TURKESTAN, CHAINES TIBÉTAINES
Kopet-Dagh, en accompagne constamment le bord méridional. Le pied de cette chaîne, commencement de la steppe des Turkmènes, garde une altitude de 150 à 300 mètres; et il est immédiatement dominé par une haute muraille de sédiments plissés, dont une cime dépasse 3000 mètres, plusieurs autres s*élevant à plus de 2500.
Cette falaise, dont Talignement si net est parallèle à celui de rOxus, ne peut manquer de trahir une grande dislocation à laquelle la steppe doit d'être si déprimée. En 1895, pendant qu'un tremblement de terre détruisait la ville de Koutchan, située dans le Khorassan, sur le cours de TAtrek, au sud du Kopet-Dagh, un autre, longeant cette chaîne au nord, dérangeait en de nombreux points l'assiette du chemin de fer transcaspien, et se faisait sentir fortement dans la partie méridionale de la mer Caspienne.
Du reste, la mobilité du sol s'étend à toute la dépression aralocaspienne et pénètre dans les chaînes du Tien-Chan. L'état singulier dans lequel se présentent aujourd'hui les ruines des anciennes constructions de Samarkande, dont les murs sont si fortement déviés de la verticale, tient à un tremblement de terre qui a précédé de peu la prise de possession de cette ville par les Russes. En 1887 une catastrophe de ce genre a sévi à Viernoié ou Viernyi, au nord du lac d'Issyk-Koul \ que sa situation et sa grande profondeur désignent comme une cavité tectonique.
Ainsi, du Caucase à l'extrémité de la Sibérie, une ligne de vibrations séismiques traverse le massif de l'Asie. Nous avons déjà mentionné les traces de volcans échelonnées sur cette ligne en territoire sibérien. Ajoutons que des gisements de soufre natif s'observent en plein désert de Kara-Koum, enfin que des émanations de naphte et de pétrole, prolongement de celles de la Caspienne, se font jour le long de la dislocation méridionale du Turkestan '.
Prolongements orientaux des chaînes tibétaines. — L'oroirraphie du Tibet oriental et celle de la Chine occidentale sont encore si mal connues, qu'une grande réserve doit présider à tout essai d'analyse géographique de ces contrées.
D'après les dernières explorations', il semble bien établi que, vers le 85* degré de longitude à l'est de Paris, le Kouenlun se dilate en éventail, envoyant au nord-est l'Altyn-Tagh, qui finit par se recourber au sud-est en continuité avec les monts Nan-Chan, tandis que sa branche la plus méridionale, se dirigeant à l'est-
1. Ed. Blanc, Bull. Soc. de Géogr., [3], XUI, p. 285. — 2. Ed. Blanc, loc. cit. — 3. Notammenl celles de M. Obroutchew et celles de M. Loczy. — Voir le résumé lionne par M. Futlerer dans Petermann's MitteiL Ergânz., n" 119 (1896).
»ud-est, formerait la chaîne centrale du Tibet, identique peut-être avec les Monts Dupleix et avec les monts tibétains Tanla.
Dans cette conce[)tion, cette chaîne méridionale se recourberait progressivement pour acquérir, près de Batang, la direction nordsud qui caractérise les hauteurs indo-chinoises.
Dans le milieu de l'éventail, tandis que les chaînes Crevaux et Marco-Polo, suite de TAkka-Tagh, manifesteraient une tendance semblable, d'autres chaînes plus voisines des monts Nan-Chan se poursuivraient à peu près de l'ouest à Test, pour se raccorder avec la grande chaîne chinoise archéenne de Tsin-ling-Chan, qui sépare le bassin du Fleuve Jaune de celui du Fleuve Bleu. De cette façon, l'ensemble du Kouenlun occidental et de cette dernière chaîne formerait comme l'épine dorsale de l'Asie. Bien plus, M. Loczy est disposé à admettre qu'après une interruption, causée par un effondrement, cette chaîne, déviée au nord-est, reparaîtrait sous la forme des îles du Japon.
Massif chinois. — Toujours est-il qu'entre le Tsin-ling-Chan et les chaînes méridiennes du Sé-tchouen et du Yunnan s'avance, comme un coin, un territoire tout différent, le massif chinois. C'est un pays d'ancienne consolidation, où les accidents orographiques sont dirigés au nord-est, et où tous les dépôts marins sont d'âge primaire, les terrains secondaires, quand il s'en trouve, n'étant représentés que par des formations continentales.
Depuis la fin des temps carbonifériens, les mers avaient respecté ce massif. Un système de plis dirigés à l'est-nord-est l'avait de bonne heure accidenté, mais sans donner accès aux eaux de l'Océan : et à l'époque où une fosse maritime continue permettait aux dépôts crétacés et tertiaires de se poursuivre depuis l'Europe jusqu'au bout de la région himalayenne en conservant des caractères analogues, le territoire oriental leur demeurait impénétrable, obligeant les mers à faire le tour par les Iles de la Sonde.
Il ne paraît donc pas déraisonnable d'admettre que ce massif se soit comporté à la façon d'un môle rigide, lorsque la grande poussée orogénique de la fin des temps tertiaires a fait émerger le fond de la fosse sédimentaire. Ainsi s'expliquerait la déviation vers le sud qu'éprouvent, au delà du méridien de Lhassa, tous les plis du Tibet, déviation qui les amène à venir se serrer comme dans un étau, entre le voisinage du coude du Brahmapoutra, où l'Himalaya semble s'arrêter, et le coude du Fleuve Bleu, pour s'épanouir ensuite en éventail de la Birmanie à VAnnam.
En même temps, contre le bord occidental du massif ancien se
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serait dressée, du Tsin-ling-Chan au Yunnan, la chaîne nord-nbrdest des Monts Yunling, dont le prolongement méridional impose au Fleuve Bleu des décrochements si caractéristiques, notamment autour de Likiang*/
Relief et réseau hydrographicnie de la Chine. — La Chine méridionale doit son relief actuel au grand nombre des chaînons parallèles, dirigés au nord-est, qu'un plissement d'âge primaire y avait fait naître, et entre lesquels une série d'affaissements, antérieurs aux temps jurassiques, ont engendré des dépressions. Celles-ci ont été remplies par des grès rouges, de formation terrestre, et là où ces grès subsistent, en même temps que les formes déchiquetées des roches et leurs couleurs vives donnent au paysage, dans les crêtes, un caractère tout particulier de pittoresque, il en résulte des bassins fertiles, largement ouverts, comme le Bassin Rouge du Sé-tchouen.
La côte orientale de cette partie de la Chine, où les anciens plis aboutissent obliquement, et que peu de rivières accidentent, est presque partout escarpée. En outre, il y a dans le pays indépendance manifeste de la direction des cours d'eau et des lignes de partage relativement à ces plis primaires. Ceux-ci n'ont point exercé d'action sur le drainage de la contrée, et leur dessin n'apparaît actuellement que par suite de la différence de dureté des bandes plissées.
Ce qui a dirigé le réseau hydrographique, ce sont les dépressions nées avant l'époque jurassique entre les chaînes primaires. C'est dans une de ces dépressions, le Bassin Rouge, que, sous le nom de Kinchakiang, le Fleuve Bleu se fraye un chemin à partir du Yunnan. Dans des bassins semblables coulent parallèlement des affluents, c'est-à-dire le Woukiang, qui arrose le Kouéï-tchéou, le Yuen-Kiang, traversant le Hounan, enfin la rivière du Kiang-Si. Le Fleuve Bleu recueille tous ces tributaires, allant de l'un à l'autre par des cluses ouvertes à travers les plis primaires, et après chacune desquelles il épouse quelque temps la direction de son affluent. Ainsi son cours est constamment décroché en escalier.
Pays de la terre Jaune. — Une des particularités les plus caractéristiques du territoire chinois septentrional est l'immense développement que prend le limon ou ten^e jaune. Cette formation, partagée en terrasses successives, couvre, dans le bassin duHoang-Ho, un espace plus grand que la France, atteignant dans certaines