‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 301 sur 364 · MER MORTE · texte numérisé non relu

MER MORTE

peut encore la suivre, après le 36° degré de latitude, jusqu'aux plis du Taurus, contre lesquels elle vient buter presque à angle droit*.

La longueur totale de la bande de dislocations ainsi définie est, depuis le Zambèze, de plus de cinq mille kilomètres^ et son extrémité septentrionale marque le point où la grande plate-forme africaine entre en contact avec la zone plissée méditerranéenne. En outre, c'est sur cette bande, dans la Mer Morte, que se trouve l'un des ombilics les plus profonds qu'il paraisse y avoir sur le globe; car le fond du Lac Asphaltite est à environ 800 mètres au-dessous du niveau de la mer. L'unité primitive de ce grand territoire de cassures apparaît plus clairement encore si l'on tient compte des faits suivants : certaines coquilles du Nil se retrouvent disséminées dans l'Arabie Pétrée ; un poisson caractéristique du même fleuve vit encore dans le lac de Tibériade, comme une tortue égyptienne existe aux environs de Beyrouth; enfin le crocodile du Nil s'est conservé jusqu'à nos jours dans un petit fleuve qui aboutit à Césarée de Palestine*.

Dislocation delà Mer Morte. — D'autre part, les caractères de l'accident qui a créé la suite des eflbndrements de la Palestine et de la Syrie sont les mêmes qu'en Afrique, à cette différence près qu'une plus grande plasticité des terrains disloqués permet d'en mieux définir l'allure.

Ainsi les coupes de M. Blanckenhorn ' établissent clairement que, à partir de la Méditerranée, les assises crétacées s'élèvent constamment, dans la direction de Test, jusqu'au sommet dominant la Mer Morte par 860 mètres d'altitude. Alors une chute en échelons les abaisse rapidement jusqu'en dessous du lac, tandis que, sur l'autre rive, la série entière apparaît, ayant son couronnement à la même hauteur que sur le sommet du versant occidental et laissant d'ailleurs apercevoir, tout près de sa base, le fond archéen, dont la proximité complète sa ressemblance avec l'Afrique. Qu'on explique l'allure observée par un anticlinal, dont la clef de voûte se serait écroulée en basculant de l'ouest à l'est, ou qu'on admette la juxtaposition d'une faille à l'est, et d'un anticlinal dyssymétrique à l'ouest, il n'en est pas moins vrai qu'il s'agit d'une surélévation locale du terrain, accompagnée d'un écroulement dans l'axe dui bourrelet, écroulement dont l'amplitude est ici supérieure à 1800 mètres.

Tiiban, Anti-Iiiban. — C'est aussi avec l'axe d'un bombement

1. Blanckenhorn, Richlhofen's Festschrift. — 2. Suess, AntlUz der Erde, I, p. 495. — 3. Zeitschrift des deutschen Paldstina Vereins, XIX.

longitudinal que coïncide l'accident qui a isolé les deux chaînes paral-lèles du Liban et de Anti-Liban^.

La première s'élève doucement à partir de la mer, et le calcaire crétacé finit par y atteindre jusqu'à 3000 mètres d'altitude, formant au sommet un plateau horizontal et presque rectiligne, semé de déserts de pierres et de dolines, dont la masse se dresse comme un mur en face de la Méditerranée. L'élévation du calcaire s'est faite par une série de cassures parallèles, qui dessinent autant de terrasses. Au contraire, la chute est brusque vers l'orient, jusqu'à la dépression centrale, composée de deux parties que sépare un seuil à H 00 mètres d'altitude; au nord la Cœlésyrie ou Syrie Creuse, arrosée par l'Oronte, au sud la Bekaa, draînée par le Leontès.

De l'autre côté se dresse TAnti-Liban, dont la structure est la même que celle du Liban, avec cette différence, que l'anticlinal est bien moins dyssy m étriqué, la rupture sur les deux flancs s'étant produite à peu près dans la même mesure. En somme, l'ensemble des deux chaînes correspond parfaitement à une grande voûte, dont la clef aurait éprouvé une flexion accompagnée de cassures et dont l'amplitude n'est pas inférieure à 2400 mètres.

La perméabilité du calcaire du Liban facilite la concentration des eaux, qui sortent sur les versants, surtout du côté de l'occident, en sources puissantes et en cascades, pour couler dans des canyons étages, où la richesse du coloris vient s'ajouter à la variété que les terrasses introduisent dans l'architecture des parois. L'une de ces gorges, celle du Kadischa, a 500 mètres de profondeur.

Le Leontès parvient à briser la chaîne, à travers laquelle il se coude à angle droit pour atteindre la mer. Cette rupture a lieu juste au point où la direction nord-nord-est du Liban fait place à la direction méridienne du Ghor. Ce passage semble donc tout indiqué par la tectonique, et il est probable que, s'étant établi à une époque où le massif était encore peu saillant, il a réussi à se maintenir à mesure que se prononçait la surrection «.

De la crête de l'Anti-Liban à Damas, la descente se fait par trois terrasses successives, que limitent des cassures en échelons, de sorte que trois fois on voit se reproduire dans le paysage les mêmes circonstances, résultant de l'inégale érosion des marnes tendres et des calcaires durs. Ceux-ci se laissent découper en bastions avec escarpements de 100 à 200 mètres.

La dislocation du Liban doit être peu ancienne, à en juger par

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