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vaste territoire, et sa haute branche, de beaucoup la plus longue, rirtysch, prend sa source tout près d'un lac dont Taltitude n'atteint pas 500 mètres; de ce bassin à la dépression aralocaspienne, à partir des sources du Tobol, on passe sans rencontrer quoi que ce soit qui indique un faîte.
D'un autre côté, ce n'est pas à une émersion de date récente que la région doit son uniformité. Mais, ayant échappé à toute couverture marine depuis le milieu des temps carbonifériens jusqu'au début de l'ère tertiaire, elle avait dû être absolument nivelée par les eaux courantes. Le retour de la mer, qui a persisté jusqu'à la fin de l'époque oligocène, n'a pu que l'aplanir encore davantage. Enfin après son assèchement, nul soulèvement ne l'a bouleversée, et c'est seulement à l'embouchure de l'Ob que la mer paraît y avoir pénétré de nouveau, à l'époque quaternaire, en formant un golfe profond.
Enfin, par un singulier contraste avec la Russie d'Europe, aucune couverture glaciaire générale ne s'est étendue sur la Sibérie. Le régime des grandes chutes de neige s'arrêtait au pied occidental de l'Oural sans l'atteindre; au delà, quelle que fût la température, la sécheresse de l'air ne permettait pas la formation d'une calotte de glace. Aussi à part les régions voisines du cours inférieur de l'Ob, nul dépôt erratique n'est-il venu troubler la topographie de cette [portion de la Sibérie, ni déranger tant soit peu l'aplanissement acquis.
Ce qui vient encore augmenter, dans le nord, l'indécision des lignes de partage entre les rivières aboutissant au golfe de l'Ob, c'est que ces dernières ont des lits variables, le dégel qui se fait nécessairement au midi, c'est-à-dire par l'amont, jetant au printemps, sur le cours inférieur encore gelé, des eaux qui cherchent à s'écouler sur le côté, plus ou moins à l'aventure.
Par suite de ces diverses circonstances, la Sibérie occidentale consiste exclusivement en plaines et en marécages. On y peut néanmoins distinguer trois zones : au sud, la région que les eaux avaient déjà quittée à l'époque miocène, et dont la surface est recouverte de tchemozo7n; ensuite, au milieu, le pays recouvert par les sédiments quaternaires d'eau douce, et que les marais se partagent avec d'épaisses forêts; enfin, au nord, la partie glaciaire, toundras de mousses et de tourbe, où le sol est perpétuellement gelé à la profondeur de 35 centimètres.
Sibérie centrale. — Tout autres sont les conditions du pays à Test du Yeniséi. Il y a bien toujours, sur le bord septentrional, une
f bande plate de toundras ou marécages glacés. Mais en arrière, le
I sol s*élève assez vite et, en moyenne, Taltitude de 300 mètres est
I acquise dès le 70® parallèle. De plus, le cours supérieur de la Lena
à partir du Baïkal, celui de ses affluents le Viloui, le haut Vitim,
\ TAldan, etc., indiquent nettement des sillons alignés au nord-est,
1 parallèlement aux montagnes de la Transbaïkalie et à cette chaîne
' des monts Stanovoï, qui semble se poursuivre jusqu'au détroit de
Bering. Ce sont donc des directions d'apparence essentiellement
tectonique.
Néanmoins cette influence directrice du sol paraît due à des phénomènes de très ancienne date. Les mers tertiaires n'ont jamais recouvert le territoire et celles des temps secondaires n'avaient pas dépassé l'Olenek, d'un côté, le cours moyen du Viloui, de l'autre. L'ensemble des formes superficielles est assez égalisé. Nulle part les hauteurs ne dépassent 600 mètres d'altitude, si ce n'est en approchant de la région disloquée du lac Baïkal. On sent que ce pays de vallées et de collines a déjà subi une longue érosion.
On sait encore bien peu de chose sur la structure géologique de la contrée. Du moins est-il certain que le sol en est extrêmement ancien, que les terrains paléozoïques y dominent, et que dans leurs plis étaient venus se loger des terrains plus récents, d'âge secondaire, mais de formation plutôt continentale que marine, et où la Lena semble couler de préférence. Tout cela est compliqué par des épanchements volcaniques, d'autant plus nombreux qu'on se rapproche du Pacifique.
Nordenskjoeld a constaté que, dans le voisinage de l'embouchure, les bords du Yeniséi, hauts de 10 à 20 mètres, se découpaient en une infinité de cônes réguliers à pente raide, comme il s'en fait par la fusion d'un mélange de terre et de glace. On y trouve d'ailleurs de nombreuses coquilles des mers glaciales. Ainsi cette partie du territoire serait d'émersion récente.
Région du lac Baïkal. — Un territoire tout particulièrement intéressant est celui du lac Baïkal. Cette cavité trahit, par sa forme comme par ses profondeurs, un lac tectonique bien caractérisé. Allongé, dans le même sens que les monts Yablonovii et Stanovoï, sur 640 kilomètres, avec une largeur qui en atteint 40, il a sa surface à 456 mètres d'altitude, et son fond descend à environ mille mètres au-dessous de la mer^. C'est donc la plus profonde de toutes les dépressions continentales et celle qui, après la Caspienne,
1. C'est le résultat des sondages récemment exécutés par M. M. Dybowski et Godlevski, Geographical Journal, 1898, p. i44.
BAIKAL. NOCVEUE SIBÉRIE 545
descend le plus bas relativement à l'Océan. Ses bords, très abrupts, s'élèvent parfois d'un seul bond à 400 mètres, et la ligne bathymétrique de 200 mètres est presque partout collée au rivage, surtout contre la côte nord-ouest. A son extrémité nord-est, le lac garde encore 871 mètres de profondeur. De plus, une arête longitudinale, arrivant à 60 mètres de la surface, le partage en deux sillons inégaux. Une telle allure, jointe à l'existence de sources chaudes, ainsi qu'à l'enchevêtrement véritable du lac et de l'Angara supérieur au milieu même du réseau des hauts affluents de la . Lena, témoigne de l'importance des fractures qui ont disloqué le plateau archéen de la Sibérie méridionale, à sa jonction avec la Mongolie.
Ces dislocations paraissent être de très ancienne date, au point que Czersky * considère le Baïkal comme résultant de la submersion, opérée au milieu des temps secondaires, de trois synclinaux qui étaient déjà dessinés au début des temps siluriens.
Mais ces dislocations ont dû rejouera une époque récente; car on voit, à faible distance du Baïkal, et plus près encore du Koso-gol à la rive si rectiligne, les cratères volcaniques ou tasses des sources de rOka, dont une coulée a près de 20 kilomètres de longueur*. D'ailleurs, cette région est une de celles où les tremblements de terre ont le plus de fréquence et d'intensité. Tout cela concorde avec ce qu'on doit attendre d'un sol de très ancienne consolidation. Les efforts orogéniques récents n'ont pu que le rompre, sans réussir à le plisser en bourrelets.
Nouvelle Sibérie. Sibérie orientale. — Les îles de la Nouvelle Sibérie, situées en avant de la côte, à l'estuaire de la Lena, offrent une particularité très intéressante', qui d'ailleurs se retrouve sur le littoral septentrional de l'Alaska. Une véritable glace fossile y prend part à la constitution de la côte, formant autour de certaines îles une ceinture de falaises, dont la surface est couverte par des graviers et limons où abondent les ossements de mammouth. On sait du reste que, depuis longtemps, les Tongouses récoltent, sur la côte sibérienne, de grandes quantités d'ivoire fossile provenant de ces animaux.
La Sibérie orientale paraît être surtout formée de terrains anciens. En tout cas, le tertiaire entier y est certainement d'eau douce. Les montagnes n'y dépassent pas 1500 mètres, et au sud la région prend surtout l'aspect de plateaux (Vitim, Aldan), découpés en vallées
1. Mém, Soc. géog. russe, XV, n" 3. — 2. Kropotkin, m Reclus, PAsie Russe, p. 732. — 3. Bunge et von Toll, Petermann's Mitteilungcn, 1888.
DE LAPPAREMT. — LoçoDS dc géogT. phy». 2' édiu 35
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parallèles, que séparent des lignes de hauteurs très peu dominantes. C'est toujours l'allure d'un pays longtemps exposé à l'érosion, mais où les dislocations d'ensemble, liées au voisinage du Pacifique, commencent à jouer un rôle.
Ainsi la côte, remarquablement rectiligne, qui se poursuit parallèlement aux monts Stanovoï, au sud-est d'Okhotsk, et sur laquelle, presque partout, l'altitude s'abaisse brusquement d'un millier de mètres à zéro, ne peut être regardée que comme la lèvre d'une fracture, limitant un compartiment de Técorce terrestre qui s'est abîmé sous l'Océan *.
Kamtchatka. — La presqu'île du Kamtchatka fait partie d'un grand arc remarquablement régulier, qui, tournant sa convexité vers le Pacifique, se poursuit sur près de 20 degrés de latitude, jusqu'à la jonction des îles Kouriles avec le Japon.
Tandis que le contour occidental de la presqu'île, où un peu de tertiaire s'appuie contre un arc archéen et primaire, est d'une remarquable régularité, la côte orientale, entièrement volcanique, est accidentée de nombreuses découpures et bordée par une véritable chaîne de volcans (on en compte 38, dont 12 actifs). L'un d'eux, le Klioutchevskoï, s'élève d'un jet à la hauteur du Mont Blanc (4804 m.). On remarque que cette activité volcanique commence seulement au point où la courbe des Aléoutiennes vient toucher la péninsule, dont la partie nord est exempte de ce genre de manifestations. D'ailleurs des fosses maritimes exceptionnelles ne cessent pas d'accompagner ces chaînes de volcans, notamment celle des îles Kouriles, au pied desquelles la sonde descend plus bas que partout ailleurs dans le Pacifique septentrional. Nous verrons que cette allure se poursuit bien loin vers le sud, et qu'ainsi tout le bord occidental de ce grand océan est marqué par des écroulements de premier ordre.
Les îles qui jalonnent les cassures forment en avant du massif asiatique une véritable cordillère en grande partie submergée; et il est actuellement impossible de dire si c'est le prélude d'un effondrement partiel de la côte orientale du continent, ou si au contraire c'est un mouvement provisoire de bascule, devant aboutir à la surrection d'une chaîne côtière. Auquel cas les mers d'Okhotsk, du Japon et de la Corée se transformeraient un jour en bassins déprimés, comme ceux que nous verrons bientôt si développés en Mongolie.