Suess, Anilitz der Erde, p
Le bassin, du Tarim (fig. 147) est un immense désert, où des rivières considérables, descendant des plus hautes montagnes du globe, finissent par se perdre dans les marécages du Lob-Nor, à moins de 800 mètres d'altitude. Au nord le Tien-Chan, à Touest la gigantesque muraille de la Kachgarie, au sud le Kouenlun et l'Altyn-Tagh, tels sont les remparts qui limitent ce bassin d effondrement, presque complètement fermé du côté de la Mongolie, par
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Fig. 1 17. — Schéma do la dépression du Tarim.
L, Lob Nor vu en 1896 par M. Sven Hedin; L', Lob Nor des cartes chJaoiscs;
\J\ Lob Nor de Prjewalsky et de M. Bonvalot.
13S0 mètres d'altitude, grâce aux nombreuses chaînes secondaires que le Tien-Chan envoie à Test-sud-est. Si, du côté méridional, la chute se fait tout d'un coup, de sorte que moins de 100 kilomètres suffisent pour passer du Lob-Nor à la crête de TAltyn-Tagh (6000 mètres), au nord il se produit comme une série de sillons parallèles sur près de 3 degrés de latitude. Mais les plus affaissés de ces sillons ne sont pas ceux de l'intérieur. C'est tout contre le Tien-Chan, au pied d'une arête de 4000 mètres, entre Liouktchoun et Tourfan, que se trouve la fosse la plus profonde, à environ cent
TARIM, GOBI, MONGOLIE 553
mètres au-dessous de la tner; et à peine a-t-on franchi Tarête du Bog-do-Ola qu'on retombe dans la Dzoungarie, sur un fond plat de 600 à 700 mètres d'altitude, avec un ombilic du lac Ebinor, à 210 mètres seulement.
Tout cela dénote d'importantes fractures de Técorce, qui font comprendre la présence de volcans et de champs de laves sur le bord méridional de la Dzoungarie.
Nous avons déjà dit comment, grâce à cette énorme chute, le Yarkand-Daria avait repoussé la crête de partage au delà de la muraille de Kachgarie. C'est de la même façon que son afffuent le Karakach, dépassant la crête du Kouenlun, est parvenu à étendre son domaine en arrière jusqu'aux abords du lac tibétain Thaldat, à 5000 mètres d'altitude.
Plusieurs des cours d'eau du Tarim, par exemple le Khotan Daria et le Keryia Daria, se perdent au moins pendant une partie de l'année, dans les sables du désert de Takla Makan, où des dunes atteignant jusqu'à 60 mètres recouvrent aujourd'hui l'emplacement de cités indiennes antérieures au vn* siècle de notre ère*. D'autre part, le Tarim lui-même, affaibli par les saignées faites en vue des irrigations, ne parvient pas à s'assurer un débouché constant. Les sables, poussés par le vent de nord-est, lui barrent le chemin, et ainsi s'expliquent, selon M. Sven Hedin*, les migrations du Lob- Nor, où la masse principale des eaux se déplacerait, selon les temps, d'un degré en latitude.
Gobi, Mongolie. — Le Gobi oriental n'est pas à proprement parler un désert. Du moins cette dénomination ne convient-elle qu'à sa partie centrale déprimée. Dans tout le reste, selon M. Obroutchew', il tombe des pluies qui parfois, en été, durent trois jours, et un peu de neige en hiver. Les pluies font naître des flaques d'herbes qui se dessèchent dans le cours de la saison chaude, mais après avoir donné une nourriture qui suffît aux animaux des caravanes. C'est donc une steppe, au fond d'argile et surtout de graviers.
Les dépressions du Tarim et du Gobi correspondent à la 77ier desséchée ou Han-Haî des Chinois. Les eaux tertiaires paraissent s'y être élevées jusqu'à 1200 et même ISOO mètres : mais, dans les dépôts qu'elles ont laissés, à l'exception d'un gisement d'huîtres éocènes entre Khotan et Yarkand, on n'a encore trouvé aucun fos-
1. Voyagea de M. Sven Hedin. — 2. PetermanrCs MitleiL, XLII (1896). — 3. Voir Geogr. Journal^ V, p. 260; et ScoUish geogr. Magazine, 1896, p. 75.
5b4 LES TERRES ASIATIQUES
sile marin. En tout cas, le fond sur lequel reposent ces couches paraît exclusivement archéen et primaire.
La Mongolie centrale est recoupée par de nombreuses chaînes, que séparent de larges dépressions ou vallées longitudinales. Les chaînes, qui ne dominent les vallées que de 800 à 1100 mètres, ont des crêtes heurtées, déchiquetées. Ces crêtes forment le tiers de la hauteur des montagnes, et s'élèvent sur de larges piédestaux aux contours adoucis, dont les versants ont subi la désagrégation habituelle aux pays secs. Ce sont les dépôts à peu près horizontaux du Han-Haï qui forment ces piédestaux, tandis que les hauteurs sont de granité, porphyre, basalte, etc.
Kouenlun et ses prolongements. — Le Kouenlun occidental, entièrement composé de terrains primaires, forme une chaîne gigantesque, couronnée de neige, s'élevant de 6500 à 7800 mètres sur la frontière du Tibet, et s'abaissant par terrasses successives vers le bassin du ïarim. Plus loin vers Test, Torographie devient plus complexe, et comporte une série de chaînes plus ou moins parallèles.
La sécheresse de Tair fait que la limite des neiges, qui est de 5200 à 5520 mètres sur le versant septentrional, monte au delà de 6000 mètres sur le flanc opposé. Aussi, sur 1200 kilomètres, M. Bogdanowitch n'a-t-il constaté que quatre glaciers, tous de second ordre et localisés sur le versant nord.
De môme qu'au delà du Pamir les grandes chaînes asiatiques divergent en éventail, ainsi, un peu avant le méridien du Lob-Nor, le Kouenlun se sépare en plusieurs branches. La plus extérieure, Y AlUjn-Tagh^ se dirige d'abord au nord-est, puis se recourbe à TE.-S.-E. sous la forme des Monts Nan-Chan, dont la chaîne principale a reçu de M. Obroutchevv * le nom de Monts Richthofen. Cette chaîne se poursuit jusqu'au fleuve Jaune, passant de 4000 ou 4300 mètres d'altitude à 2100 ou 2i00.
Cette région, aujourd'hui si haute, doit son relief à un phénomène orogénique récent. Selon M. Obroutchew, le dessèchement du Han-Haï aurait été suivi par la formation d'un pli de 3350 mètres d'amplitude verticale, et c'est ainsi que le lac Koukounor se serait trouvé isolé.
Tibet. — On croyait autrefois que le Kouenlun était simplement l'arête d'un haut plateau désert, le Tibet, que limitait de l'autre côté la chaîne encore plus haute de l'Himalaya. Les voyages de