DISLOCATIONS DE L'AFRIQUE ORIENTALE
sont jalonnés par des volcans, éteints ou actifs, dont quelquesuns appartiennent aux plus grands que l'on connaisse sur la terre. La géologie nous dit plus encore. Elle nous apprend qu'aucune formation marine d'âge secondaire n'est connue sur le territoire du
Fig. 150. — Les lacs de TAfriquo orientale, la Mer Rouge et la dépression s^'ricnne.
bourrelet, tandis que, le long de la limite orientale de la zone d'altitude supérieure à 1000 mètres, dans le Gazaland comme près de Zanzibar et dans le pays des Somalis, ainsi qu'au Ghoa, au pied de la falaise abyssinienne, on connaît déjà plusieurs gisements de dépôts marins tertiaires, crétacés et même jurassiques.
Ainsi la dislocation, si elle a rejoué à une date récente, n'en représente pas moins un trait fort ancien du continent, et le bord orienta] du bourrelet semble avoir constamment formé la limite à laquelle venaient s'arrêter, contre le bloc africain, les mers secondaires et tertiaires.
Ligne orientale de fractures. — C'est d'ailleurs du côté oriental que la continuité des dislocations est le mieux marquée. On s*en assure lorsque, partant de la Mer Rouge, on doit côtoyer, pendant plus de 600 kilomètres, le pied de la haute falaise abyssinienne, dont il vient d'être question. Cette falaise domine d'une façon majestueuse la dépression sans écoulement du pays des Afar, au nord de laquelle s'étend, sur 50 kilomètres, la steppe salée d'Asale, tout entière au-dessous de zéro, et dont un point descend à — 60 mètres. Vers le 9' degré de latitude nord, la falaise abyssinienne dévie au sud-ouest et une ligne de hauteurs, détachée du golfe d'Aden, vient lui faire face dès le Choa, laissant s'établir dans l'intervalle un chapelet de cavités lacustres.
On arrive ainsi, par le cours inférieur de l'Omo, à un grand lac allongé, le lac Rodolphe, à la pointe méridionale duquel fume le volcan Teleki. Là commence à se dessiner la remarquable série de dépressions encaissées dont l'expédition du comte Teleki a défini l'allure*. Des escarpements, dont la crête monte entre 2000 et 2500 mètres, dominent un fossé sinueux, capable de se rétrécir par places jusqu'à une largeur de 15 kilomètres. Le fond de ce fossé, qui au lac Rodolphe était à l'altitude de 400 mètres, monte à 1860 au point de partage, pour redescendre à 650 au lac Natron. Il porte successivement, à partir du lac Rodolphe, la steppe salée de Soukouta, le lac Baringo, les lacs Nakouro Sekelaï, Angata Naïrogua, Naïwacha et Natron. Vers le 5* degré de latitude australe, le lac Manyara indique encore la dépression, et plus au sud, à Mouhalala, deux terrasses escarpées, de près de 500 mètres de hauteur, dominent la plaine d'Ougogo.
Il est extrêmement probable que, dans le sud, cette dépression se poursuit par le grand lac Nyassa. Ce lac, dont la surface est à 465 mètres d'altitude, offre des profondeurs supérieures à 600 mètres. Son fond est donc, par endroits, à 135 mètres audessous du niveau de la mer*.
Sa rive gauche est dominée par des hauteurs qui, à la distance de 62 kilomètres, atteignent l'altitude culminante de 1370 mètres,
1. Voir Hohnel, Rosival, Toula et Suess, Denkschrifien dcr Akad. d. Wissenschaflen, Wien, 1891.— 2. Sharpe, Geogr. Journal, VII, 1896, p. 366.