APRIQL^B ORIENTALE. LE ML
Afrique orientale. Vallée du Nil. — L'Afrique orientale est le pays qui comprend au nord'le bassin du Nil, au sud la région des grands lacs, aboutissant par le Chiré à Tembouchure du Zambèze. Le tout ensemble forme une grande bande, allongée du nord au sud, qui mérite d'être envisagée comme une ligne continue de dislocations.
En considérant que, pour les 1000 premiers kilomètres comptés à partir de Tembouchure, la pente moyenne du Nil est à peine audessus de îTinrôy et que le fleuve n'atteint l'altitude de 1200 mètres, au lac Victoria Nyanza, qu'après plus de 5500 kilomètres de parcours, enfin que son delta possède une stabilité presque absolue, on ne peut hésiter à reconnaître, dans le Nil, un instrument depuis longtemps parvenu à maturité. Du moins, si quelque trouble a été apporté à son équilibre, cette perturbation, exprimée par les cataractes, est-elle absolument locale et de peu d'importance.
C'est qu'en efiet, au moins depuis Khartoum, le Nil ne cesse de couler dans un pli synclinal de grande envergure, qui devait être dessiné dès les temps crétacés; car la mer de cette époque, venant du nord, formait là un golfe. Plus tard ce golfe s'est rétréci, et la mer nummulitique, qui l'occupait, ne s'est pas avancée aussi loin que la précédente. Après quoi la mer miocène s'est contentée de lécher le bord de la Libye, Toujours est-il que les eaux des plateaux équatoriaux ont toujours été appelées dans cette direction; et qu'ainsi le travail de l'aplanissement a dû s'y poursuivre avec une très grande régularité.
Cours et régime du Nil. — Cependant un fait doit frapper à la première inspection d'une carte ; c'est la grande boucle que décrit le fleuve entre la première et la quatrième cataracte, boucle dont la corde est si exactement suivie par le thalweg rectiligne de rOuadi Galgabba. On sent que quelque chose a dû rejeter le Nil à l'ouest. En eflet, c'est là que vient mourir le bombement archéen dont la Mer Rouge forme l'axe. Or ce bombement, de part et d'autre duquel s'inclinent des sédiments crétacés et tertiaires, est de date récente. On comprend donc sans peine que la surreclion de ce dôme ait pu obliger le fleuve à en contourner le versant occidental, après avoir essayé quelque temps de le forcer en aval de Berber. En môme temps, l'obstacle apporté par la résistance du granité infligeait à l'eau courante des rapides dont elle n'a pas encore eu le temps de triompher complètement. Mais en amont de la quatrième cataracte, le cours demeure presque absolument rectiligne jusqu'aux grands lacs, le Nil n'ayant éprouvé, dans cette
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traversée, aucune influence directrice de la part de l'immense massif de grès horizontaux, à substratum archéen, qui forme le sol du Soudan égyptien depuis Khartoum jusqu'aux approches de l'équateur.
Il se peut d'ailleurs que la direction du Nil blanc, depuis le coude de Sobat jusqu'à Berber, se ressente de la grande dislocation abyssinienne, qui lui est parallèle et dont nous parlerons dans un instant. Le massif de l'Abyssinie apparaît en outre dans le bassin, par sa masse et son altitude, comme un puissant instrument de condensation des courants d'air humide. C'est ainsi que la quantité de pluie annuelle y est supérieure à deux mètres. Cela permet au Nil bleu d'apporter à Khartoum un tribut qui, en temps de crues, dépasse celui du fleuve principal et devient, par les débordements qu'il provoque, le principe de la merveilleuse fertilité des campagnes égyptiennes, pendant que le Nil blanc, grâce à la constance de ses eaux, assurée par les grands réservoirs équatoriaux, garantit la permanence du courant inférieur à toute époque*.
Massif étbiopien. — La constitution du massif éthiopien ou abyssinien est tout à fait spéciale. Ce massif fait face à l'orient par une falaise rectiligne, dont la crête est à une altitude moyenne de 2500 mètres. C'est le résultat d'une faille énorme, qui a porté à cette hauteur le sous-sol archéen de l'Ethiopie. La crête de la falaise n'est que le bord d'un plateau et, quand on monte vers Asmara, à peine a-t-on franchi la Porte du Diable (2160 m.), qu'on voit s'étendre, au nord, à l'ouest et au sud, une plaine si unie qu'on croirait être dans une grande vallée, à un niveau peu difllérent de celui de la mer.
Si, au nord d' Asmara, le plateau est de granité et de schistes cristallins, au sud, la surface est formée par des nappes volcaniques sensiblement horizontales, toutes concentrées sur la lèvre occidentale de la grande cassure. Ce sont des trachytes, des basaltes et des tufs, dont la masse est aujourd'hui morcelée en paquets et découpée en terrasses, et où abondent les colonnades basaltiques, ainsi que les escarpements d'aspect monumental, ayant parfois 1000 mètres d'élévation d'un seul jet. L'érosion y a découpé des canyons de 1500 à 2000 mètres de profondeur. Le territoire volcanique, d'abord dominé au nord par des cime's granitiques de 2360 mètres, s'élève bientôt à 2450, pour atteindre 3093 mètres près d'Adoua.