‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 280 sur 364 · RÉGIME HYDROGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

RÉGIME HYDROGRAPHIQUE

entièrement formée de roches métamorphiques. L'altitude moyenne de cette bande, morcelée par de nombreuses vallées, est de 1800 à 2400 mètres.

Au delà de ce premier gradin s'élève d'un seul jet l'axe archéen de la chaîne, avec ses montagnes grandioses, comme le Nanda- Devi (7820 m.), d'où descendent en rayonnant de superbes glaciers, quelques-uns longs de 19 kilomètres*, et offrant un remarquable contraste avec la végétation subtropicale des vallées.

Dans la partie orientale de la chaîne, cette succession de zones étagées ne se reproduit pas. La contrée humide et marécageuse qui s'étend du Gange inférieur au Brahmapoutra voit s'élever brusquement devant elle la haute muraille himalayenne, sans qu'il y ait plus de 100 à 130 kilomètres entre le bord de la plaine et les plus hauts sommets.

Régime h7drograpliiq[ue. — Dans cette rangée de cimes géantes, on devrait s'attendre à trouver la ligne séparative entre

Fig. 148. — Les rivières do l'Himalaya.

les eaux de l'Hindoustan et celles du Tibet. Il n'en est rien. Les deux hautes branches du Gange, le Gori, et le Girthi qui aboutit au Dhauli, entourent complètement le Nanda-Devi (fig. 148). C'est

1. Diener, Verhandlungen der Gesellschaft fur Erdkunde, Berlin, 1893.

en arrière qu'il faut chercher le faîte de partage, dans une chaîne dont aucun sommet ne dépasse 6000 mètres, et qui appartient à une grande zone calcaire d'âge triasique, précédant les schistes jurassiques de Spiti. Au delà de ce faîte secondaire coule le Salledj, affluent de Tlndus, qui franchit la chaîne principale en y creusant, en aval de Gilgit, une gorge de près de 5000 mètres, la plus étonnante qu'il y ait au monde.

Un fait encore plus caractéristique est le suivant. Juste entre les deux cimes géantes de la chaîne, le Gaurisankar et le Kintchinchinga, un affluent du Gange, le Kosi, s'est frayé un chemin vers une vallée longitudinale qu'une chaîne sépare de celle du Brahmapoutra ; et c'est en arrière de ce dernier fleuve que se fait la séparation entre le bassin de l'océan Indien et la dépression fermée du Tengri-Nor.

Ces circonstances s'expliquent par la grande supériorité que donnent au travail de l'érosion, sur le versant méridional, d'abord la rapidité de la chute, ensuite l'abondance des^récipitations. Ainsi favorisés, les cours d'eau qui arrosent ce versant ont fait reculer la ligne de partage, découpant le massif culminant dans ces vallées profondément encaissées, aux pentes exceptionnellement raides, qui en sont le trait caractéristique. Au contraire, les sommets de la chaîne secondaire, où l'air est plus sec, portent peu de neige; la contrée qu'ils dominent est un vrai désert, et les débris provenant de leur destruction la recouvrent comme d'un manteau, si bien qu'on ne parvient à distinguer la roche en place que sur les cimes ou dans les ravins*. Ces caractères, qui sont exactement ceux du Kouenlun, prouvent que d'un bout à l'autre du Tibet occidental régnent les mêmes conditions.

C'est du reste de cette façon que M. Oldham * a expliqué la capture, opérée par les cours d'eau indiens, d'aires de drainage qui auparavant appartenaient aux rivières sans issue du plateau tibétain. C'est ainsi, sans doute, que le haut Indus et le haut Brahmapoutra sont devenus tributaires de la mer des Indes.

En général, on observe que les rivières longitudinales sont établies suivant l'affleurement des terrains peu résistants, et que les cluses transversales ou tangi s'ouvrent dans les chaînes anticlinales de calcaires durs. Selon les géologues de l'Inde, plusieurs de ces cluses sont très anciennes et ont dû se former par creusement continu pendant la surrection du pli.

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