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MASSIF ETHIOPIEN. DISLOCATIONS

Les épanchements éruptîfs, très analogues à ceux qui couvrent de si grands espaces au Dekkan, dans Tlnde, datent, selon M. Blanford, du début des temps tertiaires; mais M. Baldacci les croit crétacés*. Ces épanchements ont recouvert un massif primaire, où la mer jurassique s'était autrefois ouvert un sillon. La cassure qui a porté ces trapps à une grande hauteur, en faisant naître à l'orient la dépression d'Afar, a son parcours jalonné par des volcans et des solfatares. Certaines cimes de TAbyssinie dépassent 4500 mètres. Au milieu du groupe éruptif ancien, à 1755 mètres d'altitude, a subsisté un lac, le Tana, entouré par de fertiles campagnes. Son émissaire, contournant l'énorme massif de Tchoké (4150 m.), alimente le Nil bleu.

L'active décomposition des roches volcaniques d'Ethiopie, sous l'influence du soleil et de la pluie, engendre une terre rouge très analogue à celle qui couvre le Dekkan. Le trait essentiel du pays est le morcellement du plateau supérieur, causé par la facilité avec laquelle les eaux courantes, disposant d'une grande hauteur de chute, ont pu se tailler des lits à travers les fissures des massifs de laves. Ainsi le bloc éruptif a .été découpé à diverses altitudes en compartiments nombreux aux parois escarpées, les uns d'étendue considérable et bien peuplés, les autres réduits à de véritables piliers, dont le sommet est occupé par des forteresses, des prisons, des monastères ou de simples ermitages.

Dislocations de l'Afrique orientale. — Le trait fondamental de la géographie, dans la partie orientale de l'Afrique, est l'existence de grandes lignes de dislocation, dirigées en moyenne selon les méridiens, et sur lesquelles se succèdent une série de lacs ainsi que des volcans, dont plusieurs actifs. Ce qui est tout à fait remarquable, c'est que celte traînée coïncide justement avec le principal effort du relief sur le continent africain.

En effet, une carte hypsométrique met immédiatement en évidence ce fait qu'en Afrique, à part d'insignifiantes surfaces disséminées sur le Maroc, le Sahara, l'Adamaoua et la colonie de Natal, tous les points dont l'altitude dépasse 2000 mètres sont concentrés sur une longue bande qui va du nord de l'Abyssinie, par la région des grands lacs, à l'embouchure du Chiré dans le Zambèze.

Jusqu'au 10® parallèle de latitude sud, cette traînée est accompagnée par une frange de terrain à plus de 1000 mètres d'altitude, qui n'atteint le Nil qu'à Wadelaï, et suit exactement, à peu de dis-

1. Memorie descrittive délia Caria geologica d^Ilalia, VI (1891).

590 LES PLATES-PORMES INDO-APRIGAINES

tance, le bord occidental de la traînée des lacs par lesquels se prolonge au sud le sillon du grand fleuve. Du côté oriental, la limite de ce même ruban, à l'exception d'une pointe vers le cap Guardafui, se maintient jusque près de Zanzibar le long du 40* méridien (à Test de Greenwich) ; après quoi elle tourne au sud-sudouest pour se rapprocher de Tembouchure du Chiré, se prolong-e (sauf l'interruption de la vallée du Zambèze) jusqu'auprès du Limpopo, et enfin reprend son ancienne direction nord-sud pour former, jusque vers Port-Natal, la limite orientale de l'escarpement transvaalien.

D'ailleurs, une série de hauteurs de plus de 1000 et parfois même de 2000 mètres accompagnent constamment le bord africain de la Mer Rouge, tandis qu'elles forment, en Arabie, une large bande longeant la même mer jusqu'à la péninsule du Sinaï.

De la sorte, au seul point de vue orographique, il est permis de dire que l'Afrique orientale, sur toute sa longueur, se distingue par une zone culminante de direction méridienne, particulièrement caractérisée entre la pointe nord de l'Abyssinie et le Zambèze. Sur cette zone, dont la largeur, dans le pays des Lacs, embrasse 10 degrés de longitude, doit être cherchée la ligne de partage entre le bassin de l'Océan Indien, d'une part, celui de la Méditerranée et de l'Atlantique d'autre part.

Sigrnîflcation géologique de la bande culminante. — Or non seulement la ligne de partage est à peu près collée contre le rivag-e oriental de l'Afrique, de sorte que, de l'Abyssinie au Zambèze, le tribut hydrographique versé à l'Océan Indien est insignifiant; mais bien loin que la séparation des versants se dessine franchement, c'est à la place où on devrait s'attendre à la rencontrer que se trouvent les grands lacs de l'Afrique (fig. 150). De plus, toute la partie profonde de la Mer Rouge est située sur le prolongement de cette traînée. La forme allongée de la plupart des lacs, comme aussi le profil souvent abrupt de leurs rivages, les désigne d'ailleurs comme des cavités d'effondrement. On est donc conduit à penser qu'une dislocation de l'écorce terrestre a dû produire, du même coup, et la surrection de la zone culminante et, par réaction, l'ouverture des crevasses où se sont logées les cavités lacustres.

La géologie confirme cette conception, en montrant d'abord que, sur cette bande, l'archéen, c'est-à-dire le fond cristallin du continent, est souvent porté à des hauteurs qui dépassent 5000 mètres (par exemple au Rouwenzori) ; ensuite que les accidents du sol

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