A. Lugeon, La région de la brèche du Chablais
longement oriental des Préalpes que ces anomalies arrivent à exercer une sérieuse influence sur le paysage, quand elles superposent aux surfaces doucement mamelonnées du flysch des masses plus anciennes et disloquées, aux contours pointus et heurtés, comme celles des Mythen de Schwytz. Aussi a-t-il paru nécessaire d'admettre que la place des Préalpes était occupée bien avant leur surrection par une chaîne de montagnes en partie rabotée depuis lors, et dont quelques lambeaux se seraient trouvés repris et pinces dans le dernier bouleversement.
Du reste, ce n'est pas à cette seule chaîne que se seraient bornés les efforts de plissement qui ont précédé le grand soulèvement alpin. L'étude détaillée de la distribution des terrains dans les Alpes fait ressortir, pour chacun d'eux, des changements de fa<:ies très rapides, dont le raison ne peut se trouver que si l'on admet» à de certaines époques, l'émersion de rides plus ou moins accusées. Les plissements ultérieurs ont dû se mouler sur chacune de ces rides et en refléter la disposition *. Il serait donc illusoire de prétendre expliquer par un seul mouvement des eflets parfois très complexes, qui peuvent d'ailleurs se dissimuler sous les apparences d'une continuité orographique à peu près parfaite.
Le bord des Préalpes est occupé par une série de lacs, dont l'allure met en évidence, avec l'intervention des anciens glaciers, des phénomènes de dislocation et d'effondrement périphérique sur lesquels nous ne reviendrons pas, les ayant étudiés antérieurement avec des détails suffisants*.
Région de la mollasse. — Contre les Préalpes, la mollasse se montre soulevée, disloquée, même renversée sur elle-même, et ainsi se constitue un ruban de petites montagnes dont le Rigi fait partie, et qui ont été fortement modifiées par les actions glaciaires subséquentes ; à cette bande appartient le pays qui s'étend du lac de Thoune à Berne, comme celui qui borde sur toute sa longueur le lac de Zurich. Puis le relief s'atténue de plus en plus, formant les collines suisses et la plaine sw/sse,' jusqu'au sillon au delà duquel surgit tout d'un coup la longue arête culminante du Jura.
Chaîne du Jura. — La chaîne du Jura commence dès Chambéry, peut-être même dans les chaînons extérieurs du Vercors (M. Haug y rattache la Grande Chartreuse), se poursuit avec une direction sud-nord dans le Bugey, puis se courbe progressivement au nord-est, pour atteindre son terme extrême dans l'arête est-ouest
i. HauK? Archives des sciences physiques el naturelles, Genève, 15 août 189i. —