‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 216 sur 364 · DIVISIONS MERIDIONALES DU MASSIF TERTIAIRE · texte numérisé non relu

DIVISIONS MERIDIONALES DU MASSIF TERTIAIRE

de craie qu'ils recouvrent. De plus, pendant leur formation, le régime a été aussi variable qu'il avait été constant aux époques précédentes. Il y a donc une grande différence de composition entre le massif tertiaire et les terrains environnants. Aussi Térosion, profilant de cette différence, Ta-t-elle isolé sur toute la partie septentrionale et orientale de sa circonférence, en le faisant apparaître de ces deux côtés comme une île aux bords escarpés.

Il n'en est pas de même vers l'ouest et surtout le sud-ouest : (Fabord parce que les sédiments tertiaires y ont plus souvent èave, en quelque sorte, en laissant des flaques insignifiantes : ensuite parce que le dernier lac s'est vidé vers le sud-ouest, en vertu d'un mouvement qui relevait son fond dans la direction opposée. De la sorte, autant il y avait, au nord-est, de raisons pour que l'érosion s'attaquât au bord du massif tertiaire, autant ce dernier devait être protégé contre la destruction sur son côté occidental.

Aussi se soude-t-il intimement aux pays de rouest,,si bien que les cartes hypsométriques mettent en évidence, du Poitou à la Brie et du Perche au Nivernais, une large région, d'altitude partout inférieure à 200 mètres, qui constitue, au point de vue de Tuniformité du relief, le territoire le plus homogène de tout le bassin ; territoire si peu accidenté, que pour passer des vallées de TEure ou du Loing dans celle de la Loire, les chemins de fer ne rencontrent aucune ligne de partage où il soit nécessaire d'ouvrir des tranchées sérieuses. Et pourtant l'on y passe du tertiaire au crétacé et même au jurassique.

Divisions méridionales du massif tertiaire. — C'est aux limites mêmes de ÏAnjoUy dépendance primaire du massif armoricain, qu'il faut prendre l'origine du massif tertiaire. Il y débute, à l'état fragmentaire, par l'infertile GiUine de Touraine. Quelques lambeaux de graviers calcaires coquilliers dits faliins, jetés par la mer miocène, y recouvrent des plaques de sables, marnes et calcaires oligocènes.

La couverture oligocène devient plus cohérente dans le BlaisoiSy qui soude la Gàtine à la Basse Beauce, et où les calcaires lacustres commencent à bien se développer. Il en est de même sous les plaines assez boisées du Vendômois, où, dans la forêt de Marchenoir, vient se superposer à ces dépôts un écart des sables et aigiles qui forment le fond de la Sologne.

Dans cette dernière région qui, partant de la Sauldre, dépasse un peu la Loire entre Gien et Orléans, l'imperméabilité du sol s'accuse par une interminable succession d'étangs. Les landes

de genêts abondent et les arbres sont rabougris. Boisée dans le principe, puis dénudée et devenue malsaine, la Sologne, grâce à des plantations de pins, est en train de recouvrer son ancien aspect. Le sol n'y est pas tout à fait plat, le terrain n'offrant pas d'assises dures qui aient pu servir de plates-formes.

La Sologne dite berrichonne est plus accidentée, et le terrain s'y ^ transforme en une argile avec gros silex, produit de la destruction de la craie qui y existait autrefois.

Après la Forêt d'Orléans, qui appartient encore par ses sédiments à la Sologne, on voit partout apparaître le calcaire lacusti'e, et cette plate-forme solide donne naissance à la Haute Beauce, le pays le mieux aplani et le plus découvert de tout le bassin parisien. La Beauce est trop perméable et trop doucement inclinée vers la Loire pour que des cours d'eau aient pu y creuser des vallées. Aussi n'oftre-t-elle à l'œil qu'une surface unie, s'étendant à perte de vue, et presque dépourvue de fermes isolées; car le besoin d'eau oblige les habitants à se grouper autour de puits fortement outillés.

Vers l'ouest, le retour de sables argileux imperméables fait passer de la Beauce au Gâtinais Orléanais. Le grand nombre des rigoles et l'abondance des arbres impriment un tout autre caractère au paysage, encore accentué par l'apparition d'une nappe calcaire supérieure, qui fait plate-forme au-dessus des talus adoucis du sable argileux.

Pays de la région pariBienne. — Le sol de la Haute Beauce se relevant peu à peu vers le nord, il arrive un moment où l'érosion, trouvant son niveau de base dans la Seine et ses afQuents, parvient à entamer la plate-forme ; et comme, à partir de Pithiviers, celle-ci repose sur des sables marins oligocènes faciles à entraîner, on voit le plateau s'accidenter de ravinements de plus en plus profonds, qui finissent par le découper en nombreux promontoires. D'ailleurs, une fois qu'on a dépassé la latitude d'Etampes, d'autres assises tertiaires, qui ne s'étaient pas étendues plus loin vers le sud, apparaîtront à leur tour sous les sables, à la faveur du relèvement général vers le nord-est. On se trouvera donc bientôt dans le cœur du massif tertiaire, lequel, faisant face à son entourage secondaire par une ligne d'escarpements, va former ce que les géologues appellent Vile de France, en étendant à tout le massif une qualification qui d'abord ne s'appliquait qu'à une petite partie.

Le Mantois, ou pays d'entre Mantes et Houdan, inaugure ce nouveau régime, caractérisé par des collines allongées de sables

GATINAIS, VEXIN, brie 427

oligocènes, que couronne la plate-forme des meulières de la Beauce, tandis qu'à la base des argiles retiennent Teau de nombreux étangs. A ce pays succède à Test le HurepoiXy où les collines de sable tendent à se souder, en même temps que les vallées entament une plus grande variété d'assises, ce qui fait le charme particulier des paysages des environs de Chevreuse. Près de Corbeil, les intervalles entre les massifs de sable deviennent assez grands pour laisser apparaître de vrais plateaux, appuyés sur une nappe inférieure de meulières, les meulières de la Brie.

Vient ensuite le Gâtinais français, ou la région de Montlhéry à Nemours et à Montargis. Les caractères du Hurepoîx s'y effacent peu à peu, d'abord devant la prédominance des sables avec blocs de g^rès, ensuite devant le développement des argiles et poudingues éocènes qui, dans l'est, supportent directement les sables. Mais, sur la rive droite du Loing, on voit se prononcer une traînée de travertins ou calcaires lacustres, marquant la place où s'accomplissait la jonction des lacs du bassin de Paris avec ceux de la Limagne.

Revenons maintenant au Mantois, pour nous diriger vers le nord. En avant de ce pays, en raison du peu de consistance des assises intermédiaires, il n'a pu se former de gradin, au-dessous de la plate-forme des meulières, qu'avec l'apparition au jour du calcaire grossier éocène. C'est ce qui a lieu dans le Vexin français, où la surface porte encore quelques buttes boisées de sables oligocènes, devenues linéaires à force de se rétrécir.

A l'est, c'est la nappe lacustre des meulières de la Brie qui est venue offrir la résistance nécessaire à la formation d'un gradin. Ainsi est née la Brie française, différente de la Beauce en ce que le fond en est imperméable, comme l'atteste la fréquence des mares. Quant à la Brie champenoise, qui fait suite à la précédente, la plate-forme y est surtout appuyée sur un calcaire lacustre spécial, très caverneux, qui n'est développé que dans cette région, et dont les cavités reçoivent et concentrent les eaux. Aussi voit-on ces dernières sortir plus bas en sources remarquables, comme celles de la Dhuys et du Surmelin.

C'est avec la Brie, ou plutôt avec le pays de transition du Monlois, que la falaise orientale de l'Ile de France commence à se prononcer, pour acquérir une certaine importance près de Sézanne, sur le flanc méridional de la Brie champenoise.

Au delà de la Marne se développe, en pendant de la Brie, le Tardenois, où les calcaires et les sables éocènes forment une grande

partie de la surface, assez nettement ondulée, tandis que de frais vallons s'ouvrent à la faveur des sables nummulitiques, qui, dans cette région, commencent à se montrer sous le calcaire grossier. Très déchiqueté à son extrémité orientale, et sensiblement relevé au-dessus des régions voisines, le Tardenois finit par se résoudre à Test dans le promontoire de Tlle de France connu sous le nom de Montagne de Iteims. Des vignobles renommés s'étalent sur les pentes et la craie apparaît au pied de la falaise, qui se dresse à une grande hauteur en face des plaines de la Champagne.

Le Valois, ou plateau compris entre la basse vallée de TOise et celle de TOurcq, doit son individualité à une couche de calcaires lacustres assez compacts, un peu supérieurs au calcaire grossier. La nappe puissante et régulière de ce dernier se laisse entailler par des gorges étroites. De belles forêts marquent Taffleurement des sables compris entre les deux nappes calcaires.

Au nord du Valois, dans le Soissonnais. le calcaire grossier est déjà assez haut pour que ce soit lui qui fournisse la plate-forme générale à laquelle Térosion s'est arrêtée. Mais alors apparaît audessous de cette nappe solide l'assise régulière et épaisse des sables meubles, dits nummulitiques, qui ont grandement facilité l'œuvre de l'érosion. Le plateau est donc extrêmement morcelé. L'effort des eaux s'est arrêté à la couche d'argile plastique qui supporte les sables, et constitue un niveau d'eau très régulier. L'abondance des anciens édifices dit assez quelles facilités la nappe du calcaire grossier offrait à l'architecture locale.

Avec le Laonnois, l'argile plastique se relève toujours et occupe de plus grandes surfaces, laissant déjà voir la craie par-dessous ; en même temps le massif tertiaire se morcelle de plus en plus, abandonnant parfois, en avant de la falaise-limite, des citadelles isolées comme la Montagne deLaon. Il en est de même dans le Noyonnais, réduit à des îlots découpés, entre lesquels s'étendent les plaines crayeuses, à revêtement d'argile à silex, de Isl Haute Picardie, Enfin le Beauvaisis méridional reproduit des circonstances analogues à celles du Soissonnais, avec cette différence que les sables nummulitiques y sont fort amincis.

Dans tous les pays qui viennent d'être énumérés, l'allure des couches est régulière, et les accidents de stratification ne troublent pas l'ordonnance générale. Il en est autrement pour la région qui, des environs de Chantilly, s'étend jusqu'à Beauvais. Là, le Vexin français se termine par un gradin assez abrupt, dominant de très haut une plaine qui monte graduellement et assez vite vers le

Page 1