RÉGION DES CÉVENNES
influence du soleil se fait sentir sur les gradins étages qui, de la dépression du Rhône, montent à la pénéplaine de la Lozère. De riches cultures, des plantations de mûriers et de vignes s'y succèdent, précédant les châtaigniers. Et cela est dû, non seulement à l'exposition, mais à la nature du sol, beaucoup plus favorable sur ce versant.
En effet, tout le long de la falaise des • Cévennes se poursuit, depuis le Vivarais, une bande fortement disloquée de terrains triasiques, jurassiques et infrac ré tacés, tombés sur le bord de la dépression par paquets successifs. Ces lambeaux attestent par leur complication l'importance de l'accident qui a créé le rempart cévenol. Et cette importance est encore rehaussée quand, sur la pénéplaine archéenne, aux abords de la Montagne du Goulet, on retrouve des fragments horizontaux des calcaires jurassiques inférieurs, qui ont évidemment, à une certaine époque, recouvert tout ce pays.
Nous y reviendrons du reste, dans un instant, quand nous traiterons de la bordure méridionale du massif central. Contentonsnous ici de dire que les calcaires de la bande disloquée affleurent sur les pentes, formant des marches d'escaliers ou gradins, d'où le nom de plateaux des GraSy tiré du mot de basse latinité grassalus\ Le plus caractéristique est le Gras des Vans.
Les calcaires du jurassique supérieur, qui n'ont jamais envahi le territoire de la pénéplaine, demeurent sensiblement horizontaux au pied des Cévennes. La fréquence des formations massives, d'origine corallienne, les prédispose aux apparences ruiniformes et leur fait jouer dans le paysage un rôle tout particulier.
En avant s'étendent, jusqu'au Rhône, les plateaux de calcaires infracrétacés, fortement entaillés par les affluents du fleuve, et au sud desquels, dans VUzéf/eoiSy Tintercalation des dépôts tertiaires vient introduire une certaine complication. Mais ces mêmes plateaux reparaissent, dominant le pays en face de Nîmes ou Nemosais, Enfin le Vannage de Sommières, à l'allure plus compliquée, avec ses petits bassins tertiaires logés dans les parties effondrées du massif disloqué, prépare les environs de Montpellier, où nous ferons commencer la région sous-pyrénéenne.
Comme l'a fait remarquer M. Depéret*, la bande de plateaux jurassiques infracrétacés non plissés, mais hachés de failles, qui se poursuit depuis Saint-Hippolyte du Gard jusqu'à la Voulte, doit
i. G. Fabre, Bull. Soc, géol, de France (3), XXI, p. 667. — 2. Annales de géographiCy juiUet 1895.
être rattachée souterrainement aux plateaux de Morestel. C'est une série de plaques disloquées, qui forment le fond de la plaine du Rhône comme celui de la Bresse, On y peut joindre, au sud-ouest, les plateaux arides et rocailleux, vrais déserts forestiers, des Garrigues de Montpellier, bande d'une altitude moyenne de 200 mètres, au relief très varié, qui s'étend au pied du rempart des Causses, dont il va être question.
Ijes Causses et le massif de la Montagne Noire. — La région sous-pyrénéenne est limitée au sud par les Pyrénées, au nord par le revers sud-ouest du Massif Central, venant rejoindre, sous le détroit de Poitiers, la pointe sud-est du massif armoricain. C'est cette limite septentrionale qu'il convient d'envisager tout d'abord, alin de nous relier à la région déjà étudiée des Cévennes.
A ne consulter que la topographie, il semble que la haute pénéplaine archéenne se termine avec l'Aigoual, tout le massif des .Cévennes méridionales, depuis le Mont Lozère, formant un cap qui domine de haut le grand plateau calcaire des Causses, au faciès si étrangement uniforme. Le bord sud-est de ce plateau, sensiblement relevé, à une altitude moyenne de 900 mètres, forme la terrasse étroite de la Séi^anne ou Serrane, et celle-ci descend à l'Hérault sous Ja forme d'un versant calcaire à peine découpé, véritable désert de pierres et de bois, que n'entame aucun cours d'eau.
Mais aux environs de Lodève, le plateau calcaire recommence à être dominé par un massif archéen et primaire, qui reproduit les circonstances des Cévennes, et qu'on a l'habitude de désigner sous le nom de massif de la Montagne Noire. C'est un grand anticlinal archéen, orienté au nord-est, dont les parties culminantes sont les Monts de VEspinouse et les Monts de Lacaune (1268 m.), tandis que leur prolongement méridional, la Montagne Noire proprement dite, ne s'élève guère au-dessus de 1000 mètres.
Les flancs de cet anticlinal sont formés de sédiments primaires plus ou moins métamorphiques, où le développement des calcaires marbres donne parfois au paysage une physionomie particulière. Ces formations occupent le versant sud-est, dominant le