‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 273 sur 364 · VINGT-QUATRIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-QUATRIÈME LEÇON

Coup d*œil grénéral. — Il n'y a pas de partie du monde qui exige plus de réserve que l'Asie dans l'application des considérations géomorphogéniques. La moitié de cet immense territoire est à peine connue au seul point de vue de la géographie; et à l'exception de l'Inde, du Turkestan russe, d'une petite portion de la Chine, et du Japon, les géologues n'y ont encore tracé que des itinéraires. Des années s'écouleront avant que la Sibérie, la Mongolie, l'Asie centrale, aient livré leurs principaux secrets; et d'ici là tout essai de coordination ne peut être considéré que comme une ébauche provisoire.

Avec cette restriction, voici, semble-t-il, ce qu'on peut dire sur les traits généraux du continent asiatique.

Si quelque géographe de l'ancienne école, étranger aux notions fondamentales de l'évolution des formes terrestres, avait à interpréter une carte d'Asie, il est fort probable que la bande de hautes cimes, qui va du Pamir aux rivages chinois et indo-chinois, lui apparaîtrait, avec ses montagnes gigantesques, comme le noyau primitif et l'arête essentielle du continent. Dans les plaines sibériennes, avec leur sol uniforme et leurs grands fleuves si régulièrement dirigés vers le nord, comme dans les péninsules méridionales de l'Arabie et de l'Inde, il serait sans doute tenté de voir des terres plus jeunes, ajoutées par un alluvionnement progressif au noyau central, et soudées peu à peu entre elles à mesure de la retraite de la mer. Enfin les rivages du Pacifique, avec les nombreuses chaînes d'îles qui les bordent et les. hauteurs qui viennent y buter, seraient peut-être à ses yeux les restes d'une terre autrefois bien plus étendue vers l'est, et aujourd'hui morcelée par l'attaque constamment renouvelée des vagues.

Interprétation des Btractures asiatiques. — Tout autre sera Tinterprétation, si Ton fait appel aux enseignements de la géomorphogénie. Par cela seul que les chaînes asiatiques offrent un relief considérable, force est de les regarder comme des territoires relativement jeunes dans leur forme actuelle. Au contraire, le sol aplani et Thydrographie régulière de la Sibérie laissent deviner une érosion longtemps poursuivie, qui dénonce cette contrée comme très ancienne dans son ensemble. L*Arabie et THindoustan, avec leur allure de plateaux brusquement tranchés par la mer, apparaissent comme des appendices, étrangers au continent contre lequel ils sont venus se coller. Enfin le littoral du Pacifique, par l'abondance des volcans actifs et la fréquence cfes tremblements de terre dans les chaînes d'îles qui le précèdent, accuse une région de grandes dislocations, où des bandes de terre ferme s'effondrent tandis que d'autres Slirgissent. C'est le bord, nettement marqué, d'une fosse maritime immense, et devenant de suite trop profonde pour que l'érosion par les vagues ait une part principale au dessin de son contour.

En effet, si l'on interroge la géologie, elle montre que la région sibérienne est bien, dans l'ensemble, un territoire extrêmement ancien, sur lequel les mers secondaires ont à peine mordu, et dont les mers tertiaires n'ont visité qu'un coin. Au contraire, dans l'énorme bourrelet montagneux du sud de l'Asie, on voit presque partout, dressées à de grandes altitudes, des couches avec fossiles secondaires et tertiaires. Enfin l'identité de l'Arabie et de l'Inde, même de TAustralie, avec le plateau africain, oblige à les regarder comme des lambeaux d'une grande terre tropicale, autrefois séparée de l'Asie par une fosse marine, dont le fond, sous les énergiques poussées de la fin du tertiaire, s'est soulevé en gigantesques replis, opérant la soudure des terres du nord avec les débris du plateau méridional.

Abondance des dépressions. — Naturellement, la surrection d'un aussi vaste territoire n'a pas pu s'accomplir sans qu'il en résultât un gauchissement de la surface. Telle est la raison pour laquelle la bande médiane de l'Asie abonde en dépressions privées d'écoulement maritime. Ces . dépressions, encadréees entre de hautes chaînes, occupent un tiers de la superficie du continent, et s'il s'y trouve quelques points descendus au-dessous du niveau de la mer, la plupart ont une altitude supérieure à celle qui caractérise la moyenne de la terre ferme. On peut dire qu'elles reproduisent, sur une échelle beaucoup plus grandiose, les circonstances de la

zone médiane de TEurope, avec cette différence que, dans cette dernière contrée, les bassins enfermés entre les dépendances septentrionales des plissements alpins étaientde très petites dimensions, et tous voisins de la source occidentale des pluies abondantes. Aussi les eaux courantes les ont-elles rapidement façonnés, réussissant toujours à en assurer le drainage. Au contraire, Timmensité des dépressions de TAsie, et leur situation géographique, qui les condamnait au régime des vents secs, en ont fait des déserts ou des steppes, quelle que fût d'ailleurs leur altitude, et leur situation ne cesse de s'aggraver, parce que Tévaporation j'enlève plus d'eau que la pluie n'en apporte*.

Ces régions inhospitalières occupent la presque totalité du bloc auquel sont collées, d'un côté les péninsules indiennes, de l'autre la Chine orientale. Le continent asiatique était donc prédestiné à voir éclore, dans ses parties les mieux favorisées, des civilisations qui devaient, pendant une longue suite de siècles, rester absolument ignorées les unes des autres.

Définition des terres asiatiques. — Tout ce qui s'étend au nord des chaînes plissées, depuis l'extrémité occidentale de la Perse jusqu'à la pointe de l'Indochine, participe à ce régime général qu'on peut essentiellement qualifier d'asiatique, et auquel s'associe la région morcelée de la Malaisie. Au contraire, l'Arabie, l'Hindoustan et l'Australie sont construites de tout autre façon, et leur régime est foncièrement africain. C'est pourquoi, réservant la mention de ces derniers territoires pour les réunir avec l'Afrique dans un même examen, nous envisagerons seulement ici, sous la rubrique de terres asiatiques, la partie que limite au sud le faisceau des chaînes persanes et himalayennes.

Nous commencerons par examiner la zone septentrionale de cet ensemble ; puis, nous transportant au nœud orographique de l'Asie centrale, nous étudierons les chaînes qui en divergent et les bassins qu'elles enferment ; après quoi il restera à jeter un coup d'œil sur la région du sud-est, qui forme vraiment un massif à part.

Sibérie occidentale. — La Sibérie occidentale, depuis l'Oural jusqu'au Yeniséi, se distingue par l'uniformité absolue du terrain. Sur plus de 25 degrés eu latitude, et autant en longitude, on ne rencontre pour ainsi dire pas un seul point qui soit à 200 mètres au-dessus de la mer* L'immense bassin de l'Ob occupe à lui seul ce

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