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ÉVOLUTION DU TERRITOIRE AMÉRICAIN

de Terre-Neuve. De l'autre côté, à peine le Mississipi a-t-il reçu rOhio qu'il se coude vers le sud-sud-ouest, presque dans le prolongement du Saint-Laurent, comme s'il fuyait l'Océan pour aller se jeter dans le golfe du Mexique.

Evolution du territoire américain. — Ces diverses circonstances doivent trouver leur explication dans l'histoire géologique de l'Amérique du Nord.

En effet, dès les temps les plus anciens, la partie canadienne paraît avoir été émergée, et à l'époque carboniférienne cette terre avait grandi vers le sud, s'avançant en pointe comme elle fait encore aujourd'hui, pour ne laisser sous les eaux que la partie voisine du golfe mexicain. Au môme moment, la mer couvrait la région de l'ouest, n'y laissant apparaître que des îles. Mais à l'est, au contraire, ce qui forme actuellement les états atlantiques était le bord, dirigé au sud-ouest, d'un continent oriental occupant la place de l'Océan.

C'est alors qu'une poussée orogénique, contemporaine de celle qui, en Europe, faisait surgir une chaîne entre l'Armorique et la Saxe, dressa contre la grande terre triangulaire du nord un bourrelet continu de montagnes, dont la partie orientale, serrée entre le continent canadien et la terre atlantique, ferma l'intervalle qui les séparait. Mais tandis qu'à l'occident les eaux marines devaient continuer longtemps à baigner le pied de la chaîne, la région orientale était destinée à traverser une longue phase d'émersion, .suffisante pour en déterminer l'aplanissement à peu près complet.

Aussi, quand la mer crétacée revint sur une partie de ce territoire, ses sédiments n'eurent-ils pas de peine à s'appliquer sur les tranches des couches généralement plissées de l'ancienne chaîne, désormais rabotée et réduite à ses racines. Seulement à plusieurs reprises, la partie atlantique, presque complètement émergée, eut à subir des efforts généraux de dislocation et de gauchissement, lesquels, combinés avec l'influence directrice des couches primaires, ont déterminé son relief actuel.

En même temps se produisaient Témersion progressive et la dislocation du territoire occidental, tantôt par des plissements parallèles, faisant naître les uns après les autres les bourrelets des Montagnes Rocheuses, de la Sierra Nevada et de la chaîne côtière; tantôt par l'élévation en masse de grands plateaux, entraînant comme contre-partie l'eflbnd rement de bandes limitées par les principales d'entre les ondulations déjà dessinées. A travers les cassures des compartiments disloqués, d'énormes quantités, de

laves se faisaient jour, couvrant de leurs coulées uniformes des espaces prodigieux, au pied de quelques cônes volcaniques grandioses. Puis, après un essai de régularisation de ce relief sous Tinfluence des fortes pluies quaternaires, rétablissement d'un régime plus sec amenait la transformation en déserts des districts affaissés.

Au contraire, le bassin oriental, favorisé à la fois par une moindre altitude, par des courants d'air plus humides, et par la persistance de la dépression où s'était logé le Mississipi, continuait la régularisation de son drainage; et les eaux de tête de ce fleuve, s'avançant à droite comme à gauche, capturaient au profit du bassin, avec une partie du réseau des Montagnes Rocheuses, quelques-uns des cours d'eau appalachiens.

Si l'on ajoute à cette énumération l'influence exercée par les glaces, qui ont couvert la région canadienne tout entière, et se sont avancées jusqu'au confluent du Missouri avec le Mississipi, on connaîtra les raisons principales auxquelles sont dues la détermination du relief américain et la division du pays en régions naturelles.

Région canadienne. — La région canadienne, considérée au nord-est d'une ligne joignant le lac Supérieur à l'embouchure du Mackenzie, offre une grande analogie avec le territoire de la Scandinavie. Le sol y est formé d'archéen, avec une ceinture extérieure et quelques rares traînées de sédiments paléozoïques. Toute la surface, à l'exception de la chaîne cristalline qui fait le rivage nordest du Labrador, et qui se ressent des récentes dislocations circumpolaires, est depuis longtemps réduite à la condition de pénéplaine. La dépression de la baie d'IIudson joue, comme Ta fait remarquer M. Suess, un rôle très semblable à celui que remplit la Baltique entre la Finlande et la Suède. La différence consiste surtout dans l'absence d'alignements définis, le territoire canadien ayant été beaucoup moins éprouvé par les dislocations atlantiques que la Scandinavie.

C'est seulement sur le bord extrême, c'est-à-dire dans la Nouvelle-Ecosse et à Terre-Neuve, que prévaut un nouveau régime, celui des fjords et des golfes ramifiés, attestant à la fois des accidents parallèles à la côte et un mouvement peu ancien de submersion. Mais ces deux régions sont en réalité le prolongement de la zone des Appalaches, et constituent, pour le vrai territoire canadien, un appendice littoral anciennement plissé.

Traces de la topogrraphie glaciaire. — De même qu'en Scandi-

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