VOLCANS DE LA FRACTURE ORIENTALE
après quoi il faut parcourir 240 kilomètres vers l'ouest pour voir Fallitude retomber progressivement à 530 mètres dans la vallée du Loangoua V Là encore, il s'agit bien d'un bourrelet, dont l'arête s'est écroulée. Enfin, au sud du Nyassa vient la vallée du Chiré, encadrée par des escarpements archécns très raides, distants l'un de l'autre de 50 a 80 kilomètres.
On a fait l'importante remarque que l'hippopotame et les crocodiles vivent dans les eaux de la dépression. De plus, les quelques coquilles recueillies sur les bords du lac Rodolphe sont analogues à celles du Nil, ce qui établirait une grande parenté entre les ciconstances hydrographiques de toute l'Afrique orientale.
lies volcans de la fracture orientale. — En même temps que la topographie accuse le caractère de la longue dislocation que nous venons de suivre, on peut constater que tout son parcours est jalonné par des volcans, actifs ou éteints depuis peu de temps.
Au nord, tout contre la Mer Rouge, aux environs de Massaouah, on observe des collines alignées, formées de laves plus ou moins scoriacées et de tufs volcaniques. Plusieurs volcans se dressent autour de la dépression d'Asale, et c'est aussi par un volcan, le Dofané, que se termine vers Ankober la grande falaise éthiopienne.
Nous avons déjà parlé du volcan Teleki, lequel, en 1894, était en pleine activité à l'extrémité du lac Rodolphe. Tout près se dresse, à 1750 mètres, le mont Koulall, fendu de la base au sommet par une fissure extraordinaire, qui n'a que 20 mètres de largeur. Toute la contrée est un chaos de blocs volcaniques; et à 110 kilomètres vers l'est-sud-est, tout près du Mont Marsabit, s'élève un volcan éteint dont le cratère, à 1460 mètres, est rempli par un lac'.
Sous l'équateur, c'est le gigantesque Kenia (5800 m.), qui vient dresser, sur la lèvre orientale de la fosse, son cône de laves et de tufs, de 48 kilomètres de diamètre à la base. Du côté opposé, touchant presque le grand lac Nyanza, apparaît l'Elgon, embrassant un espace elliptique de 60 kilomètres sur 70, et terminé par un cratère de 10 à 12 kilomètres de diamètre. Le fond de ce cratère est à 4050 mètres d'altitude et son rebord atteint 4300, le pourtour inférieur du volcan étant à environ 1800 mètres.
Plus loin au sud, à quelque distance du bord oriental de la cassure, est le géant des volcans éteints de l'Afrique, le Kili-
4. Money et Biscoe, Geographical Journal, 1897, p. 116. — 2. Donaldson Smith, Geograph. Journal^ VIH (1896), p. 227.
DE LAPPAREMT. — LoçoDS de géogT. phvs. 3« ôdit. 38
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mandjaro, dont les deux cimes démantelées, g'arnies de neig-es éternelles, s'élèvent à près de 6000 mètres, la base elliptique de l'ancien volcan couvrant, sur 800 à 1000 mètres d'altitude, un espace de 410 kilomètres sur 80. Le Dounyé Ngaï (2150 m.), qui a eu, en 1880, une éruption accompagnée d'un violent tremblement de terre*, fait face au Kilimandjaro, mais sur le bord occidental de la fosse, au fond de laquelle est le lac Natron.
Enfin, à l'extrémité nord du lac Nyassa, au milieu d'un. cercle de sources chaudes et de petits cratères, surgit le volcan Rongoué, haut de 3000 mètres, et au cratère actuellement occupé par un petit lac *.
lAgne du Tanganyka. — Les caractères que nous venons de signaler ne sont pas moins nets dans une autre ligne de dislocations, celle-là occidentale, et qu'il paraît légitime de rattacher à la première comme une bifurcation de la cassure du Nyassa, indiquée par lelacLéopold. Nous voulons parler de la traînée qui du lac Tanganyka s'étend jusqu'au lac Albert, et que prolonge exactement le cours supérieur du Nil jusqu'à la rencontre du Bahr-El-Ghazal.
Le Tanganyka a par endroits plus de 500 mètres de profondeur, son altitude étant d'environ 800 mètres, et les brusques escarpements de ses rives, à partir desquelles on s'élève rapidement à plus de 2000 mètres, ne laissent pas de doutes sur sa formation par effondrement. Il se vide à l'ouest, dans le Congo, par un émissaire perpendiculaire à la direction de son grand axe, et reçoit au nord, suivant cet axe, un cours d'eau, le Bousizi, lequel descend, par une suite de cascades, du lac Kivou, découvert en 1894 par M. de Gôtzen'*. Ce lac est à ISOO mètres au-dessus du niveau de la mer, dont il est éloigné de 1200 kilomètres. Deux circonstances le rendent particulièrement intéressant.
D'abord, pour y parvenir en venant de l'est, il faut s'élever progressivement, sur le plateau admirablement cultivé de Rouanda, jusqu'à près de 3000 mètres d'altitude. On arrive ainsi au sommet d'un escarpement, d'où l'on descend brusquement de 1500 mètres dans la cavité lacustre, pour remonter de 1000 mètres du côté opposé. En outre, le bord septentrional du lac est formé par les Monts Virounga, au nombre desquels est un volcan actif, le Kirounga, dont la hauteur relative dépasse celle du Vésuve.
Au nord de ces montagnes se prononce, penchant vers le Nil,
1. Fischer, Milteil. geor/r. ges. Hamburg, 1882-1883, p. 84. — 2. Ker Cross, Geographical Journal^ 1895, p. 114. — 3. Verhandlungen der Gesellschaft fur Erdkundr, Berlin (1895), XXII, p. 103.
BANDE CENTRALE CULMINANTE o9S
le sillon où viennent se loger, d'abord le lac Albert-Edouard (965 m.), puis la vallée de la Semliki, aboutissant au lac Albert (680 m.). La coupe de cette vallée est absolument significative. A Touest, elle est dominée par un brusque escarpement de 1200 mètres; mais c'est bien mieux à Test, où se dresse à 3000 mètres d'altitude le Rouwenzori ou Rounsoro. Celte montagne, allongée du nord au sud sur 80 kilomètres, s'incline à l'est sous un angle de 4 degrés seulement, tandis que son versant ouest offre une pente de 22 degrés*. Or, contrairement aux indications qui la représentaient comme un massif volcanique, elle est, jusqu'au sommet, formée de gneiss.
Cette dislocation, comme la précédente, répond donc à un effort dont la composante verticale a eu pour effet d'amener un lambeau du fond archéen de l'Afrique à une hauteur extraordinaire, dominant de plus de 4000 mètres le sillon de la Semliki. Son allure répond à celle d'un pli monoélinal rompu *.
Partie centrale de la bande culminante. — Entre les deux lignes extrêmes de dislocations qui limitent la bande culminante, l'indécision du relief s'accuse d'abord par l'énorme cavité où les pluies équatoriales entretiennent, par 1200 mètres d'altitude, la nappe lacustre du lac Victoria Nyanza, large de 300 kilomètres. Le granité se montre dans l'axe de ce lac, comme pour indiquer qu'il répond au centre de la bande soulevée. Et la direction absolument rectiligne du rivage occidental, jointe aux îles alignées qui se succèdent en avant de cette côte, plaide pour une fracture.
Ensuite, au sud du Victoria Nyanza, se montre la fosse ovale découverte par Baumannn, le Ngorongoro, avec de hautes parois de tuf et un cratère qu'occupe un petit lac. A l'ouest de cette cavité, c'est une immense cassure, au pied de laquelle, à 1000 mètres en contre-bas, on voit resplendir l'eau du lac Eïassi, dont la fosse se poursuit par la vallée du Simbiti', à plus de 1000 mètres d'altir tude.
Il semble donc, d'une façon générale, que la bande culminante de l'Afrique, où, en dehors de quelques formations lacustres, on n'a jamais rencontré que du granité et des schistes cristallins, corresponde à un effort, sans doute bien des fois répété, qui tendait à
\, Scott EUiott et Gregory, Quarlerly Jowmal of ilie geoL Soc. ofLondon, LI, p. 669'. — 2. Les stratigraphes donnent ce nom à une brusque inflexion, véritable marche (rescalier, qui raccorde, par un versant unique très raide, deux parties, l'une élevée, l'autre abaissée, d'une ancienne plate-forme. — 3. Voir la traduction française de VAntliiz der Erde, I, p. 543.
596 LES PLATES-FORMES INDO-AFRlCAlNES
ÎFaire naître à cette place un bourrelet. La surrection de cette lar^e bande, mal disposée au plissement en vertu de sa rigidité, se serait faite en bloc, mais avec une légère flexion de la partie médiane, Teflort se résolvant, sur les deux bords, en la production de bourrelets dont Taxe s'effondrait*, livrant passage par les fractures aux manifestations de l'activité volcanique.
Prolongements septentrionaux des dislocations africaines. Cassures érythréennes — Si déjà, par elles-mêmes, les dislocations de l'Afrique orientale ont une importance considérable, cette importance s'accroît. encore quand on considère qu'elles se prolongent directement au nord par une longue suite d'accidents du même ordre.
D'abord la dislocation occidentale trouve sa suite naturelle dans la vallée du Nil, de sorte que le massif éthiopien, que limite à l'orient la grande cassure déjà décrite, apparaît comme un bloc soulevé entre deux fentes. Mais c'est surtout à l'orient que la continuation des accidents est remarquable.
Ainsi la coupure si rectiligne et si récente de la Mer Rouge*, sillonnée de manifestations volcaniques, continue, avec une légère déviation au nord-ouest, à la fois la falaise abyssinienne et la limite occidentale du haut massif éthiopien. Cette coupure elle-même est ouverte au milieu d'un dôme archéen,sur les deux versants duquel, en Egypte comme en Arabie, s'appuient les sédiments inclinés du secondaire et du tertiaire. Elle se poursuit en se bifurquant des deux côtés de la presqu'île du Sinaï; de sorte que tout cet ensemble, avec les prolongements dont il va être question, mérite le nom de système des cassures érythréennes.
Tandis que le golfe de Suez descend en pente douce vers le fond de la Mer Rouge, dont l'extrémité atteint une profondeur de H70 mètres, l'autre branche de la bifurcation, le golfe d'Akabah, après un seuil de 128 mètres à l'entrée, offre, par 28"39' latitude nord, une fosse de 1280 mètres de profondeur. Ses rivages sont abrupts et flanqués d'immenses récifs de corail. Ensuite vient la dépression de rOuadi-el-Arabah, laquelle trouve sa prolongation naturelle, mais avec direction méridienne bien accentuée, dans le Ghor de Palestine, c'est-à-dire la Mer Morte, la vallée du Jourdain et le lac de Tibériade. Au delà, sans s'interrompre, la dépression est déviée au nord-nord-est, encaissée entre le Liban et l'Anti-Liban, et on
1. Voir les coupes données par M. de Martonne dans ZeitschHfl der GeselUchaft fur EràkundCy Berlin, 1897, p. 315.— 2. L'ouverture de cette mer parait avoir inauguré la période pliocène.