‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 227 sur 364 · AURÉOLES JURASSIQUE ET CRÉTACÉE · texte numérisé non relu

AURÉOLES JURASSIQUE ET CRÉTACÉE

Cahors vient buter contre Tarchéen du Rouergue; et ce qui est remarquable, c'est que cette faille, relativement moderne, prolonge exactement la longue traînée houillère de la Haute-Dordogne. En outre, un réseau de failles, les unes périphériques, les autres radiales, marquent la terminaison de Tauréole jurassique, au moins depuis la vallée de la Vère (Tarn) jusqu'à Pys en Dordogne, c'està-dire sur 200 kilomètres. Parfois les fentes radiales isolent, comme à Orgedeuil près de Montbron, une colline qui semble un éperon détaché du Plateau Central ; tandis qu'il s'agit simplement d'un contact entre deux lambeaux jurassiques, dont l'un doit à sa dureté d'être demeuré en saillie à côté de l'autre *.

Réduit à presque rien aux abords de Nontron, le ruban jurassique s'épanouit de plus en plus à partir de là vers le nord-ouest, en avant de l'ancien Détroit de Poitiers^ où par endroits lagranulite réussit à pointer sous un fond d'argiles liasiques. Ces affleurements jurassiques, d'une altitude moyenne de 100 à 200 mètres, portent les Teires chaudes du Périgord et de l'Angoumois, bien distinctes par leur climat, leurs productions et leur aspect, des Tenues froides du Nontronnais et du Confolennais (ou Confolentais), assises sur l'archéen. Les terres chaudes ne sont plus des causses, bien qu'elles reposent sur de belles masses calcaires, à la surface presque toujours garnie de sables et d'argiles tertiaires, et portant près d'Angoulême une suite de forêts qui l'ont fait appeler I^e Bois. Les gouffres, les abîmes, et les pertes de rivières n'y sont pas rares.

Cette bande se soude à la Plaine de Niort, plate-forme jurassique aux grands horizons découverts, au sol exempt de dépôts superficiels, qui s'étend devant le détroit du Poitou. Elle est interrompue dans VAunis par le Marais poitevin, cet ancien estuaire que les alluvions vaseuses de la Gironde et de la Charente, toujours rejelées au nord, ont progressivement comblé.

Bordure crétacée. — L'auréole crétacée est très imparfaite sur le revers sud-ouest du massif central. D'abord le crétacé inférieur fait défaut dans ces régions. En outre, la formation ne commence à affleurer qu'à partir du Lot, et ne se dilate en surface qu'à la rencontre de la Dordogne. C'est elle qui fait le fond du Sarladais ou Périgord noir, où la nature souvent sableuse du sol a favorisé le développement des bois de pins, et celui du Haut-Périfford ou Périgord blanc, aux horizons plus découverts ^. Seulement, outre l'argile à silex, parfois assez développée, qui couronne la craie, le

i. Glangeaud, BulL serv. carte géol de France. — 2. Le Périgord blanc empiète sur la région archéenne du Plateau Central.

voisinage du massif central a suffi pour que la surface conservât beaucoup de flaques de dépôts argilo-sableux, analogues à ceux du Poitou.

C'est la craie tendre qui fait le fond de la Champagne charentaise ainsi que de la Basse-Saintonge. Mais, entre Cognac et Saint- Jean-d'Angely, la bande crétacée se trouve précédée à Touest par un ruban de Pays-Bas^ assis sur des alluvions anciennes, avec fond argileux.

Pays tertiaires de l'Aquitaine. — Ce groupe comprend tous les pays compris entre les auréoles secondaires du massif méridional, les Pyrénées et la Méditerranée. Au début des temps tertiaires, la mer, occupant le Bordelais, s'avançait librement, en contournant la Montagne Noire, sur toute la région pyrénéenne. Il y avait, dans Test, un golfe appuyé contre Tarchéen du Rouergue et le massif de la Montagne Noire. Mais il était occupé par des lagunes, le plus souvent d'eau douce, et la fin des temps éocènes vit la séparation de cette région d'avec la Méditerranée, un dos d'âne s'étant formé entre les Pyrénées et l'extrémité du Rouergue. Un cordon littoral, qu'on peut suivre jusqu'à Réalmont (Tarn), s'est appuyé contre le bord occidental de ce dos d'âne*, et alors, dans l'Aquitaine, devenue un golfe, a commencé la lutte des eaux marines, déposant des mollasses et des sables, avec les eaux douces, dont les produits variés subsistent à l'état de calcaires, marneux ou compacts, de mollasses, de sables et d'argiles.

De la répartition de ces dépôts dépend la division en pays de l'ancien golfe aquitanien.

Pays de Touest. — Les formations marines n'acquièrent une certaine importance, au point de vue de la surface occupée, que dans VAgenaiSy où la mollasse apparaît souvent avec le calcaire lacustre, dans le Bazadais et le Bordelais, où se montrent par places des faluns ou sables coquilliers.

Des sables argileux et des graviers tertiaires, sortant de dessous la mollasse du Fronsadais, viennent former, longeant le Haut- Périgord, le Landais à l'ouest de Bergerac, et la Double ou Sologne périgourdine, au nord de l'Isle, pays de bois, de landes et d'étangs. Plus à l'ouest, les alluvions anciennes deviennent prépondérantes dans y Entre-Deux-Mers et les Graves du Bordelais,

Tout cet ensemble confine aux Landes, ancien golfe comblé, d'abord par les alluvions pliocènes, puis par celles de l'époque qua-

1. Vasseur, Bull, des services de la carte géol. de France, n** 37.

MÈDOC, CHALOSSE, ARMAGNAC 457

ternaire, et dont les dunes ont régularisé le contour en isolant par derrière un certain nombre d'étangs. La surface occupée par ces dépôts a gardé la forme initiale d'une plaine côtière presque dans Tenfance*. Dépourvue d'inégalités, elle n'offre encore qu'un drainage très imparfait, et cette condition est aggravée par le banc d'a/éos, à ciment organique et ferrugineux, qui arrête partout les eaux à une faible profondeur. Le bord maritime de la plaine présente des caractères un peu mieux dessinés. L'attaque par les vagues y a marché plus rapidement que le modelé de la surface par les actions subaériennes.

Le Médoc est une dépendance de la formation des Landes; mais le sable y est constamment associé à des cailloux roulés, formant une nappe qui paraît passer sous le vrai sable landais.

Dans le sud, les Landes et avec elles les dunes finissent brusquement à l'Adour, en correspondance directe avec l'accident sousmarin qui engendre la fosse du cap Breton. Au delà, entre l'iVdour et le Gave de Pau, s'étend la Chalosse. C'est un territoire agréable, semé de bois, de prairies et de cultures, où les dépôts tertiaires marins laissent apercevoir par-dessous les couches crétacées, relevées à la faveur d'un pli parallèle aux Pyrénées, et dont les prolongements sont masqués par des dépôts plus récents.

Quand on a dépassé le Gave, l'influence de la montagne voisine suffît à faire apparaître le terrain crétacé, sans couverture tertiaire, dans le Béarn, confinant au Pays Basque^ divisé lui-même en Navarre et Labourd, régions de dislocations avec noyau archéen ; après quoi on arrive à la chaîne pyrénéenne.

Armagnac et pays voisins. — Dans la partie septentrionale de TArmagnac, c'est-à-dire dans le Condomois et la Gaure de Lectoure, quatre masses de calcaire lacustre, répandues dans l'étage (lit de l'Armagnac, forment autant de plateaux rocheux, terminés par des escarpements aux arêtes vives. De là la physionomie spéciale du Haut' Armagnac ou Armagnac blanc \ mais, dans la partie méridionale, les roches devenant plus tendres, les contours sont mamelonnés *.

L'ouest de la contrée, ou Armagnac noir, ainsi nommé à cause de la sombre verdure des bois de pins, possède des caractères différents. Le calcaire n'y occupe plus que le fond des vallées, tandis que des sables fauves se montrent à flanc de coteau et que des glaises bigarrées couronnent les sommets.

1. W. M. Davis, Journal of Geology, 1896, p. 505. — 2. Risler, Géologie agricole.

A la faveur des nombreuses vallées qui le sillonnent, TArmagnac offre, sur les versants des cours d'eau, de longues bandes de coteaux favorables à la culture de la vigne.

Dans Test, les calcaires s'effacent devant la mollasse et les marnes de la Lomagne et du Pays toulousain : mais là, un grand rôle est dévolu aux alluvions anciennes, et notamment au limon pauvre en chaux dit boulbène^ découpé en terrasses sur les bords de la Garonne.

C'est au sud de[^r Armagnac, à partir de 1 VI s/arac jusqu'au Nebou-

Fig. 111. — Les Pyrénées et le plateau do Lannemczaa (d'après une photographie do M. Boule).

zan, que se prononce, avec le développement des anciennes alluvions sous-pyrénéennes, la remarquable disposition en éventail des affluents de la Garonne et de TAdour. Le centre principal de cette divergence est le Plateau de Lannemezaii, immense cône de déjection, argileux et caillouteux, d'origine fluvio-glaciaire, de 1300 kilomètres carrés, et si bien étalé (fig. lil), que sa surface presque horizontale bute sans transition contre la muraille pyrénéenne. Dans son voisinage, M. Boule a signalé des traces oblitérées d'anciens lacs glaciaires.

Les génératrices du plateau, de 7 à 11 0/0 de pente, s'écartent toutes du village de Lannemezan, à l'altitude 600. Leur prolongement septentrional aboutirait à Agen par 40 mètres. L'amas fluvio-glaciaire a 100 mètres d'épaisseur à son sommet, et repose sur des marnes et mollasses tertiaires d'une imperméabilité absolue.

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