SUITE DE LA ZONE DES MASSIFS ANCIENS LE BASSIN DE PARIS
Bassin de Paris. Sa préparation historique. — Maintenant que nous connaissons les caractères des massifs périphériques qui définissent le bassin de Paris, il convient de nous occuper du bassin en lui-même.
Pour en bien comprendre la disposition topographique, en amphithéâtre très régulièrement relevé, par gradins étages, vers l'Ardenne, les Vosges, le Morvan et le Plateau Central, il est nécessaire de se reporter à l'histoire de ce bassin. Le territoire qu'il embrasse résulte en effet du comblement, opéré par les sédiments secondaires et tertiaires, d'une sorte de cuvette, dont le pourtour était défini par les massifs anciens précédemment décrits. Et ce sont ces massifs qui, perdant par érosion de leur substance, ont fourni la matière des dépôts par lesquels la cuvette a pu se remplir peu à peu.
L'histoire du bassin ne commence qu'avec les temps secondaires. Son territoire paraît avoir été émergé à la fin de l'époque carboniférienne, lorsque s'est dressée, de l'Armorique à la Bohême, la haute chaîne de montagnes dont il a été plus d'une fois parlé. Seulement l'emplacement du bassin semble avoir été, dès cette époque, esquissé par quelque dépression au milieu du massif montagneux, exactement comme nous avons vu que l'aire de sédimentation de la mer du Nord se trouvait indiquée par l'allure des anciens plis du sol anglais.
En effet, les plis armoricains divergent à partir de la pointe du Finistère, ceux du nord, spécialement dans le Cotentin, courant vers Test, ce qui leur permet de rejoindre souterrainement les plis
(le TArdenne; tandis que ceux du sud s'infléchissent constamment au sud-est, à travers le Morbihan et la Vendée, pour se raccorder sous le détroit du Poitou avec les anciennes dislocations du Plateau Central. Et comme, dans Tintervalle, il y a certainement en Armorique une zone déprimée, on est autorisé à penser qu*il a pu se produire, lors de la surrection de la chaîne carboniférienne, quelque chose d'analogue à ce qu'on voit souvent en Asie ; c'està-dire une bifurcation des arêtes montagneuses, se séparant pour encadrer, comme entre deux murailles, un bassin plus ou moins affaissé. Tels le Tien-Chan et le Kouenlun autour du ïarim.
S'il en a été ainsi pour la région française, on conçoit que, même émergée, la portion entourée par les chaînes du sud et celles de l'Ardenne ait pu être une zone faible, destinée à se laisser plus facilement envahir par la mer. Lors donc que le relief carboniférien a été suffisamment aplani, et que l'Océan, longtemps rejeté au sud-est, a pu agrandir son domaine, il a peu à peu repris possession de ce district central; si bien que, dès l'origine des temps jurassiques, les massifs anciens qui l'entourent ne formaient déjà plus qu'un archipel.
Épisodes sédimentaires. — Alors a commencé le comblement de la cuvette parisienne par des dépôts marins, tour à tour argileux et calcaires, plus rarement sableux. L'œuvre était si complète à la fin de la période jurassique, que les détroits du Poitou et de la Côte d'Or avaient fait place à des isthmes, le golfe parisien, très réduit, ne communiquant plus qu'à grand'peine avec le nord. Les temps crétacés ramenèrent une nouvelle submersion, dont le maximum fut acquis avec la mer de la craie. Cette fois encore, les massifs anciens n'étaient plus que des îles. Même la mer empiétait sensiblement sur l'Ardenne, le Morvan et le Cotentin.
Avant l'inauguration des temps tertiaires, le domaine maritime était de nouveau redevenu insignifiant, et la craie exondèe devait former une plaine basse sur la plus grande partie de la cuvette, quand sa surface s'affaissa au centre suivant une direction nordest, exactement parallèle au bord oriental du massif armoricain. Cette large fosse fut envahie par les mers tertiaires; mais celles-ci, venues du nord, ne s'avancèrent jamais, dans l'est au delà de la Champagne, dans le sud plus loin que le milieu de la Beauce. Constamment, du reste, elles étaient en lutte avec le régime continental, et de temps à autre la fosse parisienne se transformait en lagunes, même en lacs d'eau douce.
Influence du lac de Beauce. — Le mieux caractérisé de ces hc^
DERNIÈRES DISLOCATIONS 422r
fui le dernier, le lac dit de la Beauce, qui, à la fin de Tépoque oligocène, s'étendait au moins jusqu'au Soissonnais, sans s'avancer à l'ouest beaucoup au delà de Paris, mais se poursuivait largement au sud, en communiquant avec les lacs du Plateau Central. Son niveau différait peu de celui de la mer, qui certainement y tit au début quelques excursions temporaines.
C'est alors que s'est constituée, dans ses traits généraux, l'hydrographie actuelle du bassin de Paris, dont nous avons déjà indiqué les principales particularités*. Sur les bords du lac de Beauce, surtout à l'orient et au sud, les assises sédimentaires, relevées à l'extérieur par la flexion du centre, affleuraient en bandes concentriques, comme autant de cuvettes emboîtées, de diamètre décroissant. Des cours d'eau conséquents^ y c'est-à-dire convergeant comme le terrain vers le lac, durent traverser ces diverses bandes, recevant au passage de chacune d'elles des affluents subséquents, établis sur les affleurements des strates favorables; et ainsi commença à se dessiner la classique structure en gradins '.
Dernières dislocationB. — Probablement, à cette époque, le lac trouvait un écoulement à l'ouest, par un cours d'eau sans pente appréciable, décrivant des méandres sur la surface du massif crayeux, autour d'une direction moyenne nord-ouest, qui coïncidait justement avec une ligne de dislocations en profondeur. C'était le précurseur de la Seine. Mais bientôt le lac de Beauce se vida, et son fond, s'inclinant au sud-ouest, fut porté dans la direction opposée à une telle hauteur, que, dans la forêt de Villers- Cotterets, on en trouve des lambeaux à 260 mètres d'altitude. Du même coup, la pénéplaine crayeuse de Normandie se relevait d'environ 150 mètres.
Par suite de ce changement survenu dans le niveau de base, les cours d'eau déjà dessinés, dans le secteur compris entre l'Oise et l'Yonne, furent obligés non seulement d'allonger leurs lits, mais de les faire descendre à travers le massif tertiaire exondé, à mesure que s*accentuait la surrection de ce dernier. De là le morcellement de ce massif, plus ou moins avancé selon l'importance des rivières ; de là aussi la netteté avec laquelle le bloc tertiaire se détache en général de ce qui l'entoure.
Enfin, là où s'opérait la convergence des rivières, l'érosion, plus efficace que partout ailleurs, amenait un déblaiement presque
1. Voir plus haut, pp. 200 el suivantes. — 2. Voir plus haut, p. 115. — 3. Voir plus haut, p. H6.
complet, faisant naître la grande plaine parisienne au milieu d'un hémicycle de collines, toutes couronnées par des lambeaux ou des promontoires du plateau presque horizontal de la Beauce.
Le mouvement qui s^était produit ayant accentué la dislocation de la Seine, en même temps qu'il mettait en évidence une série d'accidents parallèles, comme celui du Pays de Bray, l'émissaire du bassin de Paris a approfondi ses méandres le long de cette dislocation, avec d'autant plus de facilité qu'il y rencontrait une craie fissurée; de la sorte, il coule aujourd'hui, presque sans pente, au fond d'une tranchée qui serpente, mais dont les sinuosités ne s'écartent jamais sensiblement de la ligne de faille ou de plissement, visible en plus d'un point entre Vernon et Rouen.
Quant à la partie méridionale du bassin, longtemps elle est restée tributaire du fond de la cuvette. La vallée du Loing, qui continue exactement le sillon de la Loire, dont aucun seuil ne la sépare, semble bien indiquer de quel côté ont dû s'écouler primitivement les eaux venant de l'Auvergne et du Forez; et il est difficile d'attribuer à autre chose qu'à des courants issus du Plateau Central cette nappe des sables de la Sologne, dont les derniers écarts ont atteint et même dépassé la région de Paris. Mais lorsqu'au milieu des temps miocènes la mer a fait irruption dans l'ouest jusqu'aux portes de Blois, sans doute à la faveur de quelque dislocation en rapport avec les prémisses des mouvements alpins, la Loire, attirée par ce sillon, aurait été capturée au profit de l'Atlantique.
Constitution de la topographie du bassin. — La constitution du réseau hydrographique parisien s'est poursuivie depuis l'émersion du terrain de craie. Elle a traversé des cycles très divers, suivant les mouvements du sol survenus durant les temps tertiaires et même quaternaires, chaque phase de stationnement du niveau de base devant déterminer la formation d'une pénéplaine plus ou moins achevée. Ces pénéplaines successives ne peuvent plus aujourd'hui se présenter que par lambeaux, et la mieux reconnaissable est celle qui correspond à l'ancien niveau du lac de la Beauce.
La topographie actuelle se ressent à la fois de la structure en gradins, commandée par la succession des divers affleurements secondaires en auréoles concentriques, et de la composition très hétérogène du massif tertiaire, dont les assises ont fort inégalement résisté à l'érosion. D'autre part, un long intervalle a presque partout séparé le dépôt des sédiments tertiaires de celui du terrain