VINGTIÈME LEÇON SUITE DE LA ZONE DES MASSIFS ANCIENS
LE SILLON RHODANIEN
Définition du sillon rhodanien. — Le sillon rhodanien est une dépression parfaitement rectiligne, qui se poursuit du sud au nord, depuis l'embouchure du Rhône jusqu'au delà de Dijon, sur SOO kilomètres, avec une largeur moyenne peu variable, au plus d'une soixantaine de kilomètres. Mais, d'une part, cette largeur s'accroît si l'on y comprend, comme nous le ferons, la bande de massifs disloqués qui longe le Plateau Central et le Morvan; et d'autre part nous rattacherons à la description de cette région, d'un côté la Provence entière jusqu'aux Alpes maritimes, du côté opposé le revers des Cévennes, jusqu'à la rencontre de la bande sous-pyrénéenne, c'est-à-dire jusqu'à l'Hérault.
Si le bord occidental de ce sillon a toujours été bien défini, grâce au Massif Central, sa limite orientale, au contraire, n'est dessinée que depuis la surrection des Alpes et du Jura. Dès lors on peut se demander comment il se fait que l'effort orogénique se soit arrêté à cette dépression, au lieu d'accumuler des bourrelets plissés contre le bord rectiligne de l'ancien massif. Mais, d'abord, les dépôts lacustres de la partie septentrionale du sillon nous apprennent que dès l'époque éocène, ou du moins oligocène, un notable affaissement s'y était produit, trahissant une ligne faible le long de la limite qui joint le Plateau Central aux Vosges. Ensuite, on constate que le socle archéen n'est jamais à une grande distance au-dessous des sédiments secondaires qui garnissent le fond de la dépression.
DEPRESSION DE LA SAONE 439
Cela donne à penser que, par la rigidité de son substratum, la région était mal prédisposée au plissement. Aussi s'est-elle affaissée en bloc, tandis que son bord occidental se divisait par des cassures en paquets parallèles. Pendant ce temps, les plissements alpins se localisaient dans Tancienne fosse synclinale située plus à Test, où les dépôts jurassiques, avec Ceux du crétacé inférieur, s étaient accumulés à leur aise sous un faciès moins littoral.
La région ainsi considérée peut être divisée en quatre parties : la dépression de la Saône, le sillon du Rhône en aval de Lyon, là Provence et le revers des Cévennes.
Dépression de la Saônç. — La dépression de la Saône est bien marquée par le contraste que la vallée de cette rivière, en amont d'Auxonne, offre avec les hauteurs de la Côte d'Or et avec l'imposant rempart du Plateau de Langres.
Ce plateau, sorte de pont jeté entre les Vosges et le Morvan, est un véritable dôme, où les dépôts du lias, base des calcaires jurassiques, sont portés plus haut que partout ailleurs dans le voisinage. La plate-forme des calcaires du jurassique inférieur s'y élève en un point jusqu'à S16 mètres d'altitude. Cette allure s'explique, si l'on remarque que de temps en temps, à peu de distance audessous, affleure dans les ravins un fond archéen qui réduit le trias à une minime épaisseur. Le pont morvano-vosgien était donc préparé par une très ancienne ride.
Mais si le dôme jurassique s'abaisse régulièrement vers le bassin de Paris, il n'en est pas ainsi du côté opposé. Une série de dislo* cations affecte et quelquefois supprime les étages inférieurs du jurassique, tombé par paquets au pied de la falaise de Langres.
Le principal accident qui détermine la séparation entre le régime Yosgien et celui de la dépression de la Saône est une cassure sinueuse qu'on peut suivre de Faverney à Grancey. Cette cassure n'est pas unique et ses divers éléments composent un véritable craquelé. A l'origine son cours déterminait vraisemblablement la ligne de partage entre la Saône et les bassins voisins. Mais la rapidité de la pente donnait au versant méridional un très grand avantage. Aussi la limite de ce bassin a-t-elle peu à peu reculé vers le nord ; et aujourd'hui la source de la Saône est bien au delà de la grande faille*. Des dépôts tertiaires lacustres, échelonnés entre Vesoul et Dijon, enseignent que l'affaissement de la région est d'ancienne date.
1. Collot, Formation du relief de la Côte d^Or {Mêm, Acad. de Dijon, :i894).
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Bresse, Dombes. — La Saône n'occupe donc pas une vallée ordinaire, mais une dépression tectonique, recouverte par les eaux douces à bien des reprises, surtout à la fin des temps tertiaires, où, à la suite d'un efTondrement plus marqué, le grand lac de la Bresse la remplissait tout entière, sur une laideur de 60 kilomètres. De là vient la pente absolument négligeable de la rivière, pente qui ne dépasse pas i pour 25000 aux environs de Mâcon.
L'ancien fond de lac a d'ailleurs subi bien des vicissitudes. Asséché à la fin de l'époque oligocène, de nouveau recouvert lors du pliocène, puis encore une fois à sec, il voyait la Saône y établir son lit à 10 mètres en contre-bas*. Mais bientôt les grands glaciers, débouchant dans la dépression sur l'emplacement de la Dombes, y formaient un barrage qui obligeait les eaux à remonter. Le mouvement des glaces s'étant produit par saccades avec retours offensifs, il y a eu des variations de niveau, attestées par plusieurs terrasses de cailloux dont les principales se présentent à 230, 230, 280 et 300 mètres d'altitude, et qui forment un escalier descendant du sud au nord. De là vient la physionomie particulière de la Dombes, qui s'élève au sud jusqu'à 300 mètres d'altitude et est parsemée de dépôts d'origine glaciaire, avec une foule de petites dépressions marécageuses, tandis que la véritable Bresse, à 210 ou 220 mètres d'altitude, se trouve découpée par un réseau compliqué de vallons en une infinité de mamelons, en partie semés de bouquets de bois. Le limon y recouvre un fond d'alluvions anciennes, reposant sur les marnes lacustres du pliocène.
Bordure disloquée du sillon. — A l'est, la dépression bressane confine immédiatement au massif plissé du Jura. Mais à l'ouest elle est bordée par une série de cassures parallèles, divisant en paquets le jurassique des montagnes de la Côte d'Or, et introduisant, dans leur versant oriental, des différences de composition qui influent, avec l'exposition, sur leurs qualités vinicoles. Le désordre résultant de ces dislocations se révèle bien dans la topographie compliquée des hauteurs qui dominent Dijon, et où certaines failles s'accusent au premier coup d'œil par les barres calcaires qu'elles font surgir inopinément.
Le Maçonnais, qui fait suite à la Côte d'Or, demande à n'être pas séparé du Charolais, pourtant situé beaucoup plus loin vers l'ouest, parce que tous deux représentent (fig. 137) les reins d'un grand voussoir, dépendance latérale du Plateau Central, qui «'est
i. DelafoDcl elDepérel, La Bresse (Éludes des gîtes minéraux en France, 1893).
MAÇONNAIS, BEAUJOLAIS. 44i
courbé au milieu en s'afTaissant, pendant que ses bords se cassaient et se relevaient. La partie médiane, faite de granité et d'archéen, atteint 594 mètres d*altitude, et c'est dans l'axe même de ce dôme que la Grosne prend sa source.
Le versant ouest, qui tourne son abrupt à l'orient, le long de la cassure, constitue la Côte charolaise, laquelle s'incline en pente douce vers la Loire, et où un fond fertile d'argiles liasiques a été recouvert par les alluvions pliocènes du Roannais, Le Brionnais^ aux riches herbages, en est un écart, enfermé entre la Loire, TArnonce et le Sornin.
Le Méconnais est le versant oriental de la voûte effondrée. En grande partie calcaire, il est divisé par des cassures parallèles en bandes, qui font que la même succession d'assises se répète plusieurs fois entre la Grosne et la Saône. Les paquets, ayant bas-
CÔTE CHAHOLAISE Mt BoUry UGrosM 0ÔT£ MACONNAISE
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Fig. 137. — > 'Coupo à travers le Charolais et le Maçonnais (d'après M. Michol-Lévy).
1, archéen; 2, trias; 3, terrain jurassique.
culé vers l'est, présentent leur abrupt à l'ouest, et c'est ainsi qu'à Solulré les calcaires durs surplombent en falaises les pentes de marnes liasiques. La distribution longitudinale des accidents est le trait dominant de la topographie; mais les rivières ont parfois ouvert de petites cluses à travers les crêtes parallèles.
La Côte chalonnaise est le prolongement septentrional du Maçonnais. Sa partie la plus haute, la Montagne, est la suite de l'arête archéenne du Charolais, et le jurassique très disloqué s'y appuie à l'est, engendrant un riche vignoble que dominent les calcaires.
Au sud du Maçonnais apparaît le Beaujolais. C'est un ancien anticlinal, qui, loin de s'abaisser, a été relevé par la poussée alpine, de sorte qu'il a conservé toute sa valeur orographjque, son point culminant étant à 1012 mètres. Débutant près de la Saône par une bande granitique où la vigne vient bien, il continue par de hautes croupes boisées à l'aspect sévère, pour s'abaisser vers la Loire par le plateau du RoannaiSy suite. du Charolais dont il a l'aspect. Une caractéristique du Beaujolais est que les anciens plis primaires y sont recoupés par de nombreuses cassures transversales, de sorte