CARACTERES DES CAUSSES
presque sans discontinuité, depuis le district nord de Lodève jusqu'au petit volcan d'Agde. Le prolongement septentrional de cette traînée marque exactement Taxe du sillon des Causses, accusant encore la signification tectonique de ce curieux accident.
Fig. 139. — Lo Canyon du Tarn (photographie de M. Boulo).
Mais ce qui la rend encore plus catégorique, c'est que la môme ligne coïncide avec Taxe de la Limagne d'Allier.
Caractères des Causses. — C'est cette surrection qui, affectant aussi, quoique inégalement et par paquets, le grand bloc calcaire des Causses, a relevé à près de lOCO mètres d'altitude sa surface, d'abord à peu près continue avec la pénéplaine de l'Aigoual, dont elle recevait les eaux. Les rivières ont donc été obligées d'appro-
fondir surplace leurs lits sinueux*, et ainsi se sont créés les célèbres canyons ou gorges de la région. Celui du Tarn (fig. 139) atteint par endroits 500 mètres de profondeur. Quant à la surface, demeurée presque horizontale, parce qu'elle s'appuie sur une plate-forme résistante, elle est devenue ce désert de pierres qu'on appelle le plateau des Causses (fig. 140). Son aspect, raboteux dans le détail, mais très uniforme et plat dans l'ensemble, contraste avec l'allure au moins mamelonnée de la pénéplaine voisine, comme aussi le réseau serré des thalwegs, sur le territoire imperméable des schistes cristallins, tranche sur la rareté des cours d'eau dans ces plateaux fissurés où les eaux se perdent si souvent.
Les quelques rivières qui sillonnent le bloc calcaire, Tarn, Joute, Dourbie, Lot, Aveyron, etc., le découpent en compartiments aux parois verticales. On distingue, entre autres : le Causse du Larzac, le Causse Noir, le Causse Méjan, le Causse de Sauveten^e, le petit Causse de Mende, le Causse de Sévérac^ le Causse du Comtal, dit aussi de Concoures ou de Rodez, presque tous aussi difficilement abordables que leur surface est inhospitalière. En même temps leurs profondeurs recèlent le réseau de canaux souterrains, de grottes et de puits naturels, que M. Martel a si bien étudié ^
Le Causse3féjan (ou du milieu) est le mieux caractérisé de tous; c'est une immense table calcaire, sans eau, sans arbres, sinon à l'ouest, et d'une altitude moyenne de 1000 mètres. Il est le plus aride et le plus désolé. Le Causse Noir doit aux nombreux ravinements qui le découpent d'avoir un tout autre aspect; car les arbres s'y développent dans les creux abrités. C'est dans son intérieur que l'érosion a découpé, aux dépens des calcaires dolomitiques, les escarpements ruiniformes, aujourd'hui célèbres, de Monlpellier-le- Vieux.
L'une des particularités des Causses est le contraste profond de leur aridité avec la splendeur des vallées qui les encadrent et qui, généralement assises sur les argiles du lias, bénéficient de toutes les eaux absorbées par les abîmes du plateau calcaire.
Golfe de TAquitaine. Aperçu grénéral. — Sur le revers sudouest du Massif Central s'étend, limité au sud par les Pyrénées, au nord pac le seuil du Poitou et les hauteurs de la Vendée, le grand golfe de C Aquitaine, composé des bassins de la Garonne, del'Adour et de la Charente. Vers la fin de l'époque éocène, la mer en cou-
1. Voir plus haut, p. !67. — 2. Voir plus haut, pp. 89, 92, 239.
GOLFE DE L'aquitaine, qiîergy
vrait la superficie. Les Pyrénées n'existaient pas encore, et les eaux qui nourrissaient les nummidites passaient sans obstacle de TAllantique dans la Méditerranée, entre le Plateau Central et la rneseta ibérique. Mais la surrection de la grande chaîne pyrénéenne, se produisant à Taurore des temps oligocènes, eut pour effet de faire émerger le seuil de Naurouze, et si peu élevée que fût cette barrière du Lauraguais^ au sol fangeux, elle a suffi depuis lors à séparer complètement les deux mers.
Dans l'Aquitaine, devenue un golfe, l'océan a tenté plus d'un
Fig. 140. — Le Causse de Sauvotcrrc (photographie do M. Boule).
retour offensif, et par moments il s'est avancé jusqu'à l'Agenais, plus tard encore jusque dans l'Armagnac. Mais les eaux descendant du Plateau Central et des Pyrénées lui livraient une guerre incessante, et de grands dépôts d'eau douce ou saumâtre en comblaient peu à peu le fond. Ainsi la mer a dû se retirer dans l'ouest, où le dépôt des sables et cailloutis des Landes ne lui a plus laissé que l'estuaire de la Gironde. En outre, à plusieurs reprises, les glaciers, envahissant le pied des plaines sous-pyrénéennes, y accumulaient de grandes masses de matériaux morainiques, cause principale de la disposition rayonnante des cours d'eau entre la Garonne et le Gave de Pau.
Bordure secondaire du golfe. Causses du Quercy. — Avant
Tépoque tertiaire, le Détroit du Poitou avait mis plusieurs fois la mer de l'Aquitaine en communication avec celle du bassin de Paris, d'abord pendant la presque totalité des temps jurassiques, ensuite depuis le commencement de la période de la craie. Comme d'ailleurs les mers tertiaires se sont toujours tenues à une certaine distance du Plateau Central, on voit se dessiner, depuis le Rouergue jusqu'à la Saintonge, une assez large bande, divisée comme les bords du bassin parisien en auréoles distinctes.
C'est l'auréole jurassique qui règne à peu près seule entre l'Aveyron et la Dordogne, où elle engendre les Causses du Queraj. On y doit distinguer : 1° de l'Aveyron au Lot, leCatissede Limogne, s'étendant à l'ouest jusqu'à Cahors; 2"* entre le Lot et la Dordogne, le Causse de Gramaty le plus vaste des trois, auquel appartiennent les célèbres escarpements de Rocamadour; 3* au nord de la Dordogne, le Causse de Martel. Ce-dernier est interrompu, à la rencontre de la Vézère, par un petit éperon archéen qui, surgissant en avant des grès rouges de Brive, supprime momentanément la bande jurassique. Mais au delà se retrouve un dernier causse, traversé par la Vézère et l'Isle.
L'altitude des Causses du Quercy varie entre 200 et 463 mètres. Aussi, tout en reproduisant les mêmes phénomènes d'absorpticm des eaux que ceux des Cévennes, sont-ils beaucoup moins froids. Nulle part ils n'offrent l'aspect désolé et désertique des autres. Comme ceux-ci, d'ailleurs, ils sont entourés, du côté du Massif Central, d'un ruban argileux liasique. Contre le Causse de Gramat, ce ruban porte le nom de Limargue, et huit des cours d'eau qui l'arrosent se perdent tout d'un coup à la rencontre des falaises fissurées du calcaire jurassique.
Détails sur rauréole jurassiqpie. — Du côté de Cahors, l'auréole secondaire laisse voir, au contact de l'archéen, ou du moins séparée de lui par les collines rouges et ravinées du permien, une bande triasique marquée par les bruyères et les fougères, et à laquelle succèdent les causses boisés du bajocien.
De môme, dans la Corrèze, l'érosion, respectant le calcaire jurassique, a fait son œuvre dans les argiles liasiques qui le supportent. Aussi la bande, fertile, coquette et bien peuplée, de ces ai^ilos, forme-t-elle une zone déprimée au pied du causse.
Pas plus sur le revers sud-ouest du Massif Central que dans la région des Cévennes, l'application de la bordure secondaire sur l'archéen n'est exempte de dislocations. D'abord c'est par une faille manifeste, au parcours nettement rectiligne, que le Causse de