TIBET
MM. Prjewalsky, Bonvalot, le prince Henri (FOrléans et Bogdanowitch, ont complètement modifié cette conception. C'est toute une série de chaînes divei^entes qui vont s'écartant du nœud pamirien, autour de la masse imposante du Dapsang (8619 m.), cime culminante du Karakorum. Plusieurs de ces chaînes conservent, sur plus de dix degrés de longitude, une hauteur de 6000 à 8000 mètres, et si le Tibet a passé longtemps pour un plateau, c'est que généralement, à Touest comme à Test, la sécheresse du climat y a empêché le jeu naturel de Térosion. Dans le Kouenlun occidental aussi bien que dans son prolongement oriental, le Baian- Kara, on a souvent de la peine à voir la roche en place. Le principal élément du relief .consiste en de petites chaînes aux arêtes vives, ne dominant le terrain que de quelques centaines de mètres, et à demi enterrées sous les produits de leur démolition séculaire*. Gelés une grande partie de Tannée, ne dégelant d'ailleurs en été que durant la journée, les fleuves n'ont guère la force de creuser leur lit ni de transporter des débris. Et la contrée, haute en moyenne de 4800 à ooOO mètres, demeure un désert de pierres, presque absolument dépourvu de toute population animale.
Au contraire, dans la partie orientale du Tibet, les eaux courantes, grâce à la diminution de l'altitude de leurs vallées, acquièrent une grande puissance, et la vie apparaît de tous côtés. Malheureusement ces vallées sont très étroites, ne laissent pas se développer de plaines d'alluvions sur leur fond, et les versants en demeurent trop raides. Le passage de l'une à l'autre est très difficile et s'eflectue par des cols situés entre 4000 et 5000 mètres. Le pays, quoique beaucoup plus riche, demeure donc essentiellement fermé.
Non seulement tout le Tibet est ainsi un territoire plissé, dans la partie méridionale duquel les terrains secondaires atteignent un grand développement; mais c'est aussi un district disloqué par de nombreuses fractures, sur le bord desquelles l'activité volcanique s'est fait jour par des altitudes de oOOO et même 6000 mètres. C'est ce dont témoignent les volcans Ruysbroeck et Reclus, trouvés par M, Bonvalot entre le Kouenlun et le Tengri-Nor» ceux qui ont été signalés par M. Littledale entre 36"o0' et 33"50' lat. N., enfin les sources thermales qui, en hiver, donnent au centre de la région, par 5300 mètres d'altitude, le curieux spectacle de geysers ficelés. De la même façon, des sources chaudes et des dépôts de borax existent près du lac Tengri-Nor, et parmi les nombreuses
1. Bogdanowitch, Bull. Soc, géol. de Frajice, [3], XIX, p. 700.
cavités lacustres du Tibet méridional, il en est probablement plus d'une qui doit son origine à un effondrement, tandis que d'autres résulteraient simplement de Tinsuffisance du modelé, causée par rimpuissance des eaux courantes. A cette dernière catégorie appartiendraient les 23 lacs observés par M. Sven Hedin dans le Tibet septentrional, au sud de TAkka-Tagh.
Karakorum, Himalaya. — Au point où YHindoukouch se soude au Pamir, le Karakorum s'en détache vers le sud-est; mais cette chaîne, malgré les cimes de 7600 à 8600 mètres qu'elle porte, ne se relie pas à l'Himalaya. Elle va se perdre au loin dans le Tibet, ne contribuant même que pour une petite part à l'alimentation de rindus. Ce fleuve, qui vient des profondeurs de la lisière tibétaine, est contenu entre une chaîne détachée du même nœud que le Karakorum, la chaîne de Leh, et la puissante muraille de VHimalaj/a, commençant à la brèche de l'Indus pour se poursuivre en arc convexe vers le sud jusqu'à la coupure du Brahmapoutra. Débutant par le Nanga Parbat (811 3 mètres), et interrompu un moment par la brèche où le Satledj se fait jour entre des cimes voisines de 6000 mètres, l'Himalaya acquiert ses plus grandes hauteurs (8840 et 8483 mètres) sous le méridien du Lob Nor, après avoir subi un abaissement assez notable, au passage de cette vallée du Karnali, dont l'origine vient toucher les sources presque confondues du Brahmapoutra et de l'Indus. Dans l'ensemble, sa ligne de crête se tient au-dessus de 5500 mètres.
Précédée, du côté de l'Hindoustan, par le ruban des collines de Siwalik, qui appartiennent au tertiaire le plus récent, et jouent par rapport à la grande chaîne un rôle analogue à celui de la mollasse alpine, la série de l'Himalaya laisse ensuite apercevoir une bande peu épaisse de terrains paléozoïques. Ceux-ci s'appuient contre une large zone archéenne, qui porte toutes les cimes culminantes, et eu arrière de laquelle, du côté tibétain, apparaît une série sédimentaire très variée, comprenant même du tertiaire marin.
Himalaya central. — Comme exemple de cette constitution si régulière, on peut donner la coupe de THimalaya central.
Si, de la plaine de l'Hindoustan, on s'élève vers les sources du Gange, situées dans cette région, on traverse successivement : la série de chaînes de grès et de conglomérats, à végétation luxuriante, dites collines Siwalik, variant en hauteur de 1000 à 1300 mètres, puis en arrière la dépression dite Dun, à 600 ou 700 mètres d'altitude, après quoi on atteint brusquement le bord d'une zone, large de 100 à 130 kilomètres, qu'on appelle le Bas Himalaya, et qui est