‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 281 sur 364 · Diener, loc, cit. — 2. Geogr. Journal^ mars · texte numérisé non relu

Diener, loc, cit. — 2. Geogr. Journal^ mars

HINDOUKOUCH 559

La grande quantité d'eau qui s'abat sur le flanc méridional de THimalaya fait que les cimes, abondamment couvertes de neige, se détachent au-dessus de pentes magnifiques, couvertes de forêts. Les rivières y coulent toutes dans des gorges extrêmement profondes, et l'absence de lacs, ainsi que la rareté des cascades, témoignent de l'activité exceptionnelle que les eaux courantes ont su déployer. C'est un contraste complet avec le versant nord, où la sécheresse n'a pas permis l'enlèvement des débris provenant de la destruction des sommets.

Hindoiikouch et ses prolongements. — En sens inverse du Karakorum et de l'Himalaya, VHindoukouch dirige sa crête vers l'ouest. Très difl(érent du Pamir, il se distingue par un relief extrêmement accusé, conséquence d'une plus grande activité des cours d'eau, mieux alimentés. La chaîne s'abaisse progressivement jusqu'au col de Hadji-Kak (3715 m.), où elle se soude à une suite de chaînes parallèles, dessinant un arc convexe vers le sud entre Kaboul et la Caspienne. C'est le Paropamise des anciens, duquel s'écartent trois séries de rides, l'une, remarquablement rectiligne et continue, qui suit le bord de la steppe des Turkmènes et aboutit par le mont dit Grand Balkan sur la Caspienne, au sud du golfe de Karabogaz; une seconde qui, parallèle à la première, en est séparée par un sillon où coule l'Atrek ; enfin un ensemble moins continu de plissements, formant la partie nord du Khorassan et se terminant contre un plateau ondulé, au delà duquel commence la grande chaîne de l'Elbourz. Dans celle-ci, on voit un ensemble de sédiments plissés qui vont du dévonien au tertiaire, et la chaîne est bordée au sud par des tufs volcaniques. Elle entoure d'un rempart concave et abrupt l'extrémité de la Mer Caspienne, avant d'aller rejoindre le nœud volcanique de l'Ararat. On peut donc dire qu'une barrière continue de montagnes plissées règne au nord de l'Afghanistan et de la Perse.

D'autre part, entre THindoukouch et l'Indus, mais surtout au delà de Peshawer, on voit se détacher en éventail toute une suite de chaînons, qui s'épanouissent dans l'Afghanistan, et dont le plus accentué est une ligne de hauteurs nord-sud, les monts Soliman (cimes de 2000 à 3500 mètres), que l'Indus ne cesse pas de longer jusqu'à son embouchure. Comme au contraire, sur la rive gauche du fleuve, depuis le Penjab ou Pandjab, le pays est absolument plat, sauf dans le haut massif de Cachemire, où des cimes de plus de 5000 mètres entourent une dépression ovale avec un lac à moins de 1600 mètres d'altitude, il est évident qu'il se produit en avant du

Karakonim un rebroussement et en même temps un épanouissement (le Tare himalayen. Le Jhelam, affluent de Tlndus, marque une ligne de grande dislocation, Tarête même de rebroussement à partir de laquelle s'écartent le faisceau de THimalaya et celui de Touest. C'est sans doute le bord de la plate-forme résistante de THindoustan, que TefTort orogénique a dû contourner.

Du reste, Tétat actuel du bassin de Cachemire ne peut s'expliquer que par l'assèchement d'une ancienne cavité lacustre, créée d'abord, et vidée ensuite, par des phénomènes d'ordre tectonique. Des terrasses horizontales, sans doute les traces des anciens niveaux de l'eau, garnissent les flancs de la vallée. Les tremblements de terre sont fréquents dans la contrée, et il est clair que ce coin, où se fait le brusque changement de direction des chaînes, correspond à une rencontre de dislocations importantes. Les travaux de détail des géologues de l'Inde y indiquent un plissement d'une excessive énergie, allant jusqu'à la torsion et à Técrasement des plis.

GhaliieB iraniennes. — Dès le rivage du Baloutchistan, la direction redevient est-ouest, puis nord-ouest, et la série des chaines iraniennes, traversant toute la Perse, va rejoindre dans le Kourdistan, d'un côté le nœud de l'Ararat, de l'autre les dernières chaînes du Taurus. Ansi, entre les montagnes iraniennes du sud et les prolongements de l'Hindoukouch, se trouve enfermé un grand territoire triangulaire, où abondent les dépressions sans écoulement, et au centre duquel le terrain s'infléchit par endroits jusqu'à 400 et même seulement 300 mètres d'altitude.

Autour de ces dépressions régnent des déserts et des steppes. Mais le territoire ainsi enfermé est loin d'être plat. D'abord, à côté de dépressions à 300 mètres d'altitude, on y voit de hautes plaines entre HOO et 1300 mètres. En outre il y sui^t presque partout au moins des fragments de chaînes plissées, la plupart formées de terrains secondaires, mais avec apparition d'archéen. Ces plis sont parallèles aux montagnes principales des bords de la contrée, et l'on constate que les alluvions, les éboulîs et les dunes ont eu une grande part à Taplanissement des sillons compris entre ces hauteurs. A cet égard, le territoire, malgré une beaucoup moindre altitude, ne serait pas sans analogie avec le Tibet. Seulement, dans ce dernier, l'œuvre du modelé a été paralysée par une température trop basse pour permettre le travail régulier des rivières; tandis qu'en Perse les cours d'eau, plus actifs avant l'ère actuelle, et le vent, ont pu s'employer au comblement

PERSE. DEPRESSION ARALOCASPIENNE o6I

des dépressions depuis Témersion du pays, c'est-à-dire depuis le milieu des temps tertiaires. Après quoi la sécheresse est venue, qui a installé et progressivement aggravé le régime désertique, faisant de l'intérieur de la Perse une des contrées les plus désolées qu*il y ait au monde.

A partir de la mer et du Golfe Persique se montre partout un ruban de terrain plat, où règne, avec une chaleur extrême, une sécheresse qui rend toute végétation impossible. Au delà s'élèvent rapidement les premières chaînes iraniennes, en ondes successives laissant entre elles de nombreuses vallées longitudinales, dont la fertilité contraste avec Taridité des montagnes. Des rivières les parcourent, qui trouvent à s'échapper par des cluses.

Intérieur de la Perse. — Dès qu'on atteint les hautes crêtes, à partir desquelles le terrain commence à s'abaisser vers l'intérieur, les bassins sans écoulement deviennent la règle. Ce sont d'abord des cavités lacustres, comme celles des lacs Niris et Mahluja, à de grandes altitudes (plus de 1500 mètres). Puis les rivières se perdent au milieu des pierres et du sable. Enfin on arrive aux steppes et aux déserts intérieurs, notamment celui de Louty et plus au nord le Grand Désert Salé, ou tout au moins la steppe salée, qui vient presque toucher la chaîne de TElbourz près de l'endroit où s'élève le Demavend (5900 mètres), magnifique volcan aujourd'hui réduit à la condition de solfatare.

Une dernière dépression, la plus haute de toutes, est le bassin tertiaire, avec fond secondaire plissé, au centre duquel se trouve le lac d'Ourmia (1350 m.). Mais une partie du territoire a déjà été conquise au profit du bassin de la Mer Caspienne. La rivière Safid-roud a profité de la grande hauteur de chute que lui offrait le versant nord de l'Elbourz, pour y ouvrir une brèche, à la faveur de laquelle elle a pu capturer la vallée longitudinale du Kizil-ousen, dont un affluent s'avance bien loin dans l'intérieur, jusqu'à plus de 2000 mètres d'altitude.

Dépression aralocaspienne. — Il nous reste à parler du grand territoire déprimé dit aralocaspien, qui s'étend entre la Caspienne et les contreforts occidentaux du Pamir. Réduite aujourd'hui aux deux grands lacs de la Caspienne et d'Aral, la nappe d'eau qui couvrait cette dépression à la fin de l'époque tertiaire s'étendait à l'ouest jusqu'à la Mer Noire, au nord jusqu'à Kazan, au sud jusqu'au Khorassan. Seulement, dès l'époque quaternaire, le plateau de rOust-Ourt, formé de terrain tertiaire, s'y avançait comme un coin entre les dépressions lacustres principales, dont l'une, la

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Caspienne, a maintenant sa surface à 26 mètres au-dessous de la mer (sa plus-grande profondeur étant à — 1124 mètres), tandis que le lac d'Aral est resté à la cote + 48 (l'un des points de son fond descend à — 68).

La dépression du Sarykamych, située entre le lac d'Aral et la Caspienne, a son fond occupé par des lacs saumâtres, de niveau inférieur à celui de la Caspienne, dont cette dépression est séparée par un seuil de 80 mètres. L'Amou-Daria s'y jetait autrefois. Les anciens textes disent d'ailleurs que la Caspienne était plus étendue de l'ouest à l'est que du nord au sud, dans la proportion de 15 à 8 '• Sous l'influence de la sécheresse croissante, l'immense étendue aralocaspienne s'est transformée en un ensemble de steppes et de déserts. Les déserts de sable sont le Kara-Koum au sud de l'Amou ; le Rizil-Kourriy entre ce fleuve et le Syr-Daria, le Monjoun-Koum ou Ak'Koum au nord du Tien-Chan. Dans ces déserts se perdent de nombreux cours d'eau, tandis que le Syr et l'Amou n'atteignent l'Aral qu'après d'incessantes modifications de leur cours. Les steppes des Kirghiz bordent la dépression au nord.

ChaineB aralocaspiennes. — La dépression aralocaspienne n'est pas une cuvette au fond plat. Les marnes et les sables qui la garnissent masquent certainement un substratum plissé. Mais l'eflbndrement survenu, et les dépôts qui se sont faits depuis lors, empêchent de voir, sinon par endroits, le prolongement des chaînes détachées du Pamir vers l'ouest.

Ces chaînes sont d'ailleurs nombreuses. Ainsi, tandis qu'une suite d'affleurements primaires prolongent le Tarbagataï dans la direction de l'Oural méridional, et que deux arêtes détachées du Tien-Chan vont mourir, l'une entre le lac Balkhach et le Tchou, l'autre entre cette rivière et le Syr-Daria, un épanouissement de ce dernier rameau, combiné avec l'AIaï, enferme le pays montueux du Ferghana. La haute chaîne du Zarafchan, avec ses beaux glaciers, sépare de cette manière le Syr-Daria de l'Amou-Daria, faisant sentir son influence jusqu'aux approches du lac d'Aral; peut-être est-ce un écart de cette ligne de hauteurs qui, reparaissant après la traversée de l'Amou, vient former sur la Caspienne le promontoire si accentué de Manghichlak.

DislocationB du Turkestan. — r Le trait le plus marqué du territoire aralocaspien, celui qui accuse le mieux sa structure spéciale, est la chaîne de hauteurs exactement rectiligne qui, sous le nom de

1. Konchine, Vidal de la Blache, Annales de Géogr.^ V, p. 50 i.

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