et plate qu'on remontait depuis Saint-Amand, on se trouve sur un immense plateau, au sol peu fertile, où la vue s'étend sans limites vers le sud, en même temps
que le terrain se relève dans celte direction par une pente insensible. Cette surface n'est autre qu'une pénéplaine, au fond presque exclusivement archéen, avec quelques bandes carbonifériennes et de grandes traînées granitiques, racines profondes de la chaîne des montagnes primitives, aujourd'hui entièrement rabotée.
Nous avons antérieurement* dit de quelle façon la pénéplaine centrale était devenue un haut plateau, par suite d'un tardif mouvement de bascule, qui l'avait relevée au sud et à l'est en forçant les rivières à s'y encaisser. Pour constater l'effet de ce mouvement, il suffît de faire abstraction des massifs volcaniques qui, dans 1'^»vergne, se sont superposés au terrain archéen, et de déterminer l'allure topographique de la surface terminale de ce dernier, soit sur ses parties culminantes si elle est à découvert, soit partout où l'on observe son contact avec les formations éruptives de recouvrement. On s'assure alors que cette surface est peu différente d'un plan, et n'offre de protubérances que là où une roche plus dure, un granité, par exemple, a mieux résisté à l'érosion que le reste. De plus, cette surface monte toujours vers le sud-est, atteignant sa plus grande hauteur dans les CévenneSy qui en sont le bord extrême; enfin, de temps à autre, elle est accidentée par des cassures, qui la divisent en voussoirs à très large courbure, dernier écho des poussées alpines. Au contraire, du côté de l'ouest, le pays s'incline très doucement sous le Bas-Limousin et le Périgord.
Partout l'uniformité du terrain lui assigne les mêmes caractères extérieurs. C'est le pays des landes, des bruyères et des bois maigres, semés de blocs sur les affleurements granitiques, et n'offrant de différences que selon l'altitude et l'exposition.
D'autre part, de grandes brèches se sont ouvertes dans le Massif Central. Les vallées de l'Allier et de la Loire y ont été préparéos par les effondrements à peu près linéaires qui, à l'époque tertiaire, abritaient les lacs de la Limagne et du Forez. Chose remarquable : l'emplacement de ces dépressions coïncide avec l'endrott où les pUs de la chaîne carboniférienne, tels qu'on peut ks reconnaître à l'alignement des traînées granitiques, changent brusquement de direction. Dans le Limousin, ces plis couraient du nord-ouest au sud-est. A partir du méridien du Cantal et même un peu avant, ils sont très nettement déviés au nord-est, vers les Vosges, auxquelles les relie d'ailleurs le petit pointement archéen de la Serre en Franche-Comté.
i. Voir plus haut, pp. 159, 160, 170.
PÉNÉPLAINE ÂRGHEENNE 399'
Ainsi, dès l'époque carboniférienne, une dislocation importante obligeait les rides montagneuses à former la pointe d'un V sur l emplacement des dépressions actuelles. Il y avait donc là une ligne faible du sol français. Cette faiblesse s'est accusée, vers la fin de l'époque houillère, par la formation d'un véritable chenal où, depuis Decize jusqu'à Mauriac (et même jusqu'à Decazeville), les petits bassins houillers se succédaient sans interruption. Plus tard, cette fente a rejoué, et les bassins s'y sont trouvés pinces, renversés même en plis aigus, de sorte qu'ils dessinent aujourd'hui une traînée absolument linéaire. Il n'est donc pas surprenant que, plus tard, les effondrements tertiaires aient choisi de préférence cette direction, comme aussi les manifestations volcaniques se sont plu à en jalonner les bords.
En résumé, une étude méthodique du Plateau Central comporte l'examen successif de la pénéplaine archéenne, des dépressions lacustres qui s'y sont logées à l'époque tertiaire, enfin des massifs volcaniques par lesquels le relief a été fortement modifié après l'assèchement des lacs *.
Traces de la pénéplaine archéenne. — La pénéplaine, avonsnous dit, s'élève d'une façon continue vers le sud-est, atteignant son point culminant au Mont-Lozère (1702 mètres). Ce dernier est une protubérance granitique, que l'érosion et les failles ont isolée au-dessus des schistes moins durs qui l'encaissaient et dont l'altitude, flans cette région méridionale, se tient entre 1000 et 1200 mètres, montant parfois à 1400. Le Mont-Lozère domine la haute muraille des Cévennes^ bord abrupt du plateau, se dressant en face de la dépressioli rhodanienne de façon à donner, de ce côté, l'impression d'une chaîne de montagnes.
Laissons de côté les prolongements méridionaux du Plateau Central, qui appartiennent vraiment à la région méditerranéenne, et à partir du pied des Monts de la Lozère, dirigeons-nous vers l'ouest. Le haut plateau granitique du Gévaudan, où un vent sauvage souffle sur d'âpres solitudes, est une portion disloquée de la pénéplaine, à la topographie assez nettement émoussée. Mais l'allure de plate-forme redevient bien nette entre la vallée de la Truyère et l'Aubrac, comme dans le plateau gneissique qui descend de la Margeride à l'Allier. L'Aubrac masque un instant la pénéplaine par ses coulées de laves; mais elle reparaît à l'ouest
1. Cette classification est conforme à ceUe qui a servi de base à M. Boule pour sa description si complète du Massif Central, insérée en 1893 au Dictionnaire géogr. de la France.
dans la Viadène, pour se développer largement, avec des caractères très uniformes, au sud d'Aurillac, où les micaschistes forment la roche dominante. Là, elle s'enfonce doucement vers l'ouest, passant progressivement de 1000 à 500 mètres.
Ensuite la plate-forme archéenne, surtout composée de gneiss, se reconnaît aisément, dominant le golfe de TAquitaine, par une altitude comprise entre 500 et 600 mètres, jusqu'aux approches de Brive, où commence à s'épanouir le grand plateau du Limousin.
La première partie de ce plateau appartient à la Corrèze, où une ligne presque droite, dirigée de Reygeade à Chambert par Ai^entat et Gimel (ligne qui coïncide avec une faille très ancienne), sépare la Haule-Corrèze, plateau granitique de 750 mètres en moyenne, de la Basse-Corrèzey mi-partie cristalline et mi-partie sédimentaire, se tenant entre 300 et 400 mètres *.
La Basse-Corrèze débute par une bande schisto-cristalline. où la décomposition des roches micacées et amphiboliques donne un sol relativement fertile. C'est un pays de prairies et de châtaigneraies, dont la partie du nord ou limousine est la plus riche, formant, aux environs d'Uzerche, ce qu'on peut appeler le bocage corrézien. Mais la partie du sud, où domine le gneiss, est une gàtine.
La lisière extérieure de cette bande correspond au rebord des schistes et phyllades, et les coupures, profondes autant qu'étroites, que les cours d'eau ont entaillées, lui donnent un aspect pittoresque. A l'extérieur de ce ruban, l'affleurement des grès, généi*iailemenl rouges, des terrains houillers, permien et triasique, avec marnes rougeâtres, engendre un pays de formes adoucies, où les grès les plus durs déterminent seuls quelques protubérances '.
Au nord de la Corrèze, à sa jonction avec la Creuse et la Haute- Vienne, le plateau archéen est dominé par un large dôme, dont les formes très doucement arrondies trahissent le granité; c'est le plateau de MillevacheSy où la cime principale, le Mont-Odouze (954 mètres), sert de centre de divergence à la Corrèze, à la Vienne et à la Creuse. Ensuite vient la Marche limousine, où des bosses granitiques, qui ont mieux résisté que les schistes cristallins encaissants, s'élèvent encore jusqu'à près de 700 mètres, mais pour faire place, dans le plateau de Boussac^ à une large bande de micaschistes dont le bord, haut d'environ 300 mètres, forme rempart en avant du Berry, et que la Combraille réunit au Haut-Bourbonnais^ accidenté par des dépôts houillers.
\. Mouret, Bull. Soc. scient, de la Con^èze, XVIII. - 2. Mouret, loc. cit.
MARGERIDE, VELAY, FOREZ 401
De là, par les tristes plateaux du Franc Alleud et de la Sioule, on atteint le massif du Jfoni-Dore, où les formations volcaniques qui caractérisent TAuvergne ne laissent apparaître Tarchéen que sur leurs bords, à une altitude variable de .900 à 1200 mètres. On retrouve la pénéplaine, au-dessous du basalte, sur la haute croupe du Cézalliei\ où Tarchéen est à environ 1400 mètres d'altitude; puis en côtoyant le massif du Cantal, on la voit se rattacher par les Monts de la Margeride au nœud du Mont-Lozère, par l'intermédiaire des Monts de Mercoire, dont le sommet dénudé, le Moure de la Gardille, laisse voir de Tarchéen à ISOl mètres.
Régions disloquées du Massif Central. — Sur toute cette étendue (et toujours en faisant abstraction des produits volcaniques superposés), le noyau central garde bien le caractère de plate-forme exhaussée, et les dislocations n'y jouent qu'un rôle subordonné. Au contraire, ce rôle devient prépondérant dès qu'on se rapproche du sillon rectiligne où le Rhône a tracé son lit, tout contre le bord oriental du massif. Il en résulte une division en compartiments, ou plutôt en larges voussoirs, dont quelques-uns ont été portés à une grande hauteur.
Sous cette influence, de hautes et longues croupes, produisant l'effet de chaînes, se détachent de la Lozère pour se diriger en éventail entre le nord-ouest et le nord-est. C'est d'abord la Margeride^ qui aligne sur une altitude presque constante de 1500 mètres, audessus d'un socle à 1200, ses cimes pour la plupart granitiques, allongées et sévères, garnies de forêts et de pâturages. Puis, audelà de l'Allier qui en suit si régulièrement l'alignement, voici la traînée gneissique du Velay, rehaussée il est vrai par une large bande de laves et de cratères, mais où le socle archéen garde une altitude de 1000 à 1200 mètres *. Ce socle, qui monte très progressivement de 800 mètres à 1100 mètres depuis la vallée de. la Loire, s'abaisse au contraire en une vraie falaise du côté de l'Allier, accusant ainsi l'influence évidente d'une dislocation, et le même fait se reproduit pour la Margeride à l'égard de la Truyère.
En arrivant aux sources de la Dore, la chaîne du Velay se bifurque. Elle envoie, entre la Dore et l'Allier, la croupe des Monts du Livradois^ qui s'abaisse jusqu'à 500 mètres en vue de laLimagne, tandis qu'à droite, entre la Dore et la Loire, se détache l'arête, presque exclusivement granitique et porphyrique, du Forez.
Cette arête, disloquée par des failles d'une grande netteté, élève
1. Voir la restauration que M. Boule a donnée de la plate-forme archéennc dan» sa Description géologique du Velay.
DE LAPPAREXT. — LcçoQS dc géogT. phys. ^ édit. 26
402 RÉGION française;. MASSIFS ANCIENS
entre les deux dépressions de la Limagne et du Forez ses sombres crêtes, dépassant par endroits 1600 mètres d'altitude, et d'un aspect qui rappelle par plus d'un trait les pays de hautes montagnes. Ensuite, par les Bois Noirs et les Monts de la Madelmne, elle vient plonger par moins de 300 mètres sous lesplaines du Bourbonnais.
Sur l'autre rive de la Loire, entre ce fleuve et la Saône, recommence une bande montagneuse, dépendance extrême du Plateau Central. Mais ici les formations sédimentaires, en traînées pincées dans les plis de l'archéen, introduisent une beaucoup plus grande variété. En outre, les anciens plis carbonifériens, maintenant dirigés au nord-est, s'accusent beaucoup plus nettement, et il s'y superpose une série de dislocations parallèles à la Saône en même temps qu'au Jura méridional.
En effet, dès le trias, le bord oriental du Plateau Central a formé rivage, de sorte que des fragments des schistes archéens se retrouvent, aussi bien dans les. dépôts triasiques de l'Ardèche que dans les sédiments du jurassique inférieur de la même région. A l'est s'étendait un synclinal, où la sédimentation se poursuivait régulièrement. Les divers mouvements dont cette contrée a été le siège, notamment à l'époque du soulèvement alpin, se sont traduits, sur le bord du massif archéen, par de nombreuses dislocations. Mais celles-ci, par leur allure comme par la nature des terrains qu'elles affectent, se lient tellement à l'histoire du sillon rhodanien, que nous croyons devoir réserver pour un chapitre ultérieur l'examen des pays entre lesquels se divise la bande disloquée.
Toutefois cette bande subit une remarquable interruption entre Valence et Lyon. Sur toute cette distance, le Massif central s'avance jusqu'au Rhône, dont son bord rectiligne détermine exactement le cours. Ainsi se succèdent, sur la rive droite du fleuve, une série de districts, tous caractérisés par la direction nord-est que l'orographie met en évidence, et qui ne fait que trahir les alignements acquis dès l'époque primaire, tant par les traînées de graaite que par les plis de l'archéen et des terrains paléozoïques. Ce sont : 1** la croupe granitique du Vivarais^ qui offre, tout près du Rhône des hauteurs voisines de 1200 mètres; 2^* le massif archéen et granitique du Pilaty où le granité atteint 1434 mètres d'altitude, et contre le pied duquel se loge le synclinal qui abrite le bassin houiller de Saint-Etienne, jalonné par le cours du Gier; 3° les Monts du Lyonnais {sensu stricto), voûte anticlinale d'archéen, qui sépare le pli concave de Saint-Etienne d'un autre synclinal plus restreint, relui de Saînte-Foy-l'Argentière. L'altitude s'y élève à 950 mètres,
MORVAN, LIMAGNB 403
avec inclinaison graduelle vers le Rhône suivant le Plateau lyonnais, de 273 à 300 mètres d'altitude. A la faveur de Taccident de Sainte-Foy, laBrévenne a réussi à pousser sa tête jusqu'à quelques pas de la Loire, isolant complètement la croupe du Lyonnais des monts de Tarare et du Beaujolais, qui appartiennent au bord disloqué du sillon de la Saône. L'accident qui a déterminé la direction nord-est se trahit jusque sur la clef de voûte, où l'on voit la Coise couler vers la Loire, tandis que, dans son prolongement, TYzeron et le Uaut-Guron s'écoulent vers le Rhône.
Il nous reste à dire un mot du Morvan, ce cap avancé du Plateau Central, séparé du Forez par la plaine bourbonnaise et du Charolais par la dépression, de date très ancienne, que longe le bassin houiller du Oeusot. Le fond est d'archéen, traversé de granité et de porphyre ; mais \]es lambeaux de lias, épars sur sa moitié orientale, disent que le Morvan a dû ôtre en grande partie, sinon totalement, submergé au début des temps jurassiques, et que son isolement actuel est surtout l'eRet des dislocations. C'est un disti'ict de bois et de pâturages, limité de tous côtés par des failles, et auquel son altitude (le point culminant est à 900 mètres), jointe à la nature du sol, prête un caractère particulièrement agreste. Savançant en pointe entre les dépressions de la Loire et de la Saône, il offre aux vents humides un obstacle suffisant pour leur arracher plus de 1500 millimètres de pluie annuelle, c'est-à-dire autant qu'en reçoivent les Cévennes et le Mont-Dore.
Anciennes dépressioxiB lacustres. liimagne. — Les anciennes cavités lacustres du Plateau Central forment aujourd'hui deux groupes de dépressions : celui de la Limaf/ney ou de l'Allier, et celui de la Loire, qui viennent se réunir dans les plaines du Bon?*honnais, après avoir été longtemps séparés par l'arête montagneuse du Forez.
Ces deux dépressions font.partie de la série des accidents, alignés Ju nord au sud, dont le Massif Central porte l'empreinte bien marquée, et le fait que leur emplacement coïncide, d'une façon générale, avec le rebroussement des plis carbonifériens, donne à penser que l'effondrement d'où ils dérivent n'est que la répercussion d'un accident qui daterait des temps primaires. L'une et l'autre correspondent à de grands lacs, comblés durant l'époque oligocène par des sédiments dus à l'érosion du plateau encaissant, et dont le fond s'est affaissé lors des ruptures qui ont fait naître les volcans de la contrée. Mais ni leur aspect ni leur histoire fte sont identiques, les phénomènes volcaniques ayant agi avec
beaucoup moins d'intensité dans la seconde dépression que dans la première.
La Limagne d'Auvergne, largement épanouie au confluent de TAllier et de la Dore, dominée d'un côté par la chaîne des Puys, de l'autre par le Forez, a été recouverte à maintes reprises par des nappes de cendres et des tufs, ainsi que par des alluvions de provenances très diverses. Aussi ce territoire unit-il à la fertilité de la Beauce le privilège d'une beaucoup plus grande variété de cultures, jointe à un climat plus chaud. Le cadre de cette grande plaine, avec les cônes volcaniques qui se profilent à l'ouesl au-dessus de la falaise de granité, est particulièrement pittoresque aux environs de Clermont-Ferrand.
Facilement débités par l'Allier et ses affluents, les sédiments tertiaires du lac de la Limagne ,ont été afi*ouillés à peu près jusqu'au niveau de base. Néanmoins il y subsiste beaucoup de buttes, dont quelques-unes assez élevées, et qui portent, tout comme les éminences volcaniques du pourtour, le nom de puys.
La plaine se rétrécit au sud, et un barrage granitique sépare le bassin de Clermont de celui d'Issoire, isolé lui-même du petit bassin de Brioude par un autre pointement de granité, qu'accompagne le terrain houiller de Brassac. Mais ces apparitions granitiques se bornent au fond de la vallée et n'empêchent pas de suivre sur les versants, sous la forme d'argiles rouges caractéristiques, les traces de la continuité de l'ancien lac. Aussi, quand on retrouve, sous les scories et les basaltes, un bassin analogue autour du Puy, avec de nombreux lambeaux disséminés à droite et à gauche de la Loire, où ils occupent de grandes hauteurs et sont disloqués par des failles, se rend-on bien compte qu'il y avait autrefois une dépression plus étendue. La nappe d'eau y recouvrait en grande partie la pénéplaine centrale, quand celle-ci était sans volcans.
DépresBions de la Loire. Bassin d'Aurillac. Bourboniiais. — Elle pouvait d'ailleurs être partagée par des seuils en bassins plus ou moins indépendants. Dans la vallée de la Loire, un barrage granitique sépare aujourd'hui le bassin du Puy du bassin (TEmblavès, marqués tous deux par un notable élargissement de la vallée, le fleuve ayant facilement affouillé les marnes et argiles lacustres. Mais l'apparition de ce barrage est en rapport, avec des dislocations postérieures au dépôt des couches lacustres, lequel a été commun aux deux bassins.
Par des lambeaux échelonnés entre le Puy et Monistrol, les fragments du lac du Velay se relient aux dépôts de la grande
ROANNAIS, CANTAL, CÉZALLIER 405
dépression de la Loire, qu*un seuil divise en deux plaines, celle de Montbrison ou du Forez et celle du Roannais. D'autre part, les environs d'Aurillac montrent à découvert des portions d'un bassin semblable, aujourd'hui enfoui sous les amoncellements volcaniques du Cantal. De sorte que, considérant la faible distance qui sépare ces bassins tertiaires de celui du Gard, et les mollusques fossiles qu'ils ont en comitiun avec ce dernier, on est conduit à restituer, par la pensée, au-dessus des Cévennes, une ancienne communication continue entre le bassin parisien et celui du Lanfi^uetloc. Étrange contraste avec l'étal actuel du territoire intermédiaire, si violemment soulevé et disloqué depuis lors!
La plaine du Bourbonnais est loin d'avoir la fécondité de celle de la Limagne, qu'elle prolonge au nord. Du reste la composition du terrain y est différente et surtout les éléments volcaniques font défaut. Sur le pays d'entre Loire et l'Allier, les sables argileux, recouvrant les dépôts de l'ancien lac, engendrent un pays infertile, justement qualifié de Sologne bourbonnaise.
Massifs volcaniques. Cantal. Côzallier. — Les accumulations que les volcans sont venus jeter en Auvergne^ au-dessus de la pénéplaine disloquée du massif archéen, se répartissent entre plusieurs centres, distincts par leur âge comme par leurs formes.
Le plus important est le massif du Cantal, immense cône démantelé, auquel les eaux courantes et les glaces ont fait perdre au moins 1 OOO mètres de sa hauteur primitive, et dont le centre, marqué par le Puy de Griou, est entouré d'une ceinture de 'pics ou puys, qu'on prendrait aisément de loin pour des cônes volcaniques de projection. Ce ne sont j)ourtant que les débris des coulées et des brèches que vomissait tour à tour le cratère central. A travers les matériaux sans grande consistance deîj brèches de projection, qui dominent dans le massif, l'érosion a depuis lors creusé de profonds ravins divergents, dont quelques-uns, comme la coupure que domine le Puy Violent, produisent une impression saisissante. Mais cette divergence n'en laisse pas moins prédominer, dans l'hydrographie içénérale, la direction du nord-est au sud-ouest, qui est celle de la Truyère, du haut Alagnon, de la moyenne Dordogne et de la Cère, en amont d'Aurillac, direction d'ailleurs parallèle à celle que les vieux plis carbonifériens affectent sous le méridien du Cantal.
Des flancs du cône cantalien se sont épanchés de vrais déluges de basalte, et ces nappes, venant recouvrir la pénéplaine archéenne, ont engendré en plusieurs points de grands plateaux : celui du Cézallier, en dôme très surbaissé entre les deux cônes du Mont
Dore et du Cantal, puis la ]}lame de Mauriac, et enfin la Plaaèze de Saint-Flour. Le contraste est grand entre la fertilité relative de quelques-unes de ces nappes basaltiques, qui portent de nombreuses prairies, et la stérilité des landes archéennes qu'on voit sortir de dessous leurs bords.
Mont Dore, MontB Dômes, Velay, Aubrac. — Le Mont Dore, inférieur par sa masse au Cantal, est plus imposant parce qu'il a mieux gardé la forme de cime, grâce à la résistance des masses trachytiques de son noyau, comme celle qui forme le Pic de
Y\Ç. 133. — Lo lac PaviH.
Sancy (1885 mètres), point culminant de la France en dehors des Alpes et des Pyrénées. La diversité des roches a permis à l'érosion d'y découper des protubérances parfois très originales, comme la Banne d'Ordanche, les roches Tuilière et Sanadoire, le rocher du Capucin, etc. Des coulées, en barrant certaines vallées, ont engendré des lacs, tels que le lac Chambon, tandis que d'autres cavités lacustres se formaient dans le massif, soit au fond de cratères, comme le charmant lac Pavin (fig. 133), soit par explosion. Le pays y est donc infiniment plus pittoresque et moins sauvage.
Les deux massifs dont nous venons de nous occuper ont été si fortement démantelés que, réduits à leurs noyaux profonds, ils
laissent seulement deviner la place des anciens centres d'éruption. La Chaîne des Puys ou des Monts Dômes, sensiblement plus jeune, offre au contraire dans toute leur fraîcheur la plupart de ses .appareils volcaniques. Le nid de la Poule et le Puy de Pariou en témoignent suffisamment, comme aussi ces coulées ou cheires à surface déchiquetée, hérissée de blocs qu'on croirait figés de la
Fig. 134. — Le rocher Saint-Michel, au Puy.
veille, et qui descendent dans le thalweg de vallées à peine modifiées depuis Fépanchement de ces laves.
Le paysage volcanique ainsi engendré est aussi caractéristique que varié aux environs de Clermont, où Ton voit alterner les cônes de débris, les cratères^ les anciens culots comme le Puy de Dôme, les plates-formes de lave comme le plateau de Gei^ovie, et les rochers de basalte découpés par l'érosion dans les plus anciennes coulées du massif.
Moins nette, mais encore bien reconnaissable à ses cônes, déjà beaucoup plus aplatis, parce qu'ils sont plus anciens, est la chaîne
des volcans du Velay, sorte de haute planèze, qui se poursuit sur plus de 30 kilomètres. Cet appareil volcanique engendre aux environs du Puy un paysage très spécial, avec ses colonnades basaltiques et surtout les rochers en forme d'obélisques, si curieusement dressés au milieu de la ville (fig. 134). Ce sont sans doute d'anciennes cheminées remplies par des débris projetés, que Tinjection de la lave a cimentés, et que plus tard la dispersion des marnes tertiaires encaissantes a dû laisser en saillie *.
De l'autre côté de la Loire, le Velay a pour pendant l'ensemble des Massifs du Mégal et du Mézenc, Ce groupe de montagnes volcaniques, superposées à un socle archéen de 1000 à HOO mètres, doit son aspect très particulier à l'abondance d'une lave spéciale, appelée phonolite. Cette lave donne des coulées et aussi des culots isolés, comme celui qui forme la cime du Mézenc (1754 m.), dominant le massif archéen du \ivarais.
Enfin YAubrac consiste en un épais amoncellement de coulées basaltiques, lancées dans une direction parallèle au Velay , et isolées de tous côtés, sur leur socle archéen, par la Truyère, le Lot et leurs affluents.
Régime hydrographique du Plateau Central. — Cette superposition d'éléments nouveaux a profondément modifié l'aspect de la pénéplaine centrale, en même temps que la surrection de cette dernière obligeait les cours d'eau à y creuser des gorges d'une grande profondeur. Mais les lits des rivières, dont le soulèvement modifiait l'altitude plutôt que le tracé, ont été influencés, par l'addition des massifs volcaniques, à un degré beaucoup moindre qu'on ne pourrait le supposer.
C'est ainsi que le cône du Cantal, avec ses profondes vallées divergentes, entaillées à travers l'énorme masse des brèches volcaniques, fait au premier abord l'impression d'un pôle duquel tout s'écarte. En le rattachant à son voisin le Mont Dore, qui garde le privilège de posséder la plus haute cime du massif central, on serait tenté, dans un examen sommaire, d'en faire le nœud du réseau hydrographique français. Cependant rien n'est moins exact, et l'influence que ces accumulations volcaniques ont exercée sur les cours d'eau est purement locale.
Le vrai nœud du réseau de la France, c'est le pays voisin du Mont Lozère. De là partent l'Ardèche, la Loire, l'Allier, le Tarn, le Lot; c'est-à-dire que les trois grands bassins français, bassin