‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 275 sur 364 · MANDCHOURIE. PAMIR · texte numérisé non relu

MANDCHOURIE. PAMIR

Bassin de l'Amour. Mandchomie. — Nous ne saurions séparer de ces régions la partie de TAsie qui comprend le bassin du fleuve Amour et la Mandchourie, précisément parce qu'on y voit s'accentuer cette même structure de plateaux disloqués, descendant au Pacifique par des plis brusques, plutôt que par des cassures. De cette façon, tandis que d'un côté ces compartiments de l'écorce terrestre apparaissent avec le caractère de plateaux, sur le versant du pli, où l'érosion les a découpés, ils prennent l'aspect de montagnes*. De ce genre sont les monts Yablonovii, Khingan, Stanovoï, etc.

Mais, en outre, des fragments déprimés se montrent dans l'intervalle des crêtes relevées ; tels sont : le petit bassin lacustre où se perd rOuldcha, entre l'Argoun et la Chilka; le territoire abaissé de la Mandchourie, entre les monts Khingan et la chaîne de la Boureïa; le lac Khanka, encore plus voisin de la mer. Du même ordre est la dépression de la Mandchourie méridionale, avec les petits lacs Tchakhan et Tansouto. Il y a là un pays incomplètement modelé, parce que les vents du sud-est, abandonnant leur humidité sur les hauteurs de la Corée, arrivent trop secs en Mandchourie pour favoriser le travail de l'érosion. Mais ce travail progresse aux deux extrémités, d'un côté par l'Oussouri, de l'autre par les affluents du golfe de Liautoung, et un jour viendra où tout le pays trouvera ainsi son écoulement régulier vers la mer*.

En résumé, les régions voisines des mers d'Okhotsk et du Japon accusent le morcellement d'un terrain ancien, et il faudrait bien peu de chose pour que la mer pénétrât dans le bassin de l'Amour, changeant la chaîne bordière de Tartarie, ou Sikhota Alin, en une chaîne d'îles analogue au Japon. De même, une submersion de moins de 300 mètres isolerait complètement la Corée de l'Asie continentale. Le cours, si souvent décroché, de l'Amour et de ses affluents, montre l'influence que les dislocations ont exercée sur le tracé des rivières.

Pamir. — Quittons maintenant les régions septentrionales, et essayons de nous faire une idée de l'orographie du massif asiatique. Pour cela il nous faut nécessairement partir du Pamir^ ce « toit du monde », qui est comme le nœud commun d'où divergent toutes les hautes chaînes du continent.

Le Pamir est une sorte de plan incliné montagneux de 90 000 kilomètres carrés de surface, encadré entre VAlaï au nord,

i. Sievcrs, Asien, p. 187. — 2. Sievers, Asien, p. 188.

VHindoukouch au sud, et qui est divisé, par une série d'ondulations parallèles à grand rayon, en sillons d'où descendent TOxus (Amou-Daria) et ses affluents. On compte jusqu'à huit de ces sillons ou pamirs. Mais avant de trouver un débouché à l'ouest, ils viennent se heurter contre un bourrelet transversal, qui domine comme une muraille le pays de Badakchan, et oblige le haut Oxus à se rejeter au nord, pour s'ouvrir ensuite la gorge profonde du Darvaz, par où il trouve accès dans la grande plaine des Turkmènes.

Du côté opposé, toutes les vallées pamiriennes viennent aboutir par l'amont à la crête du Sarykol^ qui, dans le sud, se relie à la fois, par 5000 mètres d'altitude, à l'Hindoukouch à l'ouest, au Karakorum à l'est; tandis que, dans le nord, elle rejoint le Transalaï contre le pic Kaufmann (7000 mètres), de manière à se relier au Tien-Chan. Enfin, en arrière du Sarykol, une autre crête encore plus importante, dont le centre porte le Moustag-Ata(7864 mètres), et dont deux autres sommets dépassent 7000 mètres, descend d'un seul bond à 1300 mètres dans la fosse de la Kachgarie, laissant passer par des brèches immenses le Yarkand-Daria et le Kachgar- Daria, en même temps qu'elle envoie au Tarim une foule de torrents, que les sables du désert absorbent rapidement.

Tout ce qui est connu du Pamir appartient au trias, aux terrains primaires et à l'archéen. Les formations plus jeunes y font complètement défaut, sauf des dépôts tertiaires ou quaternaires localisés sur les bords des fleuves et des lacs. C'est donc un territoire de très ancienne consolidation, qui a dû avoir le temps d'être façonné en pénéplaine, et qui sans doute avait atteint cette condition lorsque son équilibre a été troublé par de nouvelles dislocations.

C'est probablement à cette cause, jointe au défaut d'entraînement des éboulis provenant de la désagrégation des roches, que la région doit le profil en dos d'âne des croupes séparant les laides vallées ou j)amirs qui lui ont valu son nom. La constitution du terrain, généralement exempt de roches dures, y a aussi contribué. Enfin l'aspect des versants, encombrés d'éboulis à faible pente, semblables à ceux qui d'ordinaire accompagnent le pied des glaciers suspendus, donne à penser que la contrée a dû être récemment façonnée par les glaces, lesquelles se seraient ensuite retirées sur les hauteurs, faute d'une suffisante humidité. Cette conclusion concorde avec tout ce qu'on sait de la diminution progressive des chutes de pluie dans l'Asie occidentale, où tant de déserts ont définitivement pris la place de l'ancienne nappe d'eau aralo-

HYDROGRAPHIE PAMIRIENNB

Caspienne. Elle vient d'ailleurs d'être directement confirmée par les observations de M. Sven Hedin, pour qui les lacs Karakoul et Rangkoul sont exclusivement dus à des barrages morainiques.

Les vallées pamiriennes ont leur cours principal entre 3600 et 4200 mètres d'altitude. Par leur végétation, ce sont de véritables steppes, où la neige tombée en hiver suffit à entretenir, pendant. la saison chaude, une maigre végétation. Mais il est des parties où la sécheresse engendre des déserts avec dunes de sable, et cela même aux alentours du lac Karakoul, par 3870 mètres au-dessus de la mer*.

Hydrographie paznirienne. — Quand le Pamir s'est trouvé porté à la hauteur qu'il atteint aujourd'hui, des effondrements locaux

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Fig. 146. — Le nœud hydrographique do TAsic centrale.

ont dû y faire naître plus d'une cavité. Mais la dislocation capitale du massif est le bourrelet oriental qui le limite, et le long duquel s'étend le bassin déprimé du Tarim ; de sorte que la chaîne de la Kachgarie, qui couronne la lèvre soulevée de cette cassure, domine de S à 6000 mètres les bords du bassin plat adjacent. Une pareille différence de niveau, se produisant d'un seul jet, ne pouvait manquer d'exercer une grande influence sur l'activité des cours d'eau.

En effet, quand on remarque la façon dont le Yarkand Daria parvient à recueillir, par des gorges profondes, des rivières longitudinales qui, coulant bien en arrière de la crête de Kachgarie, semblaient destinées au bassin de l'Oxus, on se rend compte que c'est l'excès de la pente vers l'est qui a dû donner à l'érosion, de

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