‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 220 sur 364 · RÉGIONS DISLOQUÉES DU BASSIN · texte numérisé non relu

RÉGIONS DISLOQUÉES DU BASSIN

Régions disloquées du bassin de Paris. — Si le bassin parisien a été le théâtre d'une sédimentation tranquille, et s'il a échappé, durant sa formation, à Tinfluencë des grands mouvements orogéniques, il n'est pas pour cela exempt de dislocations. Quelquesunes mêmes sont assez importantes pour faire naître des divisions naturelles, qui ne sauraient être rangées dans aucune des auréoles jusqu'ici considérées.

La principale est le Pays de Bray. C'est une tranchée en forme de demi-ellipse très allongée, arrêtée au nord-est le long d'un grand axe exactement rectiligne, lequel se dirige au nord-ouest sur près de 75 kilomètres. Bordée par des falaises où la craie blanche se laisse voir sous une maigre verdure, cette tranchée fait apparaître sur son fond, comme à travers une boutonnière, toute une série d'assises soulevées, dont la plus inférieure, qui appartient au terrain jurassique, en vient à former au contre un dôme dyssymétrique, s'élevant à près de 220 mètres d'altitude. Les couches ainsi mises à nu, grâce à l'émiettement progressif de leur couverture crayeuse crevassée, sont tout à fait propres, par leur nature, au développement des herbages. Aussi le Bray forme-t-il une véritable oasis de verdure au milieu des champs labourés de la Normandie et de la Picardie.

L'accident 'qui a produit ce changement s'est fait sentir depuis Dieppe jusqu'aux approches de Meaux. Tandis que la Béthune, d'un côté, le Thérain avant Beauvais, de l'autre, se sont installés le long même de la faille qui limite le pays au nord*est, d'anciens cours d'eau conséquents, tels que TEpte et l'Andelle, originaires sans doute des débuts du soulèvement, qui les dirigeait à l'extérieur, vers la Seine, ont réussi à garder leur direction, approfondissant toujours leurs lits à travers les falaises crayeuses en voie de surrection.

Du même ordre que le pays de Bray, et résultant d'un phénomène semblable, est le Bas-Boulonnais. C'est l'extrémité d'un accident elliptique qui se prolonge en Angleterre par le Weald. Un bourrelet triangulaire continu d'assises crayeuses relevées entoure aussi une oasis où apparaissent les sédiments crétacés et jurassiques. Mais, en un point, sur les bords d'un vallon insignifiant, se montrent des roches de marbre, rappelant en petit les paysages de l'Ardenne. C'est qu'en effet la queue du massif ancien du Brabant se prolonge jusqu'en ce point, laissant voir, sous les couches jurassiques à peine dérangées de l'horizontalité, le fond primaire disloqué, à surface réduite en pénéplaine, sur lequel ces couches étaient venues se plaquer après une longue période continentale.

Le lambeau ancien du Boulonnais est particulièrement instructif en ce qu*il fait voir en pleine lumière ce qu'enseignait déjà Tallure souterraine de la surface du terrain houiller dans le Pas-de-Calais; à savoir que, au moins depuis le détroit, les plis primaires, bien accusés par une succession de bandes parallèles de calcaires-marbres, de schistes et de grès, sont dirigés au nord-ouest.

Les exploitations houillères montrent que cette allure se poursuit jusqu'auprès de Valenciennes, où une inflexion assez brusque ramène les plis à Test-nord-est. C'est le même changement que nous avons constaté dans le Plateau Central, vers le méridien du Plomb du Cantal. Or en joignant ces deux points de rebroussèment, on obtient une ligne qui diffère très peu de l'axe de la fosse tertiaire du bassin parisien ; comme si cette dernière résultait seulement de la réouverture d'une dislocation de date très ancienne, et en même temps très étendue du nord au sud.

Un autre massif disloqué est celui des Collines de Normandie, où les couches secondaires se montrent quelque peu dérangées au voisinage du cap culminant que le massif primaire du Bocage normand envoie à l'est, sous la forme de la hauteur d'Écouves. Puis c'est le Maine, qui laisse apparaître, dans le Belinois, une boutonnière où les assises marneuses du jurassique affleurent, formant le centre d'une dépression ovale, encadrée de tous côtés \)ar les sables crétacés. Le contraste s'accuse par la disparition brusque des bois, qui font place à des herbages.

Maintenant il nous faut gagner le Marvan^ pour constater l'élat de dislocation des terrains secondaires, à travers lesquels ce môle primaire surgit aujourd'hui. On le voit surtout dans les vallées de Montenoison et dans le Bazois, pays jurassiques, hachés de failles compliquées, et au milieu desquels paraît une bande de porphyres.

Particularités hydrographiques. — Les péripéties qui ont marqué la formation du sol, dans le bassin de Paris, n'ont pas pu se poursuivre sans que, même dans le secteur le plus régulier de l'entonnoir, celui de l'orient, le réseau hydrographique primitif vînt à subir plus d'une modification, résultant de l'avance que pouvait prendre, à un moment donné, tel ou tel cours d'eau. Nous en avons antérieurement donné des exemples*. Contentons-nous ici" d'ajouter quelques détails sur la situation particulière faite à la Meuse par suite de ces conflits. Cette situation a été bien mise en évidence par un travail de M. Davis*.

i. Voir plus haut, pp. 20t à 210. — 2. Annales de géographie, octobre 4895.

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